Angoulême : pour améliorer le sort des auteurs de BD Stéphane Beaujean, directeur artistique du festival, prône "la décroissance"

Stéphane Beaujean, directeur artistique du festival international de la bande dessinée d\'Angoulêmeet et l\'affiche de la 47e édition, dessinée par Charles Burns
Stéphane Beaujean, directeur artistique du festival international de la bande dessinée d'Angoulêmeet et l'affiche de la 47e édition, dessinée par Charles Burns (Yohan BONNET / AFP)

La 47e édition du plus grand rendez-vous de la bande dessinée est placé cette année sous le signe de la reconnaissance, et des questions.

Le Festival international de la bande dessinée d'Angoulême, qui se déroule du 30 janvier au 2 février 2020, s'ouvre cette année sous le signe de la reconnaissance, mais aussi des questions. Cette 47e édition inaugure l'année de la bande dessinée, lancée par le ministère de la Culture, une reconnaissance officielle d'un genre en croissance depuis plusieurs décennies, mais longtemps cantonné dans un rôle mineur. Le festival 2020 marque également un premier pas dans la prise en compte des revendications des auteurs, profession fragile et précarisée, avec la publication du rapport Racine, qui propose 23 préconisations pour soutenir et améliorer la condition des auteurs, jusqu'ici privés des bénéfices de la croissance exceptionnelle de ce secteur. Et enfin, ce n'est pas encore officiel, mais cette 47e édition devrait être honorée par la visite du président de la République, Emmanuel Macron. 

A la veille de l'ouverture de ce grand rendez-vous de la BD, nous avons interrogé Stéphane Beaujean, le directeur artistique du festival, également libraire, éditeur et historien de la Bande dessinée.

Est-ce que "L'année de la Bande dessinée" est une bonne nouvelle ?

C'est une belle opportunité pour faire parler de la situation de la bande dessinée. C'est un secteur qui est en progression depuis cinq, six ans de manière constante, ce qui n'est pas du tout le cas du marché du livre en général en France. Cela permet de parler de l'exception française, parce que les autres marchés de la bande dessinée historique que sont le Japon et les Etats-Unis déclinent depuis une petite dizaine d'années, pendant que la France progresse fortement, presque 10% par an. C'est énorme compte tenu du contexte, c’est-à-dire une époque de transition de l'ère industrielle à l'ère numérique, qui fait péricliter les CD, les DVD, les supports physiques comme on dit dans la culture. Donc le fait de voir un support physique qui continue à être en très forte croissance alors que tous les autres secteurs déclinent, un secteur qui décline également partout ailleurs dans le monde, ça met la lumière cette exception, à plusieurs titres : exception industrielle en France et exception culturelle à l'échelle des marchés internationaux.

C'est aussi une reconnaissance institutionnelle du genre ?

La bande dessinée au XXe siècle était un peu sous le radar des institutions culturelles, c’est-à-dire méprisée par les institutions. La bande dessinée avait très mauvaise presse, elle était regardée comme une sous-culture alors qu'aujourd'hui ça n'est plus le cas. Cette année de la bande dessinée va permettre de bien acter ce changement de situation au XXIe siècle, de confirmer que la bande dessinée a trouvé une vraie légitimité culturelle ces vingt dernières années, il était temps ! Cela permet de mettre l'accent sur la légitimation de la bande dessinée, qui mérite d'être adoubée par l'Etat pour qu'on en finisse enfin avec ce discours qui consiste à dire que ce n'est pas de l'art, que l'on arrête enfin d'avoir des doutes sur ce sujet.

Comment expliquez-vous ce succès de la bande dessinée, pourquoi ça marche si bien ?

Il y a plusieurs pistes. La première est économique. La bande dessinée en un siècle a été méprisée et est restée un support pour les enfants. Et donc, quand ça a commencé à se diversifier, autant les genres que les publics à la fin du XXe siècle avec l'arrivée des Indépendants, il y a eu un effet de rattrapage pendant vingt ans. Il faut rattraper tout un public auquel on ne s'adressait pas avant. Ce phénomène a duré vingt ans, de 1995 à 2015, et cela a encore des effets aujourd'hui. Avec les librairies généralistes qui étaient réticentes à vendre de la bande dessinée, et qui s'y mettent, la bande dessinée conquiert encore des nouveaux territoires. Mais il n'y a pas que ça. Il y a le dynamisme du marché francophone. C'est le seul marché au monde qui importe toutes les cultures de bande dessinée. Si des auteurs naissent en Israël, au Brésil, ou n'importe où dans le monde, vous aurez toujours un éditeur français pour le traduire et le publier. Ça c'est unique au monde. Il n'y a aucun marché qui est aussi diversifié que le nôtre. La bonne santé d'un secteur, porté par un pays qui a toujours été ouvert aux autres cultures, prouve que l'ouverture culturelle, l'ouverture au monde, c'est un bon moteur économique. Et ça, politiquement, c'est un vrai modèle économique et aussi un modèle culturel.

