L'épreuve du bac d'anglais jugée trop difficile ? "C'est une pétition de cancres", répondent les profs

Des élèves planchent sur leur épreuves du baccalauréat.
Des élèves planchent sur leur épreuves du baccalauréat. (THIERRY THOREL / CITIZENSIDE.COM)

Des élèves ont lancé une pétition sur internet pour critiquer une épreuve jugée trop difficile. Mais pour des professeurs interrogés par francetv info, l'initiative relève du caprice plus que de la bonne foi.

Postée sur le site Change.org, la pétition a déjà recueilli plus de 13 000 soutiens. Jugeant une épreuve du bac d'anglais trop ardue, des lycéens réclament son annulation pure et simple par le ministère de l'Education nationale.

En cause, le texte A de cette épreuve, qui semble avoir causé de nombreux problèmes de compréhension aux candidats. Il s'agit d'un texte de 21 lignes tiré du roman The Museum of Extraordinary Things, d'Alice Hoffman, publié en 2014. On y suit la déambulation d’un des protagonistes, Eddie, qui observe la transformation urbaine de Manhattan au début du XXe siècle, rappelle Le Monde. Suivent ensuite un texte sur l’urbanisation de Manhattan à partir de 1916 et une illustration futuriste intitulée : "Jusqu’à quel point New York peut-elle être une ville verte ?" En justifiant leur réponse à l’aide du premier texte, les lycéens devaient notamment répondre aux questions : "Dans quelle ville se situe la scène du texte A ?" et "Où se situe la scène ? (…) Au début du XXe siècle ? De nos jours ? Dans les années 1980 ?"

"Les questions du texte A nous demandaient des connaissances géographiques et historiques que nous ne possédons pas", résume l'un des signataires de la pétition. Mais l'épreuve était-elle réellement hors de portée ? Ou cette pétition relève-t-elle de la mauvaise foi de candidats pas suffisamment préparés ? Francetv info a posé la question à plusieurs professeurs d'anglais. 

Un vocabulaire "plus compliqué" que d'habitude...

"Il est vrai que depuis la réforme du bac en 2012, ce texte est le plus dur, avec du vocabulaire plus pointu que les autres années", juge Christophe Brunelle, enseignant dans un lycée d'Avignon (Vaucluse) et correcteur des épreuves du bac. "Le texte présente des difficultés lexicales avec tout un vocabulaire très spécifique lié à la nature, à la pêche", partage sa consœur Marcelle Caro, professeure d'anglais à Lyon (Rhône). 

Pas de quoi pour autant déclencher, selon eux, cette pétition. "Certes, le texte est peut-être plus compliqué au niveau du vocabulaire, développe Christophe Brunelle. Mais c'est largement compensé par des questions plus faciles, comme dater l'action ou simplement répondre en citant le texte. Ceci est valable aussi pour les documents B et C, qui ne sont pas mentionnés dans la pétition. A aucun moment ne sont demandées des traductions intégrales de certains passages. Les questions restent sur la compréhension globale du texte."

Il faut être objectif et honnête jusqu'au bout : cette pétition n'a pas lieu d'être. C'est, à mon avis, une polémique injuste.Christophe Brunelle, professeur d'anglais à Avignonà francetv info

... mais une épreuve "normale" et un sujet "classique"

"C'était une épreuve normale", acquiesce Patrick Gérard, professeur d'anglais dans l'académie de Nantes (Loire-Atlantique). Et si le lexique était peut-être plus complexe que d'habitude, le sujet sur New York était, lui, tout ce qu'il y a de plus "classique". "C'est un thème qui est traité pendant toutes les années de lycée, parfois même depuis le collège", rappelle-t-il.

"J'étais stupéfait par la démarche des candidats qui ont lancé la pétition. Les bagages linguistiques et culturels ne sont pas dissociables pour des élèves de terminale", fustige Patrick Gérard.

Un avis partagé par Marcelle Caro. "Les programmes d'anglais au lycée portent beaucoup sur la civilisation américaine. On ne peut pas imaginer un seul instant que les élèves n’aient jamais entendu parler de Manhattan à New York !", relève l'enseignante.

Le degré zéro de culture chez certains lycéens est aujourd’hui édifiant.Marcelle Caro, enseignante à Lyonà francetv info

Des critiques d'autant plus fondées que Patrick Gérard a remarqué qu'un élément du texte B aurait pu mettre les élèves sur la piste : "Les deux textes étaient liés, et le deuxième permettait clairement d'identifier Manhattan comme une zone de New York. Les élèves n'ont aucune excuse. Pour moi, c'est une pétition de cancres, il n'y a vraiment pas lieu d'alimenter cette polémique !" 

Et l'enseignant de rapporter un tweet se moquant des personnes qui regardent la série Les Experts : Manhattan, mais ignorent que l'intrigue se déroule à New York. "Je suis bien d'accord avec la personne qui écrit ça !", s'amuse Patrick G.

Vous êtes à nouveau en ligne