"Photographier l'Algérie" : regards croisés de Pierre Bourdieu à Marc Riboud à l'Institut du monde arabe de Tourcoing

Marc Riboud, Alger, 2 juillet 1962, au lendemain du référendum d\'autodétermination de l\'Algérie
Marc Riboud, Alger, 2 juillet 1962, au lendemain du référendum d'autodétermination de l'Algérie (Marc Riboud - Service presse / IMA-Tourcoing)

"Photographier l'Algérie", à l'Institut du monde arabe de Tourcoing explore, l'histoire tumultueuse de ce pays depuis la colonisation française jusqu’à la fin du XXe siècle. En mêlant des clichés de photo reporters, de sociologues, d'anciens colons ou d’Algériens d’aujourd’hui, l'exposition propose une vision plurielle de cette nation.

Comme un voyage dans le temps, l'exposition débute par le sépia des cartes postales. Des photographies d'anonymes du début du XIXe siècle. Albums souvenirs de la colonisation française, avec ces autochtones pittoresques qui fascinent les Européens en quête d'exotisme. 

La photographie et la conquête coloniale

La conquête coloniale et la photographie ont une histoire commune. "La conquête coloniale a été exactement contemporaine de l'invention de la photographie dans les années 1830, rappelle Françoise Cohen, directrice de l'Institut du monde arabe de Tourcoing. Ça a été une passion suscitée par une conquête. Ça a été une prise de possession économique, une prise de possession d'un territoire. C'est très important de ne pas l'oublier."

Reportage France 3 Nord Pas-de-Calais Y. Fossurier / S. Gurak / M. Graff


On passe ensuite à la Guerre d'Algérie dans les années 50. Un conflit brutal et déchirant restitué dans la confrontation des regards : ceux des militaires français en opération et ceux des femmes algériennes forcées de se dévoiler pour des photos d'identité. Des portraits forcés signés Marc Garanger. Appelé en Algérie, le jeune photographe réalise ces photos à la demande des autorités françaises.

la puissance populaire de l'indépendance

A la même époque, les photographies de l'ethnologue et sociologue Pierre Bourdieu témoignent d'un autre regard. Adversaire résolu du colonialisme français, il voulait comprendre un monde social déboussolé et traversé de contradictions.

Marc Garanger, femme algérienne, 1960
Marc Garanger, femme algérienne, 1960 (Marc Garanger, musée Nicéphore Niépce, Ville de Chalon-sur-Saône. Service presse / IMA-Tourcoing)


Marc Riboud, lui, immortalisera les manifestations de joie à travers le pays au lendemain du référendum d'autodétermination de l'Algérie. Le photoreporter français est l'un des rares à avoir capturé avec autant de vérité la puissance populaire de l'indépendance en 1962.
 

L'explosion et la joie de la libération, je trouve que ces clichés sont magnifiques. Sans pour autant être orientés. Sans vouloir dire aux gens quoi penser.une visiteuse de l'exposition "Photographier l'Algérie"


Le voyage se termine sur une note plus intime, avec les clichés de Bruno Boudjelal. Ce photographe franco-algérien est parti à la rencontre de sa famille paternelle et de ses racines dans les années 1990. Une histoire émouvante à découvrir jusqu'au 13 juillet à l'Institut du monde arabe de Tourcoing. 

Vous êtes à nouveau en ligne