La bande dessinée sera l'art du XXIe siècle ?

La bande dessinée fait plus sens qu'elle ne le faisait au XXe siècle, même si à mon avis elle ne sera pas l'art du XXIe siècle parce que on est entré dans le siècle du digital et je pense que la forme d'expression qui va apparaître sera numérique. Le XXe siècle, industriel, a été le siècle du cinéma. De tous temps, des média entrent en résonnance avec leur époque. On est dans le siècle du numérique et pour l'instant, on ne voit pas d'art du numérique émerger. En attendant, il y a un vide. Et dans ce vide, il y a des formes d'expression qui peuvent prendre une place. Je crois que la bande dessinée est plutôt bien partie pour occuper cet espace laissé vacant. Pourquoi ? Tout simplement parce qu'on est dans une époque de transition, en termes de langage. Avec la révolution numérique, il y a un changement de communication pour les hommes, qui passe de plus en plus par l'image. Pour une fois il y a un vrai pas de franchi. On voit une régression de l'écrit, on voit que l'écrit quitte certaines zones du langage, comme l'expression poétique et créative. Aujourd'hui, pour être poétique ou créatif, on utilise l'image, donc il y a des décalages qui s'opèrent dans le langage des hommes.

Dans un monde où l'expression artistique est en train de transiter de l'écrit à l'image, évidemment la bande dessinée est un médium qui doit dire quelque chose sur cette époque-là.Stéphane BeaujeanDirecteur artistique du Festival d'Angoulême

Cela ne m'étonne pas qu'elle fasse sens et qu'elle soit un peu à la mode en ce moment. Cela correspond à un changement de société. Et ça ne veut pas dire que son succès va s'arrêter quand une expression numérique va apparaître, ça veut dire qu'en ce moment son succès est lié à un état du monde, comme le cinéma ou l'imprimerie l'ont étés dans d'autres temps.

Le rapport Racine a finalement été dévoilé avant l'ouverture du festival. Est-ce que vous en avez pris connaissance. Quelles sont vos premières impressions ?

C'est un rapport plus courageux que ce que j'attendais, et ça ne m'étonne pas finalement de Bruno Racine, qui est quelqu'un que j'aime énormément. C'est un rapport qui se penche sur le problème des auteurs à travers le prisme de l'Etat, sur le rapport de l'Etat aux auteurs, au statut d'auteur. Et c'est bien parce que l'Etat traite très mal ses artistes. Il n'y a aucun statut juridique, au niveau de la fiscalité c'est un dédale monstrueux. Si vous êtes artiste, fiscalement parlant votre vie est un enfer, c'est bien pire que d'être entrepreneur alors que quand on est artiste, on n'a pas signé pour être comptable. Donc, il était temps quand même que l'Etat se décide à créer un statut, c'est quand même important de protéger les gens, ne serait-ce que juridiquement et fiscalement. C'est donc un rapport positif.

Pensez-vous que ces préconisations présentées dans le rapport ont des chances d'être mises en œuvre ?

C'est un rapport très positif, mais qui me semble quand même très utopiste sur le plan financier, parce qu'une fois encore ça va dépendre de la bonne volonté de l'Etat. Je le trouve très abstrait dans sa mise en œuvre, et c'est évidemment ce qui m'inquiète. Beaucoup de solutions qu'il préconise reposent sur des financements, et le problème est là : où les trouver ? Est-ce que l'Etat va s'engager dans une politique culturelle où il investit ?

Comment expliquez-vous le décalage entre la bonne santé de la bande dessinée, et la paupérisation des auteurs ?

