#OnVousPropose "Peau d'Homme", "Normal People", "Disclosure"... Nos suggestions culturelles du week-end

La couverture de \"Peau d\'homme\", un album signé Hubert et Zanzim, disponible aux éditions Glénat.
La couverture de "Peau d'homme", un album signé Hubert et Zanzim, disponible aux éditions Glénat. (GLENAT)

Pour vous aider à vous y retrouver, franceinfo vous propose une sélection culturelle hebdomadaire. Séries télé, bandes dessinées, podcast, spectacles, musique... On vous fait un point sur ce dont on parle, de ce dont on va parler, de ce dont on a parlé (mais vous êtes passé à côté) et de ce dont on ne parle pas assez. 

Cette semaine, la sélection culturelle de franceinfo vous propose de découvrir un des meilleurs albums de bande-dessinée de l'année, un documentaire passionnant sur notre perception de la transidentité (le fait de ressentir son genre en inadéquation avec le sexe assigné à la naissance), une série dont on va beaucoup parler et un podcast signé par la journaliste Judith Duportail, qui ne parle pas forcément de ce dont vous pensez.

La BD dont on parle : "Peau d'Homme"

La couverture de \"Peau d\'homme\", un album signé Hubert et Zanzim, disponible aux éditions Glénat.
La couverture de "Peau d'homme", un album signé Hubert et Zanzim, disponible aux éditions Glénat. (GLENAT)

"Être une femme libérée (...) c'est pas si facile" chantait le groupe français Cookie Dingler en 1984, mais dans l'Italie de la Renaissance, ça l'était encore moins. Destinées à épouser celui qu'on leur désignait, les femmes n'avaient pas d'autres choix que de devenir une bonne épouse, puis une bonne mère le reste de leur vie. Mais Bianca ne l'entend pas de cette oreille alors qu'elle s'apprête à s'unir à Giovanni, un riche marchand dont elle ne sait rien. Heureusement, les femmes de sa famille ont un secret qu'elles se transmettent de génération en génération : elles possèdent une peau d'homme. Lorsqu'on la revêt, on devient un bel éphèbe à la peau mate qu'elles ont surnommé Lorenzo et qui fait chavirer les cœurs. Bien disposée à en découvrir davantage sur Giovanni avant les noces, Bianca se mue le soir en Lorenzo afin de l'approcher. Et ce qu'elle découvre va la bouleverser...

Qui eût crû qu'une fable se déroulant au XVe siècle aurait autant de résonance avec notre époque ? Né en marge des manifestations contre le mariage pour tous, Peau d'Homme est un récit imaginé (et colorisé) par le talentueux scénariste Hubert (La nuit mange le jour, Monsieur désire ?) disparu prématurément en février dernier. D'inspiration autobiographique, son histoire mêle genre, sexualité, féminisme, mais aussi morale et religion, qu'elle stigmatise avec humour. Une fable dans laquelle l'auteur questionne à la fois notre plaisir et nos carcans avec lucidité et finesse. Dessiné avec poésie et naïveté par son compère Zanzim (L'Île aux femmes, Les Yeux verts), Peau d'Homme s'impose naturellement comme l'un des plus beaux albums de l'année. Ne reste plus désormais qu'à patienter avant la sortie du quatrième opus des Ogres-Dieux (actuellement en cours d'encrage par son dessinateur, Bertrand Gatignol), une autre magnifique série scénarisée par Hubert dans laquelle les hommes sont les esclaves des ogres devenus dieux.

Peau d'Homme par Hubert et Zanzim, coll. 1000 Feuilles aux éd. Glénat, 160 p., 27 euros.

La série dont on va parler : "Normal People"

Marianne et Connell sont deux adolescents irlandais qui fréquentent le même lycée. Si tous deux sont bons élèves, Connell, le sportif, est plutôt populaire, tandis que Marianne peine à s'intégrer. Lorsqu'ils commencent à se fréquenter, Connell choisit de taire cette relation auprès de ses amis et sa famille.

