Le Quai Branly expose les images de 26 artistes contemporains, de la Thaïlande au Congo : notre sélection

Vue de l\'exposition \"A toi appartient le regard (...) la liaison enfinie entre les choses\", au Quai Branly. \"SIXSIXSIX\" : 666 autoportraits de Samuel Fosso.
Vue de l'exposition "A toi appartient le regard (...) la liaison enfinie entre les choses", au Quai Branly. "SIXSIXSIX" : 666 autoportraits de Samuel Fosso. (© musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Vincent Mercier)

Le musée du Quai Branly renoue avec les grandes expositions de photographie et présente les oeuvres de 26 artistes contemporains de 18 pays.

"A toi appartient le regard et (…) la liaison infinie entre les choses" : vaste programme que celui de l'exposition du Quai Branly qui présente tout l'été (et jusqu'au 1er novembre) les photos, vidéos et installations d'images de 26 artistes contemporains de 18 pays d'Afrique, d'Asie, des Amériques et d'Océanie.

On regrette Photoquai, la biennale de photographie du monde organisée par le quai Branly entre 2007 et 2015. C'est une bonne nouvelle que le musée dédié aux arts extra-occidentaux renoue avec les grandes expositions de photographie. Si la biennale présentait uniquement des artistes émergents, la sélection proposée cet été comprend aussi des artistes déjà bien installés comme Guy Tillim, Samuel Fosso, Sammy Baloji ou Rosângela Renno. Elle interroge notre regard sur le monde, fragmenté par l'image, et questionne les héritages historiques des photographies.

Pour vous mettre l'eau à la bouche, nous avons sélectionné quelques artistes parmi ceux qui sont exposés :

666 autoportraits de Samuel Fosso

Samuel Fosso, \"SIXSIXSIX\"
Samuel Fosso, "SIXSIXSIX" (© Samuel Fosso, courtesy Jean Marc Patras / Paris)

Rien que pour cette œuvre saisissante qui l'introduit, il ne faut pas rater l'exposition du Quai Branly : Samuel Fosso est connu pour ses autoportraits mis en scène. On le verra plus loin dans ses "Esprits africains" où il incarne des figures célèbres comme Malcolm X ou Angela Davis, Haile Selassie ou Patrice Lumumba.

On est accueillis par sa monumentale série SIXSIXSIX (2015-2016) de 666 autoportraits au Polaroid grand format, complètement dépouillés, qui n'avait jamais été exposée en entier. Le long du couloir sinueux qui ouvre l'exposition, de gros plans sur son visage le montrent généralement grave et impassible, esquissant de temps en temps un sourire, faisant parfois une grimace et, exceptionnellement éclatant de rire.

Le lycée imaginaire de Gosette Lubondo

Gosette Lubondo, \"Imaginary Trip II\", 2016
Gosette Lubondo, "Imaginary Trip II", 2016 (© Gosette Lubondo © musée du quai Branly - Jacques Chirac)

Gosette Lubondo (née à Kinshasa en 1993) a travaillé dans un lycée desaffecté qu'elle a réinvesti imaginairement, en y mettant en scène des élèves en uniforme, dont les silhouettes fantomatiques, à moitié effacées, repeuplent les salles de classe ou l'espace extérieur. Le lieu devient complètement irréel.

Elle a réalisé cette belle série Imaginary Trip II (2018) dans le cadre des résidences photographiques que le musée du Quai Branly organise depuis 12 ans et qui permettent tous les ans à un ou plusieurs photographes de développer un projet inédit. Les œuvres produites à cette occasion sont intégrées aux collections du musée.

Les zones périurbaines de Lek Katsirikajorn

Lek Kiatsirikajorn, \"Lost in Paradise\", 2011 
Lek Kiatsirikajorn, "Lost in Paradise", 2011  (© Lek Kiatsirikajorn © musée du quai Branly)

Le Thaïlandais Lek Katsirikajorn a aussi réalisé son projet Lost in Paradise lors d'une résidence au Quai Branly, en 2011. Sensible aux mutations sociales, il s'est intéressé aux paysans venus à Bangkok à la recherche d'une vie meilleure et qui se retrouvent dans des zones périurbaines où d'une friche on contemple les gratte-ciel, où un enfant se tient sur un squelette de van complètement enfoui sous la végétation. L'artiste compare leur situation à celle de la Thaïlande : "Ils ont quitté leur passé en espérant une vie meilleure, mais se retrouvent coincés entre leur passé disparu et un avenir inatteignable", écrit-il.