Il faudrait mener une réflexion sur la chaîne du livre. Si on observe les répartitions dans la chaîne du livre au cours du siècle passé, on note que la part de redistribution attribuée aux différents maillons a évolué tout au long du siècle. Parfois imprimer un livre ça coûtait très cher, aujourd'hui imprimer des livres, ça coûte moins cher, avant il fallait en faire 30.000 pour être rentable, aujourd'hui en faire 3000 ça suffit parfois, avant les libraires prenaient tant de remise, aujourd'hui ils prennent tant de remise, et les diffuseurs prenaient tant, et ainsi de suite… Editeur, imprimeur, diffuseur, libraire…  la part de chacun fluctuait en fonction des changements de l'industrie. La seule part qui n'a jamais évolué, qui a été figée dès sa naissance et qui n'a pas bougé depuis, c'est celle des droits d'auteur. Il y a une étude à mener pour comprendre ce phénomène.

Quel statut a l'auteur aujourd'hui, dans cette chaîne ?

Quand vous êtes auteur, vous êtes un "mercenaire". Vous allez vendre au plus offrant vos services. Et vous n'êtes pas salarié. Mais en même temps vous êtes libre. Et à partir du moment où il y a trop de mercenaires, le statut devient très compliqué. Donc soit on industrialise la fonction créative, et ça veut dire qu'un auteur n'est plus un auteur. Il devient un exécutant, comme aux Etats-Unis, où l'auteur est un "show runner", qui travaille pour une entreprise qui lui dit ce qu'il doit écrire. Et s'il n'est pas content, c'est le producteur qui a raison. C'est un modèle de création industrielle qui assure des revenus décents. Mais si vous êtes libres et que vous voulez conserver votre liberté, vous êtes dans une situation compliquée, sachant qu'il y a trop de personnes qui ont le même statut. Un auteur gagne en fonction des ventes du livre. C'est le modèle du mercenaire, payé au résultat. Donc aucun auteur ne gagne mal sa vie en ayant beaucoup vendu. Mais presque 70 % des livres ne sont pas rentables. Ce sont les livres qui marchent qui financent les livres qui ne marchent pas. Ça veut dire que la fonction de mutualisation des revenus des éditeurs est déjà très importante, puisqu'on peut dire que 35% des livres font vivre 100 % des auteurs. Les éditeurs, en termes de fonction mutualiste, ont déjà des performances qui sont au-delà de toutes les mutuelles que l'on connait en France.

Est-ce que ce serait, selon vous, une bonne idée de mettre en place une régulation ?

Aujourd'hui, c'est assez triste mais c'est ça qu'il faut comprendre, à partir du moment ou un auteur gagne en fonction de ce qu'il fait, si on met en place des systèmes pour réguler l'investissement de l'éditeur ou l'investissement de la chaîne du livre, ça veut dire qu'il y a un certain nombres d'auteurs qui ne trouveront plus de travail. Ces vingt dernières années, il y a eu des chutes dans les coûts de production des livres, comme les coûts de l'impression, par exemple, qui se sont effondrés. Ça permet donc aux éditeurs de produire des livres en baissant ses risques. Et pour vraiment baisser ses risques, il tire aussi sur les droits d'auteurs. Il y a vingt ans, un auteur en qui vous ne croyiez pas fermement, vous ne l'éditiez pas, parce-que ne serait-ce que d'imprimer le livre, ça vous coûtait trop cher. Aujourd'hui, si l'éditeur n'est pas sûr de lui, il se dit "bon, si je ne le paie pas trop cher, je peux tenter le coup". Et donc on se retrouve dans une situation où les éditeurs prennent les risques, mais en essayant de les minimiser. Et pour les minimiser, il faut aussi que l'auteur ne coûte pas cher. Donc si on demande à l'éditeur de mieux payer l'auteur, il va remonter son niveau de risque, et il ne va pas le prendre. 

Il faut comprendre qu'une régulation de la chaîne du livre va nécessairement entraîner un chômage très fort.Stéphane BeaujeanDirecteur artistique du Festival d'Angoulême

Un tas d'auteurs qui arrivaient à se faire publier ne seront plus publiés. Ils ne seront pas mieux payés, ils ne vont juste plus avoir accès à la publication. 

Est-ce que cette idée n'est pas justement un argument des éditeurs pour sous-payer les auteurs ?
Non, c'est une réalité. Personne ne peut obliger un éditeur à publier. Le jour où l'on va les obliger à payer plus cher, ils vont juste arrêter de publier. C'est inévitable. Après, on peut s'interroger sur la question de savoir si c'est un mal. Cela permettrait d'avoir une production plus focalisée, et surtout plus soutenue. Parce qu'éditer un livre, ça ne sert à rien si vous ne le soutenez pas.

