Fabrice Luchini : "Le mystère Henri Pick n'est ni intello, ni sous la ceinture, mais dans une voie du milieu lumineuse"

Fabrice Luchini à 20h30 le dimanche
Fabrice Luchini à 20h30 le dimanche (France 3 / Culturebox)

Fabrice Luchini était l'invité de 20h30 le dimanche de 24 février. A l'affiche du film de Rémi Bezançon "Le mystère Henri Pick" qui sort en salles le 6 mars, et sur la scène du Théâtre de la Porte Saint-Martin dans "Des écrivains parlent d'argent", le comédien a été rejoint par le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer. Comme à son habitude il nous a régalés de ses aphorismes.

Michel Serrault avec Bruno Masure, Jamel Debbouze avec David Pujadas ont écrit des pages inoubliables de la grand messe du 20 heures. A chaque fois, les présentateurs ne savaient pas quelle direction allait prendre l'interview, avec des invités aussi fantasques. En accueillant Fabrice Luchini sur le plateau de 20h30 le dimanche, Laurent Delahousse ne sait pas non plus à quoi s'attendre tant le comédien est prolixe.

D'autant qu'entre cinéma et théâtre, son actualité est riche, comme souvent. Cela lui permet d'éviter d'être confronté au "concept d'effondrement". Au moment de dresser son portrait, on redécouvre que Fabrice luchini est fan de James Brown dont il a le déhanché et l'énergie, qu'il a pratiqué le verlan bien avant les rappeurs et qu'il voue une admiration à Louis Jouvet dont il a repris le rôle du Docteur Knock. Fabrice Luchini, le passionné de théâtre, qui a joué 29 spectacles différents en 40 ans. 

Luchini et la notoriété

"J'ai eu de la chance... c'est un métier qui demande une composante obsessionelle. Je dois beaucoup de choses à Jean-Laurent Cochet, à Labro".

Par rapport à Michael Jackson, on est quand même des Albanais. Notre notoriété est tout de même très régionale.


Il y a une névrose d'être le meilleur, mais c'est bête parce qu'on ne sera jamais aussi bon que Jouvet.


Luchini et Bach

"Comme disait Nietzche, on ne peut pas réfuter un son"

Comme disait Cioran, le son de Bach rendrait possible la vie dans un égoût"


Dieu ne se rend pas compte à quel point il doit tout à Bach. Sans Bach, Dieu serait un type de 3e ordre. Bach te donne confiance dans l'homme et dans la réalité." 


Luchini et Lagerfeld

Fabrice Luchini appréciait énormément Karl Lagerfeld qui lui a fait découvrir "Les oraisons funèbres" de Bossuet. Un homme pas politiquement correct et dur avec lui-même.

Karl Lagerfeld était l'incarnation de la non pitié sur soi-même. Il est parti exactement comme il avait annoncé qu'il partirait. Il est parti avec la non hystérie. Il est parti sur la pointe des pieds.
 

Luchini et le rejet des élites

Je n'ai pas assez de bonne humeur intérieure pour me sentir une élite.


Ce qui m'a empêché d'être fou, c'est de ne jamais avoir rompu ma relation organique à ma famille, mon père immigré italien. Je suis simple. Je connais encore des gens qui m'appellent Robert.


Pour moi, l'ascenseur social a complètement fonctionné. Je ne vais pas cracher dessus."


"Le certificat d'études était un document pour les ratés et je l'ai eu... coup de bol. J'ai vécu une vie d'apprenti coiffeur. Je m'en sors au théâtre, alors que je ne m'en sortais dans rien. Il y a un côté miraculeux"

Luchini et Bernard Pivot

Dans "Le mystère Henri Pick" Fabrice Luchini incarne un critique littéraire de la télévision qui n'est pas sans rappeler Bernard Pivot, qui, en 1994, avait invité le comédien sur le plateau d'Apostrophes. 

"Il m'a apporté beaucoup dans cette affection, dans cette grande santé qu'incarne Pivot, avec le côté merveilleusement roublard dans le sens le plus beau du terme. C'est à dire garder la naïveté face à la proposition compliquée de l'auteur"

C'est une jouissance d'avoir travaillé avec Camille Cottin, Rémi Bezançon et de donner un film qui est exactement la voie du milieu. On n'est pas intellectuels, on n'est pas branchés "intello-compliqué" ni tout en bas de la ceinture. On est dans une voie du milieu lumineuse où le rire est présent. 

Luchini et Jean-Michel Blanquer

Dans la dernière partie de l'émission, Fabrice Luchini est rejoint par le ministre de l'Education nationale Jean-Michel Blanquer. "J'ai toujours eu un Fabrice Luchini à côté de moi dans ce que j'ai fait. Jamais aussi bon, mais on a besoin de Fabrice Luchini dans la vie.

J'ai vu Jean-Michel Blanquer pour "Des écrivains parlent d'argent", il m'a parlé de Péguy.

"On critique constamment les politiques mais ce sont des hommes qui sacrifient énormément de choses. Je suis sidéré qu'ils ne lâchent pas l'affaire. Ça me fascine"

A l'Assemblée on n'est pas dans le très haut de gamme. Quand tu vis avec Rimbaud, Lautréamont, Péguy, Marx ou Guitry, c'est très difficile d'écouter les propos du quotidien.

A la rentrée prochaine le gouvernement a décidé de mettre en avant l'éloquence dès la troisième et un grand oral au baccalauréat.

"Le langage c'est ce qui nous fait être humain, c'est un marqueur social. Si on veut de l'ascenseur social, il faut que tous les enfants de France démarrent avec du vocabulaire, de la stabilité dans le langage. En mettant cet oral solennel du baccalauréat, on envoie un signal à tout le système scolaire dès la maternelleJean-Michel Blanquer

"On doit aimer nos profs on doit aimer nos instits" prolonge enflammé Fabrice Luchini en citant un texte de Charles Péguy datant de 1913.

Luchini à l'Académie française ?

Valéry Giscard d'Estaing, Jean d'Ormesson et Marc Fumaroli avaient conseillé à l'acteur de rentrer à l'Académie française. Mais ce soir Fabrice Luchini est catégorique :

"Je ne vais pas me présenter à cause de mon caractère inapte. "Je hais tous les hommes" disait le Misanthrope. Quand j'ai réalisé qu'il fallait faire un vote, qu'il fallait séduire tous ces messieurs, je me suis dit ça va pas le faire, parce que je ne suis pas doué pour le masque. Pour moi il n'y a qu'un seul juge c'est le public.

L'Académie française ce n'est pas ma place, car je ne suis pas un créateur mais un interprète des génies français."

Luchini, Blanquer et La Fontaine

Jean-Michel Blanquer se prête à l'exercie de lecture du "Lion et le rat".

"Il est formidable notre ministre. Il faut le faire. C'est quand même l'auteur le plus difficile qui existe La Fontaine. C'est le plus grand styliste français. Il a une telle foi dans son métier, qu'il s'est dit : je vais me faire une La Fontaine que je ne connais pas par coeur. Bravo Monsieur le ministre !"  

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