Normal People est une histoire d'une incroyable banalité. Celle de deux jeunes gens qui s'aiment, qui semblent se compléter, et dont l'alchimie (montrée sans fard à travers des scènes de sexe pleines de tendresse) est évidente. Pourtant, ils peinent à assumer leurs sentiments, enchaînent les malentendus et s'enferment dans une vie qui ne leur correspond pas. Se déroulant sur plusieurs années, Normal People, adapté du roman éponyme (inédit en français) de Sally Rooney, est une série difficile qui ne vous laissera probablement pas indemne. Frustrante, (on a sans cesse envie de leur crier : "Mais parlez-vous, enfin !"), elle aborde avec finesse la complexité des relations humaines. La série, très bien accueillie dans les pays anglosaxons, a conduit la plateforme américaine de SVoD, Hulu, qui la co-produit avec les Britanniques de BBC Three, à annoncer qu'elle adaptera, toujours en douze épisodes, l'autre grand roman de l'autrice irlandaise, Conversations With Friends (Conversations entre amis en VF, disponible aux éditions de l'Olivier).

Les douze épisodes de Normal People seront mis en ligne sur la plateforme Starzplay à partir du 16 juillet.

Le podcast dont on a parlé (et vous êtes passé à côté) : "Qui est Miss Paddle ?"

Le jour où elle découvre que son mec a liké sur Instagram la photo d'une jeune influenceuse qui représente tout ce qu'elle déteste, Judith voit rouge. Pourquoi faire cela alors qu'il sait pertinemment ce qu'elle pense de cette jeune fille qu'elle a surnommée Miss Paddle, en référence à la première photo qu'elle a vue d'elle, à quatre pattes sur une planche ?

Tout commence comme une banale histoire de jalousie irrationnelle entre femmes à travers des réseaux sociaux. Mais rapidement, Qui est Miss Paddle ? dévoile son vrai sujet. Durant six épisodes d'une quinzaine de minutes, la journaliste Judith Duportail, autrice de L'Amour sous algorithme (éd. Goutte d'or), une enquête sur les relations amoureuses à travers l'application de rencontres Tinder, nous dévoile la relation abusive dont elle a été la victime. A travers son témoignage, mais également les éclairages de ses proches, d'auteurs et de journalistes spécialisés, elle déroule les mécanismes d'emprise qu'elle a subis et raconte comment elle s'en est sortie. Un récit très éclairant et bouleversant, qui aide à comprendre ce qui est en jeu et pourra aider quiconque sera confronté un jour à cette situation.

Qui est Miss Paddle ?, un podcast produit par Pavillon sonore, à retrouver sur toutes les plateformes d'écoute.

Le documentaire dont on ne parle pas assez (et c'est dommage) : "Disclosure"

Comment la façon dont sont présentées les personnes transgenres sur nos écrans a façonné notre regard depuis des années ? C'est la question à laquelle répond Disclosure (Identités trans, au-delà de l'image en VF), un documentaire de Sam Feder, disponible sur Netflix. Décryptées par des personnalités trans, comme les actrices Laverne Cox (également productrice du film), Jamie Clayton, Sandra Caldwell ou le militant Chaz Bono, les images extraites de Psychose, de Tootsie, d'Ace Ventura, mais également d'innombrables séries policières révèlent tous les stéréotypes auxquels la transidentité est rattachée. On oscille invariablement entre des personnages tantôt comiques dont les apparitions sont destinées à faire rire, tantôt effrayants à travers des rôles de tueurs, ou simplement là pour provoquer du dégoût. Un panorama édifiant qui démontre à quel point les films, les séries ou même les talk-shows nous ont conditionnés dans notre perception de la transidentité. Ce documentaire fait d'ailleurs écho à The Celluloid Closet, sorti en 1995, qui retraçait l'histoire de la représentation de l'homosexualité dans le cinéma hollywoodien.

Toujours passionnant, souvent émouvant, lorsque les personnes concernées racontent l'impact de ces images sur leur développement personnel, Disclosure, dont le mot signifie à la fois "révélation" et "dénonciation", est un documentaire éclairant pour toutes les personnes cisgenres et probablement indispensable à la construction des personnes transgenres.

Disclosure (Identités trans, au-delà de l'image en VF), 1h47, disponible sur Netflix. 

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