Aujourd'hui le problème n'est pas d'éditer. Le problème est de soutenir les livres qu'on édite.Stépahne BeaujeanDirecteur artistique du Festival d'Angoulême

Les soutenir ça veut dire y consacrer des ressources, en marketing, en communication, etc. Et ça, vous ne pouvez pas le faire quand vous avez d'emblée décidé de ne pas prendre trop de risques, et que vous publiez trop. Cela demande trop de personnel. Donc aujourd'hui, on a tout un tas d'auteurs qui sont mal payés, qui font des livres mais qui auront beaucoup de mal à trouver le succès dans un paysage où il y a 5000 livres qui sortent, et où les éditeurs ne peuvent pas les soutenir parce qu'ils n'ont pas les ressources pour le faire.

Les éditeurs sont-ils responsables de la situation des auteurs ?

Non, comme je vous le disais, c'est toute la chaîne du livre qu'il faut interroger. Du côté des libraires, par exemple, on peut se poser la question de savoir si le système des retours est toujours adapté. Aujourd'hui, les libraires peuvent acheter autant de livres qu'ils veulent, et en retourner autant qu'ils veulent. Tout ça alimente une chaîne où on produit, on produit, on produit des livres qu'on installe, et si on ne les vend pas on les retourne. Ce qui fait que le libraire n'a pas non plus nécessairement à défendre son produit, il ne prend pas de risques. Ce qu'il ne vend pas, il peut le retourner. Cette question des retours ne date pas d'hier. Elle date de 1984, de la loi Lang.

Que personne ne se soit dit que nous avions instauré un système de retours, qui est un système qui pervertit la chaîne me semble fou.Stéphane Beaujeandirecteur artistique du Festival d'Angoulême

C'est un système qui n'existe dans aucun autre commerce. Quand vous vendez des pulls, quand vous ne les avez pas vendus, vous les soldez. Donc ce système des retours, qui a été mis en place pour garantir le prix unique mis en place par Jack Lang en 1984, qui était une très bonne chose, ne peut plus marcher quand vous passez d'un monde où on a multiplié par 7 la production. Que personne ne se soit penché sur cette question, et sur les perversions de cette mécanique à partir du moment où le marché s'est démultiplié, ça me semble fou. Que personne ne se soit penché sur le fait que les droits d'auteurs sont les mêmes qu'au début du siècle dernier, alors que la chaîne du livre avait été reconfigurée dix fois, ça me semble fou. Si les autres maillons de la chaîne ont réparti différemment les bénéfices tout au long du siècle, comment se fait-il que l'auteur n'ait jamais été invité à cette redistribution ? L'auteur c'est une mécanique humaine, donc on n'avait pas besoin de le consulter, et pourtant il aurait fallu le faire. Les éditeurs ne l'ont pas fait, pas parce que ce sont de grands méchants, mais parce que ce sont des gens pragmatiques qui agissent au jour le jour.

Quand il y a une dérégulation dans la machine, de temps en temps il est important qu'il y ait une action politique.Stéphane BeaujeanDirecteur artistique du Festival d'Angoulême

Il est utile que quelqu'un, en dehors de la machine, fasse une analyse de son état de fonctionnement et décide de la réajuster, voire de la moderniser. Et ça, ça n'a pas été fait. La dernière modification a été faite par Jack Lang en 1984-85, une loi exceptionnelle, qui a permis de protéger l'économie du système du livre. Mais elle s'accompagnait de plein de mécanismes et de régulations. Je ne suis pas sûr que tous ces mécanismes soient encore utiles aujourd'hui, voire même bénéfiques. Je ne dis pas qu'ils le sont ou ne le sont pas, je dis qu'il y a là des sujets d'études à mener.

Quelle serait la solution ?                 

La seule solution, c'est la décroissance en termes de production. On a eu pendant vingt ans une croissance portée par des phénomènes industriels : baisse des coûts de production, arrivée du Manga qui permettait de créer de la rentabilité. Quand 15 ou 18 % de ventes liées aux Mangas, ça créé des bénéfices, que les éditeurs peuvent réinvestir dans la création. On a ainsi mis en place un système éditorial qui n'était pas dans l'accompagnement. 

