EN IMAGES. Un décor de cinéma abandonné pour confinement fige deux rues de Montmartre sous l'Occupation

Le décor du film "Adieu Monsieur Haffmann" que Fred Cavayé tournait à Montmartre avec Daniel Auteuil, a dû être abandonné précipitamment.

Depuis le début du confinement, un silence inhabituel s’est abattu sur la capitale. Vidé de ses voitures et de ses habitants, Paris semble suspendu dans une faille temporelle de science-fiction. Face à la menace invisible du Covid-19, certaines personnes âgées se plaignent : "C’est pire que pendant la guerre.

Deux rues du quartier de Montmartre, à deux pas du Sacré-Cœur, semblent les prendre au mot : elles téléportent les passants dans un mauvais cauchemar, celui de la Seconde Guerre mondiale. Un décor de cinéma, conçu et réalisé par le chef décorateur Philippe Chiffre, abandonné en plein tournage pour cause d’injonction de confinement, fait revenir le quartier 80 ans en arrière, à la sombre époque de l’Occupation nazie.

Nous avons parlé à un membre de l'équipe du tournage du film en question, Adieu Monsieur Haffmann, et à un habitant du quartier, auteur des photos de ce diaporama. Leurs témoignages et le récit de cette histoire insolite sont à lire sous les photos.

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Un décor de cinéma, abandonné en plein tournage pour cause d’injonction de confinement, a figé les rues Berthe et Androuet dans les années 40, sous l’Occupation.  CHRISTOPHE AIRAUD
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Devantures de boutiques de corsets, d’apothicaires ou d’artisans soigneusement vieillies, apparaissent plutôt charmantes de prime abord... CHRISTOPHE AIRAUD
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Mais ce sont les affiches de propagande, les fiches glaçantes de recensement des juifs et les avis de couvre-feu, qui font revenir soudain le quartier 80 ans en arrière, à la sombre époque de l’Occupation nazie. CHRISTOPHE AIRAUD
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Le tournage en cours était celui d’ Adieu Monsieur Haffmann, une adaptation de la pièce de théâtre de Jean-Philippe Daguerre, récompensée de quatre Molières en 2018.  CHRISTOPHE AIRAUD
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Cette tragi-comédie se déroule à Paris en 1942 et raconte l'histoire d'un bijoutier juif qui se cache dans une cave pour échapper aux Nazis et demande à son employé de reprendre le commerce en attendant la fin de l'Occupation. CHRISTOPHE AIRAUD
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L'équipe du film, réalisé par Fred Cavayé avec Daniel Auteuil, Sara Giraudeau et Gilles Lellouche comme acteurs principaux, a dû abandonner les lieux du tournage mi-mars, en application des règles de confinement pour freiner la pandémie de coronavirus. CHRISTOPHE AIRAUD
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Deux semaines de tournage étaient prévues initialement dans ces deux rues. Une seule a pu avoir lieu : il a fallu remballer précipitamment le week-end précédant le confinement. CHRISTOPHE AIRAUD
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"Nous avons juste eu le temps de démonter rapidement une partie des devantures des boutiques que nous avions plaqué sur des façades d’immeubles, pour ne pas bloquer les entrées des habitants. Mais nous avons laissé tout ce qui se trouvait sur les façades des boutiques existantes", nous a raconté une personne de l’équipe. CHRISTOPHE AIRAUD
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"On ne s’y attendait vraiment pas", assure ce membre de l’équipe de tournage. "On a commencé la semaine du 9 mars normalement ; sur le plateau il y avait une soixantaine de personnes, il y avait pas mal de figurants car on a tourné des scènes de rafle." CHRISTOPHE AIRAUD
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"Le jeudi, l'équipe a commencé à comprendre la menace de l’épidémie", continue ce membre de l'équipe de tournage. "On n’avait plus le droit d’approcher trop près des acteurs, ils ne pouvaient plus manger avec l’équipe. Et puis le vendredi soir, l’apéro prévu à la fin de la semaine de tournage a été annulé et la feuille de service pour la semaine suivante n’a pas été envoyée." CHRISTOPHE AIRAUD
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"Ce qui est particulier, c’est qu’on ne se rend pas compte tout de suite qu’il s’agit d’un décor de film sous l’Occupation", temoigne Christophe Airaud, habitant du quartier et auteur des photos de ce diaporama (et accessoirement rédacteur en chef de franceinfo Culture). CHRISTOPHE AIRAUD
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"Ces quelques rues sont déjà en elles-mêmes un décor de cinéma, Montmartre a encore un cachet vintage. D’ailleurs, au coin de la rue il y a la fameuse épicerie du film Amélie Poulain", poursuit Christophe Airaud. CHRISTOPHE AIRAUD
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"On a l’impression qu’il s’est passé un truc mais on ne sait pas quoi. On peut trouver ce dépaysement charmant jusqu’au moment où l’on déchiffre une affiche de propagande pro-Pétain et là c’est le choc, on se dit que quelque chose ne va pas", continue Christophe Airaud. FRANCE TELEVISIONS
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"Ce qui est saisissant c’est la conjugaison du confinement et de ce temps encore plus arrêté qu’ailleurs. Comme c’est un quartier très touristique, c’est la première fois qu’on voit les rues aussi vides. Ca donne encore plus d’intensité à l’étrangeté du lieu", conclut Christophe Airaud. CHRISTOPHE AIRAUD
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