Polémique Polanski aux César : des avocates défendent la présomption d'innocence

Le réalisateur Roman Polanski, le 29 novembre 2019 à Lodz (Pologne).
Le réalisateur Roman Polanski, le 29 novembre 2019 à Lodz (Pologne). (ARTUR WIDAK / NURPHOTO / AFP)

Dans une tribune publiée par "Le Monde", une centaine d'avocates prennent la défense du réalisateur Roman Polanski, poursuivi aux Etats-Unis pour relations sexuelles illégales en 1977 avec une adolescente de 13 ans.

Plus d'une centaine d'avocates pénalistes soulignent les principes de "prescription et respect de la présomption d'innocence" qualifiés de "seuls remparts efficaces" contre l'arbitraire, dans une tribune publiée dimanche 8 mars sur le site du Monde, une semaine après la cérémonie des César marquée par la polémique Polanski. Depuis cette date, le milieu du cinéma français se déchire entre défenseurs de Roman Polanski, qui critiquent la violence à son égard, et partisans de l'actrice Adèle Haenel, qui a quitté la salle en signe de protestation au moment où un prix a été attribué au réalisateur.

"On se pique d'avoir à le rappeler, mais aucune accusation n'est jamais la preuve de rien : il suffirait sinon d'asséner sa seule vérité pour prouver et condamner" écrivent ces 114 "femmes, avocates et pénalistes", "viscéralement attachées aux principes qui fondent notre droit" et "confrontées chaque jour à la douleur des victimes mais aussi, et tout autant, à la violence de l'accusation".

Toujours poursuivi aux Etats-Unis

"Femmes évoluant dans un milieu où se bousculent nombre de ténors pour qui l'adage 'pas de sexe sous la robe' n'a guère plus d'effets qu'un vœu pieux", elles soulignent que "Roman Polanski a fait l'objet de plusieurs accusations publiques, parmi lesquelles une seule plainte judiciaire qui n'a donné lieu à aucune poursuite : il n'est donc pas coupable de ce qui lui est reproché depuis l'affaire Samantha Geimer".

Roman Polanski, récompensé par le César de la meilleure réalisation dimanche dernier pour son film J'accuse, a été visé par plusieurs accusations de viols et agressions sexuelles ces dernières années pour des faits remontant à plusieurs décennies. La dernière accusation, en décembre, émane de l'ex-mannequin française Valentine Monnier, qui n'a pas déposé plainte pour les faits qu'elle dénonce, prescrits. Aux Etats-Unis, il est toujours poursuivi par la justice pour relations sexuelles illégales en 1977 avec une mineure de 13 ans, Samantha Geimer.

"Le doute doit obstinément profiter à l'accusé"

"Il est urgent de cesser de considérer la prescription et le respect de la présomption d'innocence comme des instruments d'impunité : en réalité, ils constituent les seuls remparts efficaces contre un arbitraire dont chacun peut, en ces temps délétères, être à tout moment la victime", estiment les avocates, qui dénoncent un "tribunal de l'opinion publique". Pour elles, "il est faux d'affirmer que l'ordre judiciaire ferait montre aujourd'hui de violence systémique à l'endroit des femmes ou qu'il ne prendrait pas suffisamment en considération leur parole".

"Nous constatons au contraire, quelle que soit notre place à l'audience, qu'une inquiétante et redoutable présomption de culpabilité s'invite trop souvent en matière d'infractions sexuelles. Ainsi devient-il de plus en plus difficile de faire respecter le principe, pourtant fondamental, selon lequel le doute doit obstinément profiter à l'accusé", ajoutent-elles.

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