Avant "Jurassic World", comment "Jurassic Park" a inventé le blockbuster moderne

Les héros (humains) du premier \"Jurassic Park\", de Steven Spielberg, sorti en 1993.
Les héros (humains) du premier "Jurassic Park", de Steven Spielberg, sorti en 1993. (KOBAL)

A l'occasion de la sortie du quatrième film tiré de la franchise "Jurassic Park", francetv info revient sur l'aspect révolutionnaire du premier opus, sorti en 1993. 

Il y a environ 70 millions d'années, T-Rex et vélociraptors régnaient sur la planète. Il y a 22 ans, ils régnaient sur Hollywood. Maxi budget, effets spéciaux révolutionnaires et succès planétaire, Jurassic Park, de Steven Spielberg, a ouvert dès 1993 une nouvelle ère pour le cinéma à (très) grand spectacle. 

A l'occasion de la sortie de Jurassic World, mercredi 10 juin – avec un protégé du réalisateur d'E.T., Colin Trevorrow, à la caméra –, francetv info fait un petit bond dans le passé afin de déterminer comment le film pionnier de 1993 a servi de modèle à ce quatrième épisode de la saga inspirée des romans de Michael Crichton. Ainsi qu'à deux décennies de films d'action. 

Il a déclenché une révolution dans les effets spéciaux

Les flammes de Backdraft, la colonne d'eau animée d'Abyss... A l'époque où Steven Spielberg planche sur Jurassic Park, les pionniers de l'imagerie de synthèse travaillent dur, mais viennent à peine de réussir à recréer virtuellement l'allure d'un humain qui marche (ironiquement, ce mouvement humain anime le robot T-1000, dans le film Terminator 2). Alors, donner vie à des animaux gigantesques disparus depuis plusieurs millions d'années ? Spielberg n'y croit pas et fait construire un tyrannosaure grandeur nature robotisé, ainsi qu'un costume de vélociraptor archi-réaliste (mais inconfortable). Son objectif : animer ses dinosaures, robotisés pour certains, habités par des humains pour d'autres, grâce à un nouveau procédé baptisé "Go motion", dont voici le résultat en storyboard animé.

Sauf que les pionniers de l'imagerie de synthèse, invités par la production à présenter leurs travaux, bluffent le réalisateur grâce à une séquence de quelques secondes (à 6 '10'' dans cette vidéo) : un T-Rex qui court. 100% virtuel, l'animal apparaît bien plus réaliste qu'un dinosaure en animatronique. Une révolution qui ébahit les spectateurs du monde entier. Dans les reportages d'époque, tout le monde s'accorde à dire que, désormais, "tout est possible au cinéma"

"On pensait que, dix ans après, cela paraîtrait incroyablement daté", se souvient un technicien dans un entretien réalisé pour les 20 ans du film. Or, "les effets spéciaux ont très bien vieilli". Pour les critiques ciné, le résultat échappe au kitsch en partie parce que Steven Spielberg ne s'est pas reposé sur ce nouveau joujou. "Dans le film, les dinosaures apparaissent durant un total de 15 minutes, dont 9 minutes de dinosaures réalisés avec des effets spéciaux traditionnels", explique un des spécialistes qui a travaillé sur le blockbuster. En mêlant créatures animatroniques (pour les plans serrés, notamment), humains-vélociraptors (comme dans la terrifiante scène de la cuisine, moins terrifiante quand on sait qu'il y a sous la peau du monstre un humain en position de skieur) et dinos de synthèse, le réalisateur a évité l'écueil du 100% virtuel, adopté plus tard par d'autres, comme l'explique cet article de The AV Club (en anglais)

 Il a ouvert une ère de démence marketing

Sorti quinze ans après le premier épisode de la saga Star WarsJurassic Park n'est pas le premier film hollywoodien à mettre en place une stratégie marketing digne d'une invasion extraterrestre. Mais la sortie du film reste un exemple d'engouement planétaire rarement égalé, quand bien même les budgets consacrés à la promotion ont explosé dans les années 2000. Et pour cause, Steven Spielberg a discrètement entretenu la passion des jeunes spectateurs pour les dinosaures, produisant Le petit dinosaure et la vallée des merveilles, de Don Bluth, dès 1988. L'année suivante, il achète les droits de Jurassic Park, un roman encore inachevé de Michael Crichton.

La somme investie dans le marketing (65 millions de dollars) "représente 3 à 4 fois le budget marketing moyen pour un film hollywoodien de l'époque", relève le site Jurassic Park.fr"Imaginez un monde dans lequel les produits Jurassic Park envahissent toutes les pièces [de la maison]", fait miroiter cette vidéo présentée aux marques qui forment dès 1992 la "Dinosaur Dream Team". Dans la hotte d'Universal Studios se trouvent des jouets, mais aussi des vêtements, des mugs et des accessoires scolaires, tous estampillés du célèbre logo. "Au total, un millier de licences Jurassic Park ont été vendues pour des droits d'exploitation à l'échelle internationale ou par pays", poursuit le site. 

En France, où l'actualité de l'époque se concentre sur la loi sur l'exception culturelle prônée par Jacques Toubon, cette débauche de dinos made in USA ulcère le ministre. Mais impossible de lutter contre le rouleau compresseur Jurassic Park (certes plus vendeurs en termes de merchandising que le carton français de l'année, Germinal) : un album Panini est consacré au film, tandis que des autocollants se baladent dans les paquets de céréales Weetabix, poursuit Jurassic-Park.fr. Trois jeux vidéo Jurassic Park ont également été développés par Sega et Ocean Software 50. Le site rappelle que le logo du film a même brièvement atterri sur les maillots de l'équipe de football de Martigues, ou encore sur des slips, comme le montre ce reportage réalisé à l'époque par France 2. 

Pionniers du marketing viral, les artisans de la "dinomania" ont également contribué à poser des règles fondamentales : celles du buzz. Pour entretenir le suspense, les bandes-annonces ont évité scrupuleusement de montrer les dinosaures (une astuce utilisée en 2014 sur le dernier Godzilla). Enfin, un journal de quelques pages intitulé Jurassic News a été distribué dans les cinémas américains. On y découvrait le parc comme s'il s'agissait d'une attraction réelle. Une stratégie reprise à l'identique dans sa version 2015, avec le site consacré à l'aventure Jurassic World

(JURASSICWORLD.COM)

Comme durant les mois qui ont précédé la sortie du film de 1993, des outils marketing plus ou moins discrets ont réveillé l'intérêt des spectateurs pour cette franchise cinématographique écornée par deux suites globalement ratées : souvenirs distillés dans la bande-annonce du nouvel opus (comme les plans quasi "copier-coller" de la porte du parc, ou encore la scène du verre d'eau qui tremble), puissants partenariats (avec Lego, notamment) et viralité soigneusement entretenue (parodie façon Minecraft ou Lego, évidemment) restent les trois piliers de cette technique qui a fait ses preuves. 

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