Le "Black Photo Album" de Santu Mofokeng

Santu Mofokeng, \"The Black Photo Album / Look At Me : 1890-1950\"
Santu Mofokeng, "The Black Photo Album / Look At Me : 1890-1950" (© Santu Mofokeng. Courtesy MAKER, Johannesburg, and The Walther Collection)

Le Quai Branly projette, sous forme de diaporama, The Black Photo Album / Look At Me du Sud-Africain Santu Mofokeng, disparu en janvier dernier. Le photographe a collecté des photographies anciennes (1890-1950) de familles de Soweto. Il montre une classe moyenne noire qui se met en scène devant l'objectif. L'artiste s'interroge sur les conditions dans lesquelles ces images ont été prises, sur l'image que se fait d'elle-même cette bourgeoisie naissante et sur la colonisation des esprits.

Les grandes villes africaines de Guy Tillim

Guy Tillim, \"Museum of the Revolution, Harare\", 2016. De la série \"African Cities\". Programme réalisé dans le cadre des Résidences photographiques du musée du quai Branly - Jacques Chirac 
Guy Tillim, "Museum of the Revolution, Harare", 2016. De la série "African Cities". Programme réalisé dans le cadre des Résidences photographiques du musée du quai Branly - Jacques Chirac  (© Guy Tillim © musée du quai Branly - Jacques Chirac)

Après avoir travaillé comme photojournaliste sur les événements politiques, le Sud-Africain Guy Tillim s'est intéressé au paysage urbain et a posé son appareil photo dans les grandes villes africaines, Harare, Luanda ou Nairobi, où il cherche les traces de la colonisation et du passage de régimes socialistes et nationalistes au capitalisme mondialisé (Musée de la Révolution). Guy Tillim saisit des figures en mouvement dans ce paysage, juxtaposant parfois deux panneaux qui découpent un même cadre mais sont constitués de deux images prises à des moments différents.

Le "Roman algérien" de Katia Kameli

Katia Kameli, \"Le Roman algérien, chapitre 1\", 2016
Katia Kameli, "Le Roman algérien, chapitre 1", 2016 (© Courtesy de l'artiste)

Au pied de la Banque nationale d'Alger, un homme tient depuis vingt ans un kiosque où il vend des images anciennes de la ville, cartes postales originales ou reproduites, photos d'hommes politiques ou de personnalités du passé. Dans une vidéo, Le Roman algérien (chapitre 1), l'artiste et réalisatrice Katia Kameli questionne le goût que les Algérois manifestent pour ces images du passé de leur ville, notamment coloniale, recueille les réactions des passants qui les regardent, et interroge des personnalités sur ce rapport aux images dans la société algérienne.

Les moustiquaires de photos de Dinh Q. Lê

Vue de l\'exposition \"A toi appartient le regard\" au musée du Quai Branly. L\'installation \"Crossing The Farther Shore\" de Dinh Q. Lê
Vue de l'exposition "A toi appartient le regard" au musée du Quai Branly. L'installation "Crossing The Farther Shore" de Dinh Q. Lê (© musée du quai Branly - Jacques Chirac, photo Vincent Mercier)

L'artiste vietnamien Dinh Q. Lê a fui son pays avec sa famille lors de l'invasion des Khmers rouges en 1978 et a étudié aux Etats-Unis avant de revenir vivre à Ho Chi Minh-Ville dans les années 1990. Il occupe le centre d'une grande salle de l'exposition avec une installation impressionnante (Crossing The Farther Shore) faite de milliers de photos de famille, généralement en noir et blanc, avec des inscriptions au dos. Il les a recueillies en souvenir de ses propres images familiales perdues. Il les a tissées avec des fils en volumes de tailles différentes, comme des moustiquaires qui évoquent un refuge.

"A toi appartient le regard et (...) la liaison infinie entre les choses"
Musée du Quai Branly
37, quai Branly, 75007 PARIS
Du mardi au dimanche, 10h30-19h
Tarifs (l'exposition + les collections permanentes) : 12 € / 9 €
Du 30 juin au 1er novembre 2020

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