Face à la chute de fréquentation, les exploitants de cinéma lancent un SOS

 La salle de cinéma CGR de Brignais (Rhône).
 La salle de cinéma CGR de Brignais (Rhône). (ANTOINE MERLET / HANS LUCAS)

Il faut sauver les salles, "coeur du réacteur" sans lesquelles "l'ensemble du secteur du cinéma souffrirait", plaide Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français.

Le retour timide des spectateurs dans les salles de cinéma depuis le 22 juin doit être compensé par des "dispositifs qui permettent d'attendre" les sorties des films les plus attendus, pour le délégué général de la Fédération nationale des cinémas français, Marc-Olivier Sebbag. Selon le Syndicat des cinémas d'art et d'essai, des salles vides aux deux tiers doivent être aidées par "des mesures fortes et urgentes".

Trois fois moins de spectateurs

"C'est plus dur qu'on imaginait", constate de son côté Aurélie Delage, exploitante du Cinémascop Mégarama de Garat, en Charente, un mois après la réouverture, des salles de cinéma fermées pendant le confinement général. Comme dans des centaines de cinémas en France, cette responsable fait la grimace. "Je ne regarde plus les chiffres", mais "il ne faudrait pas que ça dure", car elle ne rentre plus dans ses frais.

Mercredi, la fréquentation hebdomadaire, tirée notamment par la comédie Divorce Club de Michaël Youn, a repassé le cap du million d'entrées. Mais cela reste bien insuffisant: c'est trois fois moins qu'en temps normal.


"Les gens ont été à l'intérieur pendant le confinement, ils veulent être à l'air libre, au bar ou au restaurant, d'autant qu'il fait beau", constate-t-elle. Après la période de fermeture des cinémas, il y a eu presque 60 millions d'entrées en moins et au moment de la réouverture, on espérait que les films seraient au rendez-vous.

L'été 2019 et ses foules de familles venues voir Le Roi Lion, sont un lointain souvenir. Comme d'autres, Mme Delage a même réfléchi à refermer, mais se raccrochant à une fréquentation qui frémit de semaine en semaine, elle évacue l'idée: "ce serait catastrophique, le public a besoin de repères".

Comme dans le reste de la France, le cinéma de Garat manque de "locomotives", des grosses sorties, américaines le plus souvent, susceptibles d'attirer les foules. Il n'y a pas assez de films à proposer au public.

Cette fermeture optionnelle est pourtant le choix pris par le mythique cinéma parisien le Grand Rex, faute d'une fréquentation suffisante. Il fermera, ainsi que ses autres salles, à partir du 3 août au soir, dans l'attente des blockbusters américains, à la fin de l'été. C'est la première fois de son histoire que la plus grande salle de cinéma d'Europe (2 800 places), ouverte en 1932, restera fermée. 

Aider les salles et le CNC

Selon Erwan Escoubet, directeur des relations institutionnelles et réglementaires de la Fédération nationale du cinéma français, interrogé sur Franceinfo, "il y a d'autres cinémas en France qui ont pris des décisions analogues. Il n'y a pas assez de films américains, pas suffisamment pour porter les autres films, et pas assez aussi, tout simplement, de films français. Le CNC avait mis en place un système de soutien renforcé pour les distributeurs de films français qui pourraient sortir leurs films cet été. Mais c'est visiblement insuffisant."

"Qu'est ce qu'il faudrait faire pour faire repartir l'activité ? Apporter un soutien économique à la fois aux salles de cinéma, mais également au CNC. Avec le budget du ministère de la Culture, pour relancer l'ensemble du mécanisme de financement du cinéma. Il est important que beaucoup de cinémas, s'ils le peuvent, restent un peu ouvert, en diminuant le nombre de séances, afin que le public ne perde pas l'habitude de venir au cinéma", poursuit M. Escoubet,. 

