Le quotidien poétique d’Erik Dietman au musée des Beaux-Arts de Lyon

(Erik Dietman, Autoportrait, 1962 © ADAGP, Paris 2018. Image © Lyon MBA – Photo Alain Basset)

L’exposition "Opus Oh Puce Aux Puces" se tient du 9 juin au 17 septembre 2018, au Musée des Beaux-Arts de Lyon. Elle rassemble soixante-dix œuvres de l’artiste suédois Erik Dietman, disparu en 2002. Au milieu de dessins, peintures, sculptures et collages le visiteur découvre la richesse et l’univers de celui qui s’inspirait de son quotidien et le mettait en scène de façon poétique.

Un crâne, une assiette, un tube de peinture… Voilà le genre d’objets insolites que vous trouverez dans l'exposition "Opus Oh Puce Aux Puces". Elle a été montée grâce à une donation de la famille Robelin, qui a fourni une vingtaine d’œuvres, et avec l’aide de différents prêts. Claudine Papillon, qui a partagé la vie d’Erik Dietman pendant plus de vingt ans, nous fait découvrir cet univers foisonnant, aux côtés de Sylvie Ramond, commissaire de l’exposition et directrice du Musée des Beaux-Arts de Lyon. 
(Erik Dietman, Hommage à Daniel Spoerri, 1970 © ADAGP, Paris 2018. Image © Lyon MBA – Photo Alain Basset)
A Lyon, on aime le peintre, sculpteur et dessinateur Erik Dietman ! En 1988 une rétrospective lui a été consacrée dans l’actuel musée des Beaux-Arts, tandis que sa sculpture "Sans toit la maison est chauve" a été réalisée en 1991 pour la Biennale de Lyon. Artiste nomade et voyageur, il n’appartenait à aucun mouvement et reste encore difficile à classer. Il déclarait à ce propos :

Aucune des grandes catégories […] ne m’ont intéressé, mon seul sujet, c’est la création, incompatible avec des airs de familleEntretien Erik Dietman, "Qu’est-ce que l’art français" de Bernard Lamarche-Vadel

Attaché au quotidien et à ce qui l’entoure, il se lance au début des années 60 dans une série d’objets "pansés". Il les enveloppe de sparadrap, une pratique pour soigner, aimer, et projeter ces objets dans l’éternité. La vaisselle qui sèche est ainsi immortalisée, comme si elle avait été laissée en désordre et recouverte par le temps.
(Erik Dietman, "Quelques m et cm d'albuplast", 1963 © ADAGP, Paris 2018. Image © Lyon MBA – Photo Alain Basset)

Les "tableaux-poèmes"

La lecture d’"Ulysse" de James Joyce, le transporte. Erik Dietman conçoit alors chaque œuvre comme un poème : il réfléchit d’abord aux mots et à ce qu’il veut dire, puis il les agrémente de matériaux qui vont ensuite donner naissance à une peinture ou à une sculpture. Il aime jouer avec le français, qu’il a découvert en 1959, à son arrivée en France.
(Erik Dietman, Geranium Lake, 1967 © ADAGP, Paris 2018. Image © Lyon MBA – Photo Alain Basset)
Le tableau "Geograffiti : l’art est au beurre noisette" est un exemple de jeu sur les sons et sur la richesse de la langue. L’artiste se concentre sur ce qui existe déjà, à savoir les lignes de la carte, et va ajouter tout ce qu’il peut. Le visiteur voit surtout une carte du monde, avec des objets et de la nourriture disposée ça et là. Puis, il voit le poisson, inévitable et central sur la toile, et comprend que l’autre titre possible est "la raie au beurre noisette". Les sonorités et les ressemblances sont ainsi au cœur des tableaux-poèmes.
(Erik Dietman, Geograffiti : l’art est au beurre noisette, 1977-1978 © ADAGP, Paris 2018. Image © Lyon MBA – Photo Alain Basset)

Différentes techniques

Collages, verres, pierre, peinture, dessins, Erik Dietman était un artiste touche-à-tout. L’impressionnante installation "L’art mol et raide ou l’épilepsisme-sismographe pour têtes épilées : mini head coiffée du grand mal laid comme une aide minimale…" montre comment il travaillait la pierre. L’œuvre, aussi étrange que son nom le laisse penser, est composée de 39 crânes rassemblés et disposés sur des carottes de béton, tous tournés dans la même direction.
(Erik Dietman, L'art mol et raide ou l'épilepsisme-sismographe pour têtes épilées : mini male head coiffée du grand mal laid comme une aide minimale...1985-86. © ADAGP, Paris, 2018 © Collection du MAC Lyon © Photo Jean-Baptiste Rodde)
Toutes les têtes regardent un petit carré, dessiné sur le mur blanc en face, comme un clin d’œil à Malevitch. Erik Dietman désirait une installation particulière pour cette œuvre, et souhaitait que les visiteurs la découvrent par derrière, sans voir immédiatement que les objets blancs sont des crânes. La vision morbide des têtes humaines contraste avec ce qu’elle regarde, un simple carré blanc, qui capte toute leur attention.  

L’exposition, à découvrir jusqu’au 17 septembre 2018 au Musée des Beaux-Arts de Lyon, est réalisée en partenariat avec le Musée d’Art Contemporain. En plus de l’exposition, des sculptures d’Étienne Martin, un contemporain de Dietman, sont à voir. 21 pièces de l’artiste ont été rassemblées. Quatre pièces d’Etienne Martin, le "Secrétaire", "Nuit II", "Nuit Nina" et "Les Gémeaux", font désormais partie des collections du Musée des Beaux-Arts.
Vous êtes à nouveau en ligne