Inégalités criantes et pertes financières : l’Unesco analyse l’impact du confinement sur les musées dans le monde

La facade du Metropolitan Museum of Art (Met) de New York, aux Etats-Unis, fermé pendant la pandémie de coronavirus. 
La facade du Metropolitan Museum of Art (Met) de New York, aux Etats-Unis, fermé pendant la pandémie de coronavirus.  (VANESSA CARVALHO / BRAZIL PHOTO PRESS)

Contraints de fermer leurs portes pendant le confinement, la plupart des musées accusent de lourdes pertes financières, selon l'organisation internationale, qui estime que 10% pourraient ne pas s'en relever.

Ce mardi 2 juin, tous les musées et monuments français vont pouvoir rouvrir, après trois mois sans public. La pandémie a lourdement affecté les lieux culturels dans de nombreux pays. Un rapport de l’Unesco estime que 90% des musées, soit plus de 85 000 institutions dans le monde, ont dû fermer leurs portes pendant le confinement. A l’heure où la culture commence lentement à redémarrer, en France et à l'étranger, l'Organisation des Nations unies pour l'éducation, la science et la culture dresse le bilan de ces fermetures.

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"Avec la majorité des institutions culturelles forcées de fermer leurs portes, le secteur culturel a été l’un des plus affectés" par la crise sanitaire, affirme l’Unesco, "plongeant les artistes et les professionnels de la culture dans un état de fragilité sociale et économique extrême". Environ 30% des musées auraient perdu 1 000 euros hebdomadaires pendant le confinement. Certains grands musées estiment un manque à gagner allant jusqu'à 600 000 euros par semaine.

Même avec les autorisations de réouverture, les choses ne reviendront pas tout de suite à la normale : les mesures sanitaires imposent aux musées de baisser drastiquement leur jauge d’accueil. Le tourisme va rester limité encore quelque temps, alors que certaines grandes institutions ont un public majoritairement étranger. L’Unesco estime enfin que 10% des musées dans le monde pourraient ne pas survivre.

Inégalités d’accès à la culture

Pour garder un lien avec le public, de nombreux musées ont proposé des contenus en ligne. Près de 800 actions en réponse à la crise ont été identifiées par l’Unesco, dont une grande partie sont des visites virtuelles s'appuyant sur des ressources déjà existantes avant la fermeture. Si l’Unesco salue la réaction rapide des musées qui ont partagé leurs collections sur leur site et les réseaux sociaux pendant le confinement, l’organisation souligne "un accès inégal" à ces ressources culturelles, notant que "presque la moitié de la population mondiale n’a pas accès à internet", notamment "dans les pays en développement".

L'organisation met en évidence une inégalité genrée dans l'accès aux technologies digitales. Selon les données de l’OCDE (Organisation de coopération et de développement économiques), sur l’ensemble de la population mondiale, le nombre de femmes privées d’accès à internet sur un téléphone dépasse de 327 millions le nombre d’hommes dans le même cas.

Concentration du réseau muséal 

Ces disparités d'accès à internet rendent difficile, pour certains musées, la mise en ligne de ressources. Seulement 5% des musées d’Afrique et des Petits États insulaires en développement (SIDS) ont ainsi pu proposer des contenus virtuels. Autre source d’inégalités, l’Unesco pointe la concentration du réseau muséal dans les pays développés. 65% des 95 000 musées mondiaux sont situés en Europe de l’Ouest et Amérique du Nord, alors que moins d'1% sont implantés en Afrique et 0,5% au Moyen Orient.

Pour le déconfinement, les musées joueront un rôle important pour soutenir l’économie, veut croire l'Unesco. "Leur rôle dans la promotion du tourisme est un facteur clé pour un développement économique durable, aussi bien localement que nationalement, ce qui sera essentiel pour surmonter la crise dans les prochains mois et les prochaines années.

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