Les Rencontres de la photographie d'Arles soufflent le 1er juillet leurs cinquante bougies

Rencontres internationales de la photographie d\'Arles, juillet 1981 : le célèbre photographe français Jacques-Henri Lartigue s\'adresse à l\'écrivain et la photographe américaine Linda Wolf, devant un parterre de photographes.
Rencontres internationales de la photographie d'Arles, juillet 1981 : le célèbre photographe français Jacques-Henri Lartigue s'adresse à l'écrivain et la photographe américaine Linda Wolf, devant un parterre de photographes. (GERARD FOUET / AFP)

En un demi-siècle, la ville d'Arles s'est érigée en capitale de la photo, avec plus de 1.200 expositions organisées et plus de 1500 artistes invités.

"Quand on a créé les Rencontres à Arles, il ne se passait rien en photo", résumait avant sa mort en 2014 Lucien Clergue, un des trois fondateurs de l'illustre festival. Cinquante ans plus tard, le rendez-vous est incontournable pour professionnels, amateurs et grand public.

Du 1er juillet au 22 septembre, cette édition 2019 des Rencontres rend hommage au photographe Lucien Clergue, aux côtés des autres cofondateurs, le conservateur de musée Jean-Maurice Rouquette et l'écrivain Michel Tournier.

Les plus grands photographes, mais aussi les découvertes

"En 1970, ce fut la bouillabaisse... Un joyeux mélange de genres, mais avec peu de photographie", racontait Clergue. Peu à peu, la photo s'impose devant les autres disciplines et en cinquante ans, Arles a vu défiler les plus grands, étrangers ou français, dont Jacques-Henri Lartigue, Edward Weston, Willy Ronis, Josef Koudelka, André Kertesz, Sebastiao Salgado, Henri Cartier-Bresson, Robert Doisneau, Raymond Depardon ou JR.

Le photographe américain David Burnett, à gauche, discute avec son confrère français et co-fondateur des Rencontres d\'Arles, Lucien Clergue, le 3 juillet 2006. 
Le photographe américain David Burnett, à gauche, discute avec son confrère français et co-fondateur des Rencontres d'Arles, Lucien Clergue, le 3 juillet 2006.  (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Mais les Rencontres entendent aussi être un laboratoire de découverte de talents, multipliant au fil des ans les expositions, les soirées, les stages et les prix décernés à des photographes prometteurs. "Lucien Clergue est allé chercher les photographes américains et a fait comme aux Etats-Unis avec des ateliers, des agences, des galeries", se souvient le maire d'Arles Hervé Schiavetti.

Arles, capitale de la photo

En cinquante ans, 1.234 expositions ont rassemblé 1.582 artistes, et 26 directeurs ou directrices artistiques se sont succédé à la tête des Rencontres. Si la décennie 90 fut celle de la crise, avec une baisse de fréquentation et la perte du mécène historique Kodak, Arles renoue aux début des années 2000 avec l'ambition d'être à la photo ce que Cannes est au cinéma.

En 2002, l'installation de l'Ecole nationale de la photographie, unique en France, consacre Arles comme capitale de la photo. La même année, le festival passe de quatre à sept jours et étoffe son offre. Aujourd'hui, après les sept journées professionnelles, ouvertes au public, la plupart des expositions sont visibles jusqu'à fin septembre.

L\'exposition \"28 millimetres\" du photographe français JR lors des Rencontres Photographiques d\'Arles, en juillet 2007.
L'exposition "28 millimetres" du photographe français JR lors des Rencontres Photographiques d'Arles, en juillet 2007. (ANNE-CHRISTINE POUJOULAT / AFP)

Les Rencontres ont connu une deuxième crise en 2014, avec la démission de son directeur d'alors et la vente des anciens entrepôts de la SNCF à la mécène milliardaire Maja Hofmann qui y a installé sa fondation Luma pour l'art contemporain. "Cela nous a obligé à inventer de nouveaux modèles, de nouveaux lieux", positive l'actuel directeur du rendez-vous, Sam Stourdzé. Tout l'été, les Rencontres s'associent à un important programme d'expositions qui s'étend jusqu'à Marseille, Nîmes ou Toulon.

Succès mondial, impact local

Et le rendez-vous connait un succès populaire mondial : de 60.000 visiteurs en 2008, la fréquentation est passée à 140.000 en 2018 dont 20% d'étrangers (35% la semaine d'ouverture), 30% de la région parisienne, 30% de la région Paca. Le budget de 7,8 millions d'euros est partagé entre mécénat, subventions et billetterie. "Le plus grand contributeur, c'est le public, nous fonctionnons avec 73% de fonds propres", se réjouit Sam Stourdzé qui souligne les retombées économiques pour la ville et sur l'emploi.

Le photographe Willy Ronis, alors doyen des photographes français à l\'âge de 99 ans, lors des 40e Rencontres d\'Arles en juillet 2009.
Le photographe Willy Ronis, alors doyen des photographes français à l'âge de 99 ans, lors des 40e Rencontres d'Arles en juillet 2009. (GINIES/SIPA)

Hors saison, 15 permanents travaillent pour les Rencontres, dont 10 à Arles. Ils sont 400 en saison dont 280 agents d'accueil recrutés grâce au dispositif des emplois aidés. "Ça fait baisser le chômage de 5% sur la période", affirme Sam Stourdzé. Le festival, gratuit pour les Arlésiens, génère, selon la municipalité, 22 millions d'euros de retombées économiques dès 100.000 visiteurs. "Son impact dure toute l'année", estime le maire d'Arles Hervé Schiavetti. "Je suis heureux de l'ampleur qu'a pris Arles comme lieu de rencontre inconditionnel pour les professionnels et qui a une dimension grand public que n'a pas le festival de Cannes", se félicite Sam Stourdzé.

50 ans, 50 expos

Pour fêter leur jubilé, les Rencontres présentent cinquante expositions, dont une partie de leur fonds d'archives constitué dès la première année à l'instigation de Lucien Clergue, qui demandait à chaque photographe invité d'offrir une ou plusieurs oeuvres. Le festival a invité les témoins de ces cinquante années à partager leurs souvenirs au travers d'une collecte de photos.

Une manière de perpétuer "toute cette ambiance des débuts, très libre et sortant des sentiers battus, dont nous essayons de nous inspirer", souligne Sam Stourdzé.

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