Il n'y aura pas de nouveau Mur à Berlin, même artistique

Les forces est-allemandes construisent le mur de Berlin, au matin du 13 août 1961
Les forces est-allemandes construisent le mur de Berlin, au matin du 13 août 1961 (Von Keussler / DPA / AFP)

Le projet pharaonique d'un artiste russe, qui voulait reconstruire temporairement et en partie le Mur de Berlin, ne verra finalement pas le jour, a indiqué vendredi la ville. Il avait suscité la vive opposition de Berlinois pour qui le Mur "n'est pas un jouet évènementiel".

Les autorités locales n'ont finalement pas donné leur autorisation à la construction d'un nouveau Mur, notamment pour des raisons de sécurité routière et de risque d'incendie, a affirmé à l'agence dpa Sabine Weissler, conseillère de quartier à Berlin. En outre, faute de temps, la ville n'avait pas pu collecter dans les délais requis les autorisations des riverains.
 
"Il n'a pas été possible pour l'organisateur de garantir un déroulement sûr de l'événement", a affirmé Sabine Weissler, précisant qu'un projet d'une telle ampleur aurait dû être proposé à la Ville au moins un an à l'avance.
 
Or les organisateurs, qui avaient préparé leur dessein dans le plus grand secret, n'ont prévenu les autorités que début août.

Un mur de 4 m de haut devait encercler un quartier du centre-ville

Le projet du cinéaste russe Ilja Khrjhanovski, 43 ans, consistait à partir du 12 octobre et jusqu'au 9 novembre, jour anniversaire de la chute en 1989 du "vrai" Mur, ensuite détruit en majeure partie, à encercler tout un quartier du centre-ville de Berlin par un mur de béton de près de 4 mètres de haut.
 
Érigé pour 6,6 millions d'euros, l'ouvrage devait symboliquement être détruit pour le 29e anniversaire de la chute du Mur, qui a balafré Berlin et séparé ses habitants pendant 28 ans. Son objectif était de susciter l'espace de quelques semaines "un débat politique et social sur la liberté et le totalitarisme, la surveillance, la coexistence et l'identité nationale", avaient expliqué les hôtes berlinois de ce projet.
 
Au sein de cette "ville dans la ville" devait ensuite être projetée la première mondiale de "DAU", énigmatique suite de films entamée il y a 13 ans par Ilja Khrjhanovski. Outre Ilya Khrzhanovsky, le projet devait réunir le chef d'orchestre grec Teodor Currentzis, le compositeur Brian Eno, la performeuse Marina Abramovic, le groupe Massive Attack et, selon l'agence DPA, le célèbre graffeur anonyme Banksy.
 
"DAU-Liberté", l'événement berlinois, devrait précéder "DAU-Egalité", prévu en novembre à Paris, puis "DAU-Fraternité" début 2019 à Londres, tous organisés par l'homme d'affaires et philanthrope russe Sergueï Adoniev, installé dans la capitale britannique. "Dau" est le surnom de Lev Landau (1908-1968), prix Nobel de physique soviétique emprisonné en 1938-1939 lors des purges staliniennes.

Le vrai Mur "était amèrement sérieux"

Ce projet de reconstruire le Mur suscitait la controverse parmi les Berlinois. Certaines personnalités avaient exprimé leur opposition dans une lettre ouverte publiée début septembre en expliquant "ne plus vouloir voir de mur".
 
"Pendant trois décennies, le Mur a déterminé la vie à Berlin, à l'Est comme à l'Ouest. Il était amèrement sérieux. Celui qui était encerclé par le Mur était coincé, il ne pouvait pas sortir. Ce n'était pas un jouet événementiel", y expliquaient les signataires.
 
Le Mur, érigé en plein Berlin dans la nuit du 12 au 13 août 1961 par les autorités est-allemandes, visait à stopper l'exode des Allemands de l'ex-RDA. Il a séparé les deux parties de la ville pendant 28 ans et symbolisé le rideau de fer entre l'Europe occidentale et l'Europe du bloc communiste.
 
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