Pour le pavillon français à la Biennale de Venise, Laure Prouvost imagine une pieuvre

L\'artiste Laure Prouvost à New York le 2 novembre 2018
L'artiste Laure Prouvost à New York le 2 novembre 2018 (Nina Westervelt / WWD / Rex / Shutterstock / SIPA)

Laure Prouvost, qui a été choisie pour installer au mois de mai le pavillon français de la Biennale de Venise, a choisi la pieuvre et ses tentacules pour livrer un message d'hypersensibilité. L'artiste à l'imagination débordante, raconte qu'elle a traversé la France, en partie à cheval, pour capter et restituer dans son œuvre la "complexité" française.

Le 11 mai 2019 débutera la 58e Biennale internationale d'Art de Venise, prévue jusqu'en novembre. Avoir sélectionné pour la Pavillon français de la Biennale Laure Prouvost, une vidéaste plutôt provocante, avec ses installations immersives qui font cogiter et ses récits à double sens, est "un choix audacieux", de l'aveu même du président de l'Institut français Pierre Buhler.
 
41 ans, cheveux blonds courts, allure sportive, débordante d'énergie, Laure Prouvost qui vit entre Londres, Anvers et la Croatie et met en correspondance le langage avec la vidéo, le dessin, la céramique, la tapisserie, la photographie, a déjà de belles expositions internationales à son palmarès (Minneapolis, Miami, Los Angeles, Istanbul, Lucerne, Milan, Pékin, Munich, New York, Mexico). Elle a remporté en 2013 à Londres le prestigieux Turner Prize.
 
Racontant son aventure à l'AFP, elle se montre la fantaisie incarnée au point qu'elle semble jouer dans le récit de ses rencontres à mêler l'imaginaire et le réel.

La pieuvre déploie son cerveau dans tous ses tentacules

Laure Prouvost a conçu son projet "comme un grand voyage". "J'ai choisi la pieuvre car elle déploie son cerveau dans tous ses tentacules. La pieuvre veut toucher pour comprendre. Elle pense en sentant, elle sent en pensant. Son grand problème est qu'elle n'a pas de mémoire", décrit-elle.
 
Elle a effectué son voyage préparatoire avec la commissaire du Pavillon français, Martha Kirszenbaum, qui s'était fait remarquer en novembre à Paris Photo en inaugurant le secteur "Curiosa" qui traitait du rapport à l'érotisme. Elles ont rencontré ceux qu'elles définissent comme des "outsiders" français, récusant le terme de marginaux". Elles ont fait exposer leurs talents insolites devant la caméra : Samantha et Garance les danseuses, Jules l'acrobate, Benoît le prêtre burkinabé, Alexandre le professeur de karaté, Alma la flûtiste, Kader le magicien qui fait voler les tables, Nicolas le danseur de hip-hop, Victor l'instituteur à la retraite qui fabrique les coiffes les plus fantaisistes.
 
L'artiste s'est aussi attachée à faire parler ses racines : "Ma grand-mère à Roubaix m'a forcé la main pour amener une tapisserie qu'elle a faite à Venise !", s'amuse-t-elle.

De la cité Pablo Picasso de Nanterre à Marseille, la réalité dépasse toujours la fiction

Laure Prouvost et Martha Kirzsenbaum ont commencé toutes les deux leur périple en septembre par "le béton parisien" à la cité Pablo Picasso de Nanterre, puis elles sont allées à Grigny et à Roubaix, avant de rejoindre le Palais idéal du Facteur Cheval à Hauterives dans la Drôme, et, de là, raconte Laure Prouvost, à dos de cheval, la "ville monde" de Marseille.
 
"Quand on sort de nos iphones, la réalité dépasse toujours la fiction. Il y une porosité entre la vie et l'art. Nous avons filmé une femme qui chantait dans le vent sur un terril, nous avons partagé un moment de grâce au bord de la Grande bleue avec le prêtre burkinabé coiffé d'un chapeau batman", témoigne l'artiste.
 
"Avec les tentacules, la pieuvre parle des extrémités, casse les frontières, permettra de pénétrer dans toutes les antres du pavillon français", promet-elle.
 
Comment conçoit-elle le pavillon ? Elle ne semble pas vouloir tout prévoir, se laissant conduire par son inspiration. Il y aura les formes d'une grande pieuvre et un film projeté "dans le ventre du poulpe". Des objets montrés dans le film se retrouveront dans le réel. Des musiciens de passage interviendront, il y aura des "nappes sonores".
 
"Les portes principales ne seront plus les principales. Nous voulons repenser le pavillon. Je veux un pavillon ouvert sur le monde, à l'écoute, qui a envie de discuter avec ses voisins", dit-elle. "La pieuvre est un animal marin, pour une ville, Venise, qui est de façades et de coulisses. Ce projet sera une aventure remplie de surprises", observe Martha Kirzsenbaum.
 
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