A Montfermeil, des "cris de joie" après la remise du Prix du jury pour "Les Misérables" de Ladj Ly à Cannes

Ladj Ly (au centre) accompagné des producteurs Christophe Barral (à gauche) et Toufik Ayadi (à droite), lors de la remise des prix de la 72e édition du festival de Cannes, le 25 mai 2019.
Ladj Ly (au centre) accompagné des producteurs Christophe Barral (à gauche) et Toufik Ayadi (à droite), lors de la remise des prix de la 72e édition du festival de Cannes, le 25 mai 2019. (LOIC VENANCE / AFP)

Le porte-parole du collectif "AC le Feu", qui a soutenu Ladj Ly, revient sur la joie qui s'est emparée du quartier de Montfermeil, d'où le cinéaste est originaire, après sa victoire pour le Prix du jury au Festival de Cannes.

Mohamed Mechmache, porte-parole du collectif "AC le Feu", est issu du même quartier de Montfermeil (Seine-Saint-Denis) que le réalisateur Ladj Ly. Il a fait part de la "joie" du quartier samedi 25 mai, lorsque le film Les Misérables a reçu le Prix du jury au Festival de Cannes. "C'est une joie partagée avec tous les gens du quartier", explique Mohamed Mechmache, qui a été l’éducateur spécialisé de Ladj Ly et qui a soutenu le lauréat dans ses projets de films. Il espère que ce film permettra de "poser le débat" sur les relations entre la population et la police dans les quartiers sensibles.

franceinfo : Vous êtes un ami de Ladj Ly, vous avez grandi dans le même quartier à Montfermeil. Ça vous fait quoi ce Prix du jury à Cannes ?

Mohamed Mechmache : On est sur un nuage, c'est que du bonheur, c'est une joie partagée. Avec tous les gens du quartier, on était réunis à regarder Cannes en direct et quand on l'a vu être nommé, ça a été des cris de joie. C'est formidable. Et puis ce qui est intéressant, c'est que c'est un film engagé. Ladj est militant avec sa caméra et nous nous sommes militants sur ces questions-là (…) C'est une dédicace à tous les quartiers de France qui vivent ces situations aussi. C'est un film très fort, on en est fiers et puis j'espère qu'il pourra mettre l'accent sur toutes ces inégalités, y compris ce qui se passe en ce moment avec les "gilets jaunes". C'est un vrai message. (…) Ça permet de tirer les gens vers le haut et de bien expliquer à tous ceux qui nous regardent que les quartiers et la banlieue ne sont pas un problème mais une partie de la solution.

Ça ne vous gêne pas qu'on fasse encore des films sur la banlieue, sur les rapports entre la police et la population ?

Non, c'est juste un vrai souci. À un moment ou à un autre, il va falloir que ce dialogue puisse se faire entre police et population. C'est important, parce que ce sont des choses récurrentes, qui durent depuis les trente dernières années. D'un côté ou d'un autre, il y a des gens qui souffrent, qui y perdent la vie. On ne peut pas continuer comme ça. Donc si ce film permet de poser le débat, qu'on s'en saisisse et que tout le monde est prêt à se mettre autour d'une table pour essayer de pouvoir trouver la bonne articulation, c'est tant mieux.

Ladj Ly souhaite le diffuser à Montfermeil en présence du président de la République, est-ce que vous allez l'aider ?

Oui bien sûr. Et puis il sera peut-être diffusable ailleurs. Il y a pas mal de gens qui m'ont appelé de différents quartiers et qui m'ont dit "on aimerait bien le projeter et avoir des débats là-dessus parce que ça reflète une réalité". C'est surtout la 4e génération qui arrive. Celle-là malheureusement n'a pratiquement plus de repères. Quels espoirs et quelles perspectives pourront-ils avoir ? Il faut que les gens sortent de cette indifférence qui aujourd'hui nous tue. Il faut que ce film soit vu.

Vous êtes à nouveau en ligne