Barbara Hepworth au musée Rodin : la sculpture du ressenti

Barbara Hepworth taillant une oeuvre au Palais de Danse, 1961, The Hepworth photograph collection
Barbara Hepworth taillant une oeuvre au Palais de Danse, 1961, The Hepworth photograph collection (© Photographie Mathews)

Grande dame de la sculpture britannique, Barbara Hepworth est à découvrir au Musée Rodin de Paris (jusqu'au 22 mars 2020)

Barbara Hepworth, une grande sculptrice britannique, peu connue de ce côté de la Manche, fait l'objet d'une magnifique exposition au musée Rodin de Paris. Contemporaine de Henry Moore (1898-1986), elle a fréquenté à Paris, dans les années 1930, toute l'avant-garde artistique, de Constantin Brancusi, Jean Arp ou Pablo Picasso a Piet Mondrian ou Wassily Kandinsky. Nous avons choisi trois œuvres qui illustrent sa démarche, dans trois matières différentes, le marbre, le bois, le bronze.

Célébrée au Royame-Uni, Barbara Hepworth (1903-1975) a participé en France à des expositions collectives, alors qu'elle entrait aux collections du Museum of Modern Art de New York, que l'Onu lui commandait une œuvre installée devant son siège. Les formes abstraites et poétiques de l'artiste, taillées dans la pierre, le marbre, le bois, l'albâtre (plus tard, elle se met au bronze) sont inspirées par la nature et la place que l'homme y occupe. Elles célèbrent les côtes du Yorkshire et sa campagne qu'elle a sillonnée enfant avec son père. Puis les paysages de Grèce, d'Italie et enfin des Cornouailles où elle a travaillé les 35 dernières années de sa vie.

Barbara Hepworth ne représente pas ce qu'elle voit mais ce qu'elle ressent, face au paysage notamment, c'est une sensation physique, corporelle, qu'elle traduit avec sa main en sculptant. Elle dira que "la sculpture est une projection tridimensionnelle de sentiments primitifs : le toucher, la texture, la taille et l'échelle, la dureté et la chaleur, l'évocation et le besoin de bouger, de vivre et d'aimer". En un temps tourmenté par les guerres et les crises, elle veut, avec ses oeuvres ovoïdes et ses sphères, percées ou non, ses formes dressées, "projeter dans un médium plastique un peu de la vision abstraite et universelle de la beauté". 

Le marbre : "Two Forms"

Barbara Hepworth, \"Two Forms\" (Deux Formes), 1937, marbre, collection privée en dépôt à The Hepworth Wakefield Barbara Hepworth
Barbara Hepworth, "Two Forms" (Deux Formes), 1937, marbre, collection privée en dépôt à The Hepworth Wakefield Barbara Hepworth (© Bowness Photo © Hepworth Estate)

Très tôt, Barbara Hepworth a appris la taille directe. Elle privilégiait les outils traditionnels plutôt que les machines, pour créer dans un corps à corps intense avec la matière, qu'on peut apprécier sur de très belles photographies présentées dans l'exposition. Le marbre et l'albâtre font partie des matières qu'elle a travaillées. Dans les années 1930, souvent comme ici, elle pose deux ou trois formes sur un même socle. Des formes très simples. Ce qui l'intéresse alors, ce sont les relations dans l'espace, les tensions entre les différents éléments, en termes de poids, de taille.

Ces formes dressées sont pour l'artiste de celles qui "ont un sens particulier depuis l'enfance" : ce sont celles qui traduisent son "sentiment envers l'être humain debout dans le paysage". Doubles, elles évoquent "la relation tendre entre deux êtres vivants côte à côte".

Le bois : "Pelagos"

Barbara Hepworth a beaucoup sculpté le bois. Des bois européens ou tropicaux. On remarquera en particulier dans l'exposition une forme dressée de 2,50 m de haut, évidée (Figure, Nanjizal, 1958), dont les nervures animent la surface polie.

Pelagos (la mer en grec) est caractéristique des œuvres réalisées après la guerre : après les formes abstraites plus géométriques des années 1930, elle retourne à des volumes plus fortement marqués par son expérience de la nature. Elle s'est installée en 1939 à St Ives, sur la côte de Cornouailles. Le bois évidé, peint en blanc, capte la lumière. Les cordes expriment "la tension que je ressentais entre moi et la mer, le vent ou les collines". Le vide, en forme de spirale comme souvent, peut évoquer un coquillage, une vague ou la courbe d'un relief.

Le bronze : "Sea Form (Porthmeor)"

Barbara Hepworth, \"Sea Form (Porthmeor)\" [Forme marine (Porthmeor)], 1958, bronze
Barbara Hepworth, "Sea Form (Porthmeor)" [Forme marine (Porthmeor)], 1958, bronze (© Bowness Photo © Tate)

A partir des années 1950, Barbara Hepworth s'est mise au bronze, qui lui permet d'explorer d'autres formes plus en mouvement et aussi de produire davantage à un moment où le succès l'incite à créer plus de pièces. Elle modèle sur une armature métallique du plâtre qu'elle taille quand il est sec. Elle réalise souvent elle-même le travail de patine sur le bronze une fois fondu.

Sea Form (Porthmeor) est une évocation de la mer, sa forme enveloppante comme une vague qui se brise, la patine verte et blanche comme les couleurs de l'eau et de l'écume. Dès son plus jeune âge, l'artiste avait été marquée par les paysages marins, lors de vacances à Robin's Hood Bay sur la côte du Yorkshire, où elle a peint dès l'enfance. En Cornouailles, il y a la lumière et les couleurs en plus, disait-elle.

Barbara Hepworth
Musée Rodin de Paris
77, rue de Varenne, 75007 Paris
Tous les jours sauf le lundi, de 10h à 18h30
Tarif : 12€
Du 5 novembre 2019 au 22 mars 2020

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