Déroger aux sorties mondiales

"Les salles, au niveau européen, souhaitent que les studios américains dérogent au système des sorties mondiales" et sortent leurs blockbusters "dès l'été" sur le Vieux Continent, sans attendre la réouverture des salles de l'autre côté de l'Atlantique, explique Marc-Olivier Sebbag, délégué général de la Fédération nationale des cinémas français. Seront-elles entendues ? "C'est un espoir, une demande...", ajoute-t-il.
En attendant, les exploitants ont appris cette semaine le report sine die d'un film qu'ils attendent comme le Messie, le dernier Christopher Nolan, Tenet, programmé d'abord en juillet, puis pour le 12 août et enfin repoussé au 26.

"On est très contents que Warner ait décidé de sortir Tenet [de Christopher Nolan] en Europe et en France à la fin du mois d'août. Tout le monde compte beaucoup là-dessus. On espère que ça fera changer d'avis aux Américains qui font quand même soixante-dix pour cent de leurs recettes en moyenne en dehors du territoire américain. Ils ont des difficultés chez eux, mais ils pourraient tout à fait réaliser des sorties dites régionales, par exemple, en Europe", a déclaré Erwan Escoubet.

Confiance

Maigre consolation, au vu de la fréquentation, le protocole sanitaire, qui impose de n'occuper qu'un fauteuil sur deux, ne pose finalement pas problème. D'autant que le masque peut être retiré pendant le film, une fois installé, souligne Marc-Olivier Sebbag

De petites salles associatives, sans coûts fixes importants, comme l'historique cinéma Eden de la Ciotat (Bouches-du-Rhône) où fut projeté le premier film des Frères Lumière, espèrent tirer leur épingle du jeu : "Il n'y a pas beaucoup de public, mais je suis reparti pour un siècle !", s'enthousiasme son président Michel Cornille, qui a retrouvé ses fidèles cinéphiles.

L\'Eden Théâtre de La Ciotat (Bouches-du-Rhône).
L'Eden Théâtre de La Ciotat (Bouches-du-Rhône). (MOIRENC CAMILLE / HEMIS.FR / HEMIS.FR)

Quant aux films qui ont fait le pari de sortir malgré tout, certains peuvent espérer une carrière honorable, sur des écrans moins encombrés que d'habitude. Tout simplement noir, comédie de Jean-Pascal Zadi qui dynamite les stéréotypes raciaux et le communautarisme, a connu un relatif bon démarrage en juillet, avec plus de 400.000 entrées en deux semaines.

L'envie de cinéma demeure

"Il y a une offre qui n'est pas pléthorique en ce moment, profitons-en pour avoir de la visibilité et proposer une comédie un peu rigolote aux gens, qui les fasse voyager", déclare à l'AFP David Caviglioli, coréalisateur de Terrible Jungle, une parodie de film d'aventure au casting alléchant, où Catherine Deneuve donne la réplique à Vincent Dedienne et Jonathan Cohen (sortie le 29 juillet). "A la rentrée notre film aurait été noyé dans une masse de blockbusters", se rassure son coréalisateur Hugo Benamozig.

"On voit bien qu'avec 30% de la fréquentation, malgré ces circonstances, le public veut venir au cinéma. Il veut venir voir des films. Ce sont juste les films qui manquent. Est-ce que les multiplexes qui proposent forcément plus de films s'en sortent mieux ? Tout le monde est dans la même situation actuellement puisque les multiplexes ont plus d'écrans mais pas plus de films à passer. Sur une semaine ordinaire on a 14-15 films qui sortent, là il n'y a presque rien", constate Erwan Escoubet.

"Il y a des gens qui vont avoir plaisir à retourner au cinéma", parie de son côté le réalisateur Mathieu Kassovitz, qui ressort La Haine, film générationnel sur les banlieues et les violences policières, 25 ans après.

"Il y a pas mal de ressorties de films cet été pour que les gens puissent aller au cinéma et leur redonner envie", explique-t-il à l'AFP, convaincu que le public "est en demande de films".

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