50 ans de tapisserie contemporaine au musée Jean-Lurçat d'Angers

Josep Grau-Garriga (1929-2011), Signe y Materia, 195x165 cm, tissage atelier artiste, Barcelone, 1968, achat Denise Majorel, 1987.
Josep Grau-Garriga (1929-2011), Signe y Materia, 195x165 cm, tissage atelier artiste, Barcelone, 1968, achat Denise Majorel, 1987. (Y. Sabourin)

Oubliez les scènes de chasse ou les petites maisons en bois en bord de rivière, le musée Jean-Lurçat d'Angers dépoussière l'image que vous vous faites de la tapisserie en exposant 50 ans d'histoire de cet art du fil.

Elle est foisonnante, volumineuse, effilée. On en fait le tour, on pourrait presque s'assoir dessus. Elle est tantôt de crin, de laine, de jute ou de coton.

Assurément, la tapisserie sort du cadre et des modèles classiques à Angers. Le musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine offre une vision éclectique du travail artistique du fil : près de 50 ans de création représentés en une cinquantaine d'oeuvres, du classicisme à "la Nouvelle tapisserie" en passant par les pièces récentes en trois dimensions.

une volonté de sortir du mur

Le Catalan Josep Grau-Garriga est l'un des premiers artistes de "la Nouvelle tapisserie" à essayer d'emmener ses fils autre part que sur le canevas d'un dessin, à la fin des années 1960. Il revendique un langage de la matière, un langage plus abstrait et une intervention directe de l'artiste sur le métier.

Sa pièce Signe y Materia est inspirée de la rue, des rues enflammées de Paris en mai 1968. "Il est arrivé à Paris pour une exposition dans une galerie importante de tapisserie et il s’est trouvé pris dans toutes les manifestations étudiantes de l’époque et il a trouvé ça formidable. Et donc, en hommage à ces soulèvements étudiants, il a fait cette tapisserie", explique Françoise de Loisy, conservatrice en chef des collections textiles et arts décoratifs des musées d'Angers.

Dans les années 1970, il y a un engouement pour la matière et cette espèce de plaisir du matériau va produire des tas d’expériences (…) et les artistes –c’est un phénomène mondial- vont même produire des œuvres monumentales et tridimensionnelles.Françoise de Loisy, conservatrice en chef des collections textiles et des arts décoratifs, Angers.

Sous l'impulsion des femmes, le textile devient sculpture : les poupées de tissus de Jill Galliéni sont aussi grandes que leur créatrice. Elles pourraient même enfiler cette robe en crochet et tricotin imaginée par Olga Boldyreff : la Conquête de la couleur. Cette oeuvre s'inspire de la blancheur du tableau Carré blanc sur fond blanc du peintre russe Malevitch. Sa forme modulable est prête à recevoir de la couleur, telle une robe en devenir. 

Olga Boldyreff (1957-), La Conquête de la couleur, 270 x 300 cm, crochet et tricotin, 1996-2009, donation artiste, 2012.
Olga Boldyreff (1957-), La Conquête de la couleur, 270 x 300 cm, crochet et tricotin, 1996-2009, donation artiste, 2012. (Y. Sabourin)

Florilège de matières, de styles et de volumes, l'exposition présente donc la tapisserie contemporaine sous toutes ses approches, même les plus déconcertantes, à base parfois de matériaux synthétiques tels que des papiers de bonbons...

Exposition Collections ! Collections ! au musée Jean-Lurçat et de la tapisserie contemporaine à Angers, Maine-et-Loire. Jusqu'au 26 avril 2020.

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