Titouan Lamazou expose au Quai Branly : un bateau-atelier pour défendre les traditions contre la mondialisation

Titouan lamazou devant la maquette de son bateau-atelier
Titouan lamazou devant la maquette de son bateau-atelier (Eric Feferberg / AFP)

Titouan Lamazou, le peintre navigateur présente au Musée du Quai Branly la maquette de son bateau-atelier, qui naviguera à partir de 2020 pour défendre des traditions et écosystèmes menacés par la mondialisation. Autour de cette maquette, une exposition rassemble des tableaux de Titouan Lamazou inspirés de ses périples autour du globe.

Reportage France 3 Paris Île-de-France : G. Faure / M. Prévost / N. Gallet

L'exposition intitulée "L'Errance et le Divers" pose un cadre très vivant : Titouan Lamazou y présente ses toiles avec des paysages incandescents et des portraits expressifs de Mélanésiens et d'Antillais, qui mènent des combats pour préserver l'environnement, la culture et la pêche locale (par exemple face à la pêche industrielle du thon). De très beaux portraits de femmes rappellent Gauguin. 
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Gauguin, Ségalen, Stevenson, London réunis

Les portraits sont accompagnés de courts-métrages que Titouan Lamazou a lui-même réalisés et de toiles d'autres artistes sur les mêmes thèmes. Toutes les légendes sont rédigées en détail et à la main par le peintre, ce qui donne une touche intime à l'exposition. Une de ses huiles sur toile réunit sur une même plage le quatuor improbable de Paul Gauguin, Victor Ségalen, Robert-Louis Stevenson et Jack London, qui ont visité les Iles Marquises mais ne se sont jamais rencontrés.

Ces explorateurs, chercheurs et artistes ont eu en commun la même passion pour la préservation des civilisations fragiles des îles. Cette exposition est "pour moi un peu un voyage extraordinaire aux Marquises, où se trouveraient ensemble ces quatre personnages qui sont ce que je suis", explique le navigateur à l'AFP. Lamazou, âgé de 63 ans, est allé plus de trente fois aux Marquises, et il aime profondément ces îles - de Polynésie mais aussi des Antilles - "où la nature est cultivée comme un jardin".

Il tient aussi dans l'exposition à restituer aux lieux les noms que les autochtones leurs donnaient avant que la colonisation culturelle leur en impose d'autres. Des manuscrits de Ségalen sont notamment exposés, ainsi que des textes plus récents des écrivains martiniquais Patrick Chamoiseau ou Edouard Glissant. 

Rendre visible la fragilité du monde

Le bateau-atelier doit être construit l'année prochaine, avec le soutien notamment de la Région Aquitaine. Quand il prendra la mer en 2020, sous le patronage de l'UNESCO, artistes et chercheurs seront invités à monter à bord pour sensibiliser à la préservation des écosystèmes en danger. Lamazou, ancien compétiteur du Vendée Globe, proche d'Eric Tabarly, voudrait faire connaître le savoir traditionnel des navigateurs d'Océanie qui s'orientaient en suivant les courants marins, les vols des oiseaux et la trajectoire des étoiles dont leurs chants égrenaient les noms la nuit à bord de leurs pirogues. "Titouan Lamazou veut rendre visible la fragilité du monde, il remet des couches de vie sur les vivants", résume pour l'AFP Jean de Loisy, président du Palais de Tokyo et commissaire de cette exposition qui durera jusqu'au 10 février.
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