Cinéma : "Valérian", un blockbuster tiré d'un chef-d'œuvre de la BD de science-fiction

2017, L\'ETE VALERIAN ET LAURELINE
2017, L'ETE VALERIAN ET LAURELINE (PHOTO JC OGIER / MEZIERES, DARGAUD)

Le dernier film de Luc Besson, "Valérian et la cité des milles planètes", sort en salle mercredi. Le film s'inspire d'une célèbre série de bande dessinée des années 70. Franceinfo a rencontré ses deux auteurs, Pierre Christin et Jean-Claude Mézières.

Valérian et la cité des milles planètes, la dernière superproduction du réalisateur français Luc Besson, sort en salle mercredi 26 juillet. Derrière ce film, il y a une célèbre bande dessinée, née en 1967 dans le journal Pilote : Valérian. La série est considérée comme l'un des chefs-d'œuvre de la BD de science-fiction et les 23 albums se sont vendus à plus de 5 millions d'exemplaires à travers le monde.

"L'arrivée du cinéma peut être un triomphe ou une trahison" : Pierre Christin et Jean-Claude Mézières se confient sur la sortie en salle du film "Valérian" inspiré de leur bande dessinée
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À l'époque, Pierre Christin et Jean-Claude Mézières, deux amis d'enfance, rentrent des États-Unis. Ils proposent cette série de science-fiction un peu par hasard, faute de pouvoir faire du western car le secteur est alors déjà bien occupé dans la bande-dessinée. "On rentre en France et c'est là où on commence à gamberger un petit peu avec l'idée de faire de la BD parce que c'était quand même une envie, raconte Pierre Christin, le scénariste de la série. On regarde autour de nous et on se dit qu'il n'y a pratiquement pas de BD de science-fiction. Il y en a eu, il n'y en a plus ou c'est un petit peu des survivances. Donc, au fond, tout est à faire."

C'est ainsi que l'histoire de Valérian a débuté : deux pages par semaine dans Pilote. Le journal est alors dirigé par René Goscinny, grand maître de la bande-dessinée franco-belge. "Il a dit ce que tout bon patron de presse doit dire face à des débutants un tout petit peu prometteurs : 'Ben, c'est pas mal les petits gars, continuez !' C'est tout ce qu'il nous a dit", se souvient Jean-Claude Mézières avec humour.

Une série phare des années 1970

La série est incroyablement novatrice et devient très vite une référence. La richesse du dessin de Jean-Claude Mézières ajoutée à l'imagination et aux idées humanistes de Pierre Christin en font une série phare des années 70. "Il y a tout un esprit d'engagement sur des valeurs humanistes et, encore mieux qu'humanistes, elles sont même 'extra-terrestristes', c'est-à-dire que tout le monde a le droit de vivre", confie le scénariste.

J'avais très envie justement de parler des problèmes du monde. La science-fiction permet d'extrapoler.Pierre Christin, co-auteur de "Valérian"à franceinfo

Pierre Christin s'empare alors de thèmes qui "étaient un peu à l'état larvaire", comme l'écologie, car "la science-fiction se prête très bien à ça", explique-t-il. Cinquante ans après sa création, c'est donc par le cinéma que cette série renaît, en tout cas pour les plus jeunes ou pour ceux qui avaient échappé à son succès à l'époque.

Déjà des collaborations au cinéma

Cette renaissance est un juste retour des choses pour cette bande dessinée qui a beaucoup inspiré le septième art. L'univers de cette BD est incroyablement foisonnant. Jean-Claude Mézières a notamment travaillé avec Luc Besson, sur Le Cinquième élément (1997), et Valérian a inspiré d'autres réalisateurs comme, sans doute, George Lucas, le père de Star Wars

Mais ses auteurs ne sont pas de jeunes auteurs dans l'attente du succès. Avec ce film, ils n'attendent pas la consécration. Ils l'ont déjà.  "Notre 'cote' d'auteurs de bande dessinée a toujours été assez haute et elle s'est bien maintenue, souligne Jean-Claude Mézières. L'arrivée du cinéma peut être, ou un triomphe, ou une trahison."

L'univers de la BD respecté

Le jugement de Pierre Christin et de Jean-Claude Mézières sur le dernier film de Luc Besson est plutôt détaché même s'ils reconnaissent avoir été bluffés par les décors du film. Ce n'est pas leur film mais leur univers a été bien respecté. "À un moment, à telle scène, on dit : 'Ah ben oui, j'avais exactement dessiné cela', raconte Jean-Claude Mézières. Là, [Luc Besson], l'a traité évidemment comme un grand film de cinéma avec un luxe de décors et de costumes. Toute l'équipe technique a fait un boulot extraordinaire."

J'ai retrouvé des tas de choses symboliques, qui traînaient dans un dessin ou au bord de la mer comme ces grands coquillages. [Luc Besson] a refait des emprunts, des citations, pour faire son film et non pas un copier-coller de l'album.Jean-Claude Mézières, co-auteur de "Valérian"à franceinfo

Pierre Christin souligne les énormes moyens techniques déployés pour la réalisation de ce Valérian au cinéma. Le film a quand même coûté près de 200 millions d'euros. "On en prend d'abord plein la figure !, confie-t-il. Je n'avais pas assez d'yeux pour regarder tout ce qu'il se passait dans cet énorme écran. Par rapport à la miniaturisation de la BD, c'est quelque chose de gigantesque."

La question désormais est de savoir si les ventes des albums, réédités en intégral par Dargaud, profiteront de la sortie du film. Généralement et logiquement, l'adaptation d'une bande dessinée au cinéma dope les ventes des albums en librairie.