Le 70e festival de Berlin s'annonce politique et ouvert à la diversité

L\'équipe du festival de Berlin, dirigée par un nouveau duo : la directrice générale Mariette Rissenbeek (au premier plan) et le directeur artistique Carlo Chatrian (4e à partir de la gauche), le 29 janvier 2020 à Berlin
L'équipe du festival de Berlin, dirigée par un nouveau duo : la directrice générale Mariette Rissenbeek (au premier plan) et le directeur artistique Carlo Chatrian (4e à partir de la gauche), le 29 janvier 2020 à Berlin (ODD ANDERSEN / AFP)

La Berlinale 2020, qui s'ouvre jeudi, donnera à découvrir des réalisatrices, des films politiques et des œuvres du monde entier.

Pour sa 70e édition (20 février-1er mars 2020), le festival du film de Berlin veut mettre l'accent sur la diversité, un débat qui agite de manière récurrente l'industrie du cinéma. La Berlinale mettra en valeur des réalisatrices, des films politiques et des œuvres des quatre coins du monde.

Après des Bafta et des Oscars critiqués pour ne pas avoir assez mis en valeur les réalisatrices et artistes noirs, la Berlinale, premier gros festival de cinéma en Europe avant Cannes et Venise, a promis de se saisir du sujet. "Mon ambition est d'offrir une plateforme aux films. Nous voulons faire de la place à la diversité" dans le 7e art, a souligné Carlo Chatrian, qui co-dirige depuis cette année le festival avec la Néerlandaise Mariette Rissenbeek, cité par l'AFP. Ce duo remplace l'Allemand Dieter Kosslick qui a passé 18 ans à la barre de la Berlinale.

Les femmes plus représentées à Berlin qu'à Cannes ou Venise

Quelque 340 films ont été sélectionnés cette année, dont 37,9% réalisés par des femmes. Sur les 18 films en lice pour l'Ours d'or, six ont été dirigés ou co-dirigés par des réalisatrices. Un chiffre plus faible que l'an dernier où elles étaient représentées à un niveau jusqu'alors inédit (45%), mais plus élevé qu'à Cannes et surtout Venise, dont l'édition 2019 n'a accueilli que deux réalisatrices (sur 21 films).

En plein débat sur le sexisme et le manque de représentativité, la Berlinale avait signé en 2019 une charte en faveur de la parité hommes-femmes, comme d'autres grands festivals. "Six films ce n'est pas la parité, mais c'est en bonne voie pour l'atteindre", a estimé son nouveau directeur artistique, Carlo Chatrian, en présentant sa sélection fin janvier.

Parmi ces six films, le dernier opus de l'Américaine Kelly Reichardt, (First Cow), figure du cinéma indépendant et celui de la Britannique Sally Potter (The Roads not taken), avec Javier Bardem, Elle Fanning et Salma Hayek. La Berlinale rendra aussi hommage à l'actrice Helen Mirren qui recevra un Ours d'honneur.

Réalisation : Sally Potter

Hillary Clinton, Oleg Sentsov attendus à Berlin

Temps fort d'un festival résolument politique, la présence attendue d'Hillary Clinton, à l'honneur d'un documentaire en plusieurs parties, ainsi que de Cate Blanchett, figure du mouvement Time's Up, créé dans la foulée de #MeToo pour défendre les femmes dans l'industrie du spectacle.

Côté programmation, le réalisateur ukrainien Oleg Sentsov, emprisonné pendant cinq ans, viendra présenter Numbers, inspiré de son emprisonnement tandis que deux films de la très controversée expérience DAU, qui proposait il y a un an aux Parisiens une immersion en Union soviétique, seront à l'honneur (dont un en compétition).

Réalisation : Oleg Sentsov
En lice également pour l'Ours d'or, le dernier film de l'Iranien Mohammad Rasoulof (There is no evil), interdit de sortie de territoire, un film brésilien sur l'esclavage (Todos os mortos) et un documentaire de Rithy Panh (Irradiés), dont l'œuvre est consacrée à la mémoire du génocide cambodgien.

Une sélection "sombre" pour "nous ouvrir les yeux"

"S'il y a une prédominance de tons sombres, c'est peut-être parce que les films que nous avons sélectionnés ont tendance à regarder le présent sans illusion - non pas pour susciter la peur, mais parce qu'ils veulent nous ouvrir les yeux", a expliqué le sélectionneur du festival.

Un Ours d'argent sera exceptionnellement remis cette année en remplacement du Prix Alfred-Bauer, du nom d'un ancien directeur de la Berlinale, en raison des révélations récentes sur son passé nazi. Le festival a par ailleurs annoncé mardi confier une enquête à ce sujet à l'Institut d'histoire contemporaine (IfZ) de Munich.

Un jury présidé par Jeremy Irons

C'est au jury présidé par l'acteur Jeremy Irons qu'il reviendra de décider qui succèdera à Synonymes de l'Israélien Nadav Lapid, Ours d'or 2019. Le Britannique sera notamment entouré de l'actrice française Bérénice Bejo (The Artist), de l'Italien Luca Marinelli (primé récemment pour Martin Eden), du cinéaste américain Kenneth Lonergan (Manchester by the sea) et du Brésilien Kleber Mendonça Filho (récompensé à Cannes pour son film Bacurau).

Soucieux d'attirer un public jeune, la Berlinale présentera en outre le dernier Pixar (En route en VF, qui sortira dans les salles début mars) et propose une programmation séries ambitieuse et très anglo-saxonne. L'occasion notamment de découvrir The Eddy de Damien Chazelle, production très attendue de Netflix.

Vous êtes à nouveau en ligne