Le Grand Paris vu dans un essai de futurologie romanesque : "Paris Ars Universalis"

Raphaële Bidault-Waddinghton et la première de couverture de \"Paris, Ars Universalis\" (L\'Harmattan).
Raphaële Bidault-Waddinghton et la première de couverture de "Paris, Ars Universalis" (L'Harmattan). (Maria Spera / L'Harmattan)

A cinq mois des municipales et à l'heure de l'ouverture de la FIAC, une artiste contemporaine projette sa vision d’un Grand Paris imaginaire dans un ouvrage inclassable, entre passé, présent et futur : du réel à la science-fiction.

Avec Paris Ars Universalis (L’Harmattan), Raphaële Bidault-Waddington, plasticienne conceptuelle, auteure et prospectiviste, publie le Scénario-fiction d’un futur Grand Paris, où se dessine un avenir entre Houellebecq, Dick, Ballard et Spinrad. A cinq mois des municipales et au jour de l’inauguration de la foire parisienne de l’Art contemporain qui se tient jusqu’au 20 octobre, se dessine un des enjeux majeurs de la capitale vu par une futurologue avertie.

Design Fiction

Du XIXe siècle à 2035 : d’où vient Paris, qu’est-il devenu, que pourrait-il devenir ? C’est la flèche que lance avec érudition et style Raphaële Bidault-Waddington dans Paris Ars Universalis. Essai, fiction, les deux ? L’ouvrage part de la conception parisienne du baron Haussmann sous le Second Empire, traverse le projet du Grand Paris des années 2000, pour l’envoyer dans un futur fictionnel. Le lien : l’organisation des J. O. de 2024, remportée par Paris, et l’Exposition universelle de 2025 revenue à Osaka. L’auteure imagine que les deux propositions sont remportées par la capitale française, pour tisser un futur Grand Paris, réinventée à la lumière du présent et à l'aune d’une imagination débordante.

Diagramme méthodologique  \"Paris Galaxies\", Raphaële Bidault-Waddington, 2009
Diagramme méthodologique  "Paris Galaxies", Raphaële Bidault-Waddington, 2009 (© R. Bidault-Waddington)

Paris Ars Universalis relève du Design Fiction, un concept artistique, documenté, au carrefour de l’histoire, des sciences exactes et humaines, qui s’ouvre sur l’imaginaire. Une rencontre entre rationnel et irrationnel, entre savoir et anticipation. Cela pourrait être un film, une pièce, une musique, une toile, un roman, un essai… Ici, c’est l’écrit qui accouche d’une futurologie poétique. Moderne.

Le Grand Paris et au-delà

Partant du réel vers la fiction, Raphaële Bidault-Waddington se nourrit de sources sûres reposant sur l’histoire de Paris et des penseurs comme Bruno Latour et Bernard Stiegler, ou des artistes tels que Pierre Huyghe, capteurs du temps présent et prospectivistes. Elle passe par les origines du Grand Paris, les rixes politiques, arrive aux vœux pieux des années 2000… De cet échec par manque d’engagement émane une projection socio-culturelle, économique, politique, comportementale, médiatique, spirituelle qui mène l’artiste à interroger le devenir de l’homme occidental. Il est désormais mondialisé, dans le sillage des échanges numériques et économiques, il (re)devient une humanité globale, composite mais vouée à cohabiter. Ce qui entraîne de nouvelles questions de société, de civilisation, donc de nouveaux défis. Raphaële Bidault-Waddington n’apporte pas de réponses, mais les suggère dans une dystopie, s’en amuse et nous avec, en posant les bonnes questions.

Installation \"Bulle Poetico-Spéculative\", Paris Project Room, 2001 de R. Bidault-Waddington, ayant servi de source d\'inspiration pour son projet recherche Paris Galaxies (2008-18), et revisitée dans le dernier chapitre de Paris Ars Universalis.
Installation "Bulle Poetico-Spéculative", Paris Project Room, 2001 de R. Bidault-Waddington, ayant servi de source d'inspiration pour son projet recherche Paris Galaxies (2008-18), et revisitée dans le dernier chapitre de Paris Ars Universalis. (Marc Domage)

Il ressort de la forme littéraire et de la philosophie de cet ouvrage atypique, un état des lieux des mutations en cours et en devenir. Une vision contemporaine et future à court terme, qui parle avec Houellebecq ou Dantec. Une fois le Grand Paris installé dans sa partie historique, l’auteure s’engage dans une parabole de science-fiction qui rappelle Philip. K. Dick (Ubik, Blade Runner), J. G. Ballard (Crash, L’Île de béton) ou Norman Spinrad (Rêve de fer, En direct). L’écriture, élégante et argumentée, y gagne une dimension ludique et pamphlétaire.

Car l’on s’amuse dans ce terrain de jeux, où le plateau de Saclay devient un lieu de création virtuelle collective, où les lobbies du sexe et de la drogue traitent avec les instances religieuses dont le prosélytisme devient leader d’opinion… Une grande inventivité nourrit Paris Ars Universalis, premier essai de Raphaële Bidault-Waddington, qu’on lui souhaite de transformer. Instructif et romanesque : visionnaire.

Paris, Ars Universalis
Raphaële Bidault-Waddington
L'Harmattan
187 pages
20 €

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