On a eu vingt ans de croissance incroyable qui s'est faite au détriment des auteursStéphane Beaujeandirecteur artistique du Festival d'Angoulême

Et je pense qu'aujourd'hui il faut revenir à un fonctionnement plus éditorial : mieux choisir les livres que l'on édite, les accompagner plus solidement tout au long de leur parcours commercial, avoir un dialogue plus nourri avec les auteurs pour optimiser l'écriture, et donc y accorder plus de temps, et plus de ressources. Ce qui fait aujourd'hui que les auteurs sont mal payés, c'est la fragmentation. On a trop fragmenté l'édition. Il y a trop de livres, pas assez accompagnés, pas assez soutenus, pas assez payés. Il faut donc resserrer la production, autour de livres mieux pensés, mieux accompagnés, mieux portés et mieux payés.  

Quelles sont les limites du rapport Racine ?

Le rapport Racine est trop parcellaire pour être une piste de réflexion suffisamment efficace, parce qu'il ne s'est pas penché sur la question de l'industrie et de ces évolutions. J'aurais aimé une analyse industrielle plus fine. J'aimerais que des économistes, des politiques, se penchent sur des questions du genre : est-ce que le fonctionnement des retours aujourd'hui est encore adapté à la quantité de livres que nous produisons, est-ce qu'il ne faut pas mettre en place des dispositifs pour protéger la création française dans un environnement où le marché est en très forte croissance mais dans lequel la création française perd non seulement des parts de marché, mais aussi du volume, qui régresse en quantité, et en ventes. Toutes ces questions-là ne sont même pas soulevées.  Il faut qu'on réfléchisse en prenant en compte l'évolution du marché, l'évolution des mécaniques industrielles, l'évolution des formes de la chaîne du livre, parce que ça a énormément bougé depuis vingt ans. Le rapport Racine finalement, fait très bien le travail, mais sur une seule portion du problème et qui me semble la portion la plus difficile à mettre en œuvre, parce que très onéreuse, même s'il faut la mettre en œuvre et j'espère que l'Etat va la mettre en œuvre. Mais il y a un problème industriel, il n'y a pas qu'un problème de statut. Il y a clairement un dérèglement, qui doit pouvoir s'expliquer, et ça, ça demande une expertise technique.

Il faudrait une concertation interprofessionnelle pilotée par l'Etat, qui mette sur la table la  question de la chaîne du livre fondée sur une étude rétrospective.Stéphane BeaujeanDirecteur artistique du Festival d'Angoulême

Je ne dis pas que la régulation est la solution, mais je dis qu'il faudrait une vraie étude économique pour comprendre quelles seraient les conséquences d'une régulation. Je ne suis en tous cas pas pour la régulation sans concertation, et surtout pas sans étude préalable, mais il faut se pencher sur des sujets qui permettraient d'avoir une autre approche de la situation des auteurs et de réfléchir à éventuellement d'autres solutions.

Il se dit qu'Emmanuel Macron viendrait à Angoulême cette année, qu'en pensez-vous ?

S'il vient, je trouve ça excitant, parce que c'est toujours bien cette reconnaissance institutionnelle dont peut se réjouir la bande dessinée. Le dernier président à être venu c'est François Mitterrand, je crois, donc ça vous donne un peu le niveau d'implication de l'Etat dans la défense de la bande dessinée, qui est quand même une exception culturelle parce que la bande dessinée existe dans peu de pays, et ça fait dix ans que cette industrie porte le livre à contre-courant des tendances des autres pays. On a là un véritable joyau, à certains égards un modèle d'édition, et donc je trouve ça bien que les services de l'état viennent reconnaître cette exception culturelle et cette exception culturelle. Je pense que c'est utile pour tous les professionnels et pour tous les auteurs de savoir qu'ils peuvent compter sur l'Etat pour les soutenir, les écouter et les accompagner, surtout en ouverture de l'année de la bande dessinée, qui est là pour célébrer cette exception culturelle. Ca l'Etat l'a entendu. Ces deux trois dernières années ils en ont pris conscience, mais c'est bien d'être présent aussi, pour accompagner ce mouvement et pour dire que cette année de célébration est aussi teintée de problèmes à résoudre. Le problème principal étant la situation des auteurs.

Que conseillez-vous aux festivaliers pour bien profiter de cette 47e édition ?

Le Festival d'Angoulême est un festival diversifié. Je conseillerais aux visiteurs de s'ouvrir à toutes les formes de bande dessinée. Le public de la bande dessinée est encore cloisonné, très spécialisé, parfois même marqué par le rejet vis-à-vis des autres formes. Je les invite donc à profiter du festival qui ouvre des passerelles, pour ouvrir leur curiosité de lecteur.        

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