"Picasso et la bande dessinée" : le musée Picasso explore pour la première fois les amours pour le 9e art de l'artiste espagnol

La première exposition consacrée aux liens entre les œuvres de Picasso et la bande-dessinée se tient jusqu\'au 3 janvier prochain au Musée Picasso de Paris. 
La première exposition consacrée aux liens entre les œuvres de Picasso et la bande-dessinée se tient jusqu'au 3 janvier prochain au Musée Picasso de Paris.  (GINIES/SIPA)

Pendant près de six mois, le musée Picasso de Paris propose de mettre en lumière les relations d'influence entre la bande dessinée et l'oeuvre du maître espagnol.

"C'est quoi ça, maman ?"

"Une tête de jument ma chérie..."

Les enfants tournent la tête dans tous les sens dans les galeries du musée Picasso. La belle bâtisse parisienne a rouvert ses portes le 21 juillet dernier avec une exposition temporaire riche et originale, que les enfants suivent sans trop traîner des pieds. Avec "Picasso et la bande dessinée", le musée explore sur deux étages les échanges croisés entre le 9e art et le fondateur du cubisme, et réunit dans un même lieu bédéphiles et Picassophiles.

Un peintre fan de comics...

Imaginé par Vincent Bernière, écrivain et éditeur de BD, et Johan Popelard, conservateur du patrimoine, l'exposition permet de traiter d'un thème jamais abordé sur Picasso, voire jamais soupçonné. À l'hôtel Salé, là où se trouve le musée, celle-ci démarre au -1. On y rentre dans la bibliothèque intérieure du maître espagnol, truffée de comics américains, ceux de Rudolph Dirks par exemple, comme The Katzenjammer Kids. "L'écrivaine et collectionneuse Gertrude Stein l'a initié à ces lectures...", explique sous son masque Alexandre Therwath, le tout nouveau chef du département de la médiation du musée. 

Visiblement fan du genre donc, Picasso se réappropriera le style dans certaines de ses oeuvres et dessins, comme dans L'histoire claire et simple de Max Jacob. Esquissée en quelques traits rapides, cette œuvre fait penser à une planche de BD sauce Picasso, montrant l’apothéose fantasmée et burlesque du poète Max Jacob, son proche ami.

Esquissée en quelques traits rapides, cette œuvre de Picasso évoque une planche de bande dessinée et montre l’apothéose fantasmée et burlesque du poète Max Jacob.
Esquissée en quelques traits rapides, cette œuvre de Picasso évoque une planche de bande dessinée et montre l’apothéose fantasmée et burlesque du poète Max Jacob. (Musée Picasso © Succession Picasso 2020)

En 1937, le maître espagnol réalise aussi une série de gravure intitulée Songe et mensonge de Franco, assez proche d'un style BD là aussi, elle mettait en scène la figure monstrueuse du dictateur qui vient de s’emparer du pouvoir. Mais l'artiste n'est jamais allé jusqu'à concevoir une véritable BD comme nous les connaissons, il n'a même jamais évoqué publiquement son amour pour cet art.

\"Songe et mensonge de Franco\" met en scène, en deux planches de neuf vignettes chacune, la figure monstrueuse du dictateur, proche du personnage Ubu d’Alfred Jarry.
"Songe et mensonge de Franco" met en scène, en deux planches de neuf vignettes chacune, la figure monstrueuse du dictateur, proche du personnage Ubu d’Alfred Jarry. (Musée Picasso © Succession Picasso 2020)

...Devenu personnage de bande dessinée

"L'oeuvre de Picasso fait partie de notre culture populaire, et Picasso lui-même est devenu l'archétype de la figure du génie. Les auteurs de BD se sont emparé de ça !" , explique Alexandre Therwath, bien jovial malgré l'ambiance hydroalcoolisée. Et c'est sur cette thématique de réappropriation de Picasso par les auteurs de BD que continue ensuite l'exposition, la partie la plus foisonnante du parcours.

Le dessinateur français Maurice Henry utilise l\'imaginaire collectif lié à Picasso dans ce dessin plein d\'humour, \"Devine chez quel peintre je viens de poser ?\"
Le dessinateur français Maurice Henry utilise l'imaginaire collectif lié à Picasso dans ce dessin plein d'humour, "Devine chez quel peintre je viens de poser ?" (Droits réservés)

Ainsi Picasso, fana de comics, est devenu au fil du temps personnage de BD. La boucle est bouclée... De La Vie imagée de Pablo Picasso en 1951, dont le scénario est signé Benjamin Péret et André Breton, aux dessins de Maurice Henry des années 1940 et 1950, en passant par ceux de Philippe Geluck, le peintre est devenu en quelques décennies un personnage récurrent des oeuvres du 9e art. 

Le dessinateur belge Philippe Geluck, espiègle comme on le connaît, avec ce gag du visiteur de musée aux airs de cubisme picassien.
Le dessinateur belge Philippe Geluck, espiègle comme on le connaît, avec ce gag du visiteur de musée aux airs de cubisme picassien. (GINIES/SIPA)

Un peu plus haut dans les étages, une autre exposition temporaire se joue en parallèle. Consacrée à la poésie de Picasso, elle fait directement écho à celle du dessous par la mise en lumière de l'élan narratif du maître, et de ses magnifiques jeux entre écritures et dessins, comme dans son oeuvre Il neige au soleil.

Avec une jauge rabaissée à 450 visiteurs par jour (au lieu de 2 500), la réservation est indispensable en cette période, chose assez contraignante. Mais la visite vaut le détour, elle durera au moins une heure.

Exposition Picasso et la bande dessinée, jusqu'au 3 janvier 2021 au Musée Picasso, 5 rue de Thorigny, Paris (3e). www.museepicassoparis.fr

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