Méthodes, consignes, anecdotes... : une prof raconte les coulisses des corrections des copies du bac

Solange Pierrat doit corriger une soixantaine de copies de série scientifique pour le baccalauréat 2017.
Solange Pierrat doit corriger une soixantaine de copies de série scientifique pour le baccalauréat 2017. (SOLENNE LE HEN / RADIO FRANCE)

Les correcteurs des épreuves ont quatre millions de copies à noter d'ici au 5 juillet. Méthodes, consignes, anecdotes : franceinfo vous emmène au coeur du processus de correction. 

Le baccalauréat n'est pas tout à fait fini pour tout le monde. Certes, les candidats ont terminé les épreuves écrites le jeudi 22 juin mais les correcteurs ont, eux, beaucoup de travail. Au total, ils ont quatre millions de copies à corriger pour que les résultats soient publiés le 5 juillet. Cette étape suscite beaucoup de rumeurs et de fantasmes. Franceinfo s'est glissé au cœur des coulisses de ce moment-clé dans la grosse machine du baccalauréat, aux côtés d'une professeure.

Pour corriger, Solange Pierrat est plutôt classique : elle s'installe à son bureau, le cartable en cuir à ses pieds et le stylo rouge à la main. "Je suis très concentrée quand je corrige, explique-t-elle. Je n'écoute pas la radio, je coupe mon téléphone portable pour ne pas être dérangée et je n'écoute pas de musique non plus parce que sinon je chanterais !" Elle n'est pas la seule à se mettre dans des conditions très strictes pour relire les écrits des élèves de terminale. "Un de mes collègues, professeur de philosophie, aimait corriger dans les églises à Paris !", raconte-t-elle. "Il trouvait que c'était un endroit frais, silencieux et où on ne pouvait pas le déranger."

Une soixantaine de copies à corriger

Solange Pierrat a, elle, vue sur les lavandes de son jardin. Correctrice depuis une dizaine d'années, cette professeure d'histoire-géographie à Saint-Cyr-l'École (Yvelines) a hérité pour cette session de soixante copies de série scientifique. Ces copies sont anonymes : la seule chose qu'elle sait, c'est que ce ne sont pas celles de ses élèves. Pour les corriger, Solange Pierrat a une technique très simple : "Quand c'est très bien, je mets un plus dans la marge et quand l'élève s'est trompé je mets un moins. Cela me permet de visualier ce que je vais corriger."

Solange délivre ces inscriptions au compte-goutte. "Parfois, je suis frustrée parce que j'ai envie de mettre des appréciations mais je sais que l'élève ne relira pas sa copie donc j'en mets moins." Solange Pierrat se sert de tout l'éventail de notes, de 1 à 20. Elle a d'ailleurs attribué un 19/20 à un candidat qui avait choisi le sujet sur la Chine et le monde depuis 1949. "Il sait avec précision. Il me cite des oeuvres littéraires et artistiques." Mais comment être sûr d'accorder la note juste à un élève ? "J'écris justement la note au crayon de papier, explique la professeure. Ensuite, je discute avec mes collègues." Cela lui permet d'ajuster son évaluation.

Quand on a des doutes, on peut demander. On n'est pas tout seulSolange Pierrat, professeure d'histoire-géographieà franceinfo

Pour l'aider, Solange Pierrat a également reçu un corrigé listant toutes les attentes et les écueils. Elle participe également à plusieurs réunions d'harmonisation des notes, jusqu'à la veille des résultats, le 5 juillet. Solange Pierrat dispose également d'un outil très utile pour corriger les copies : internet. Cela lui permet notamment de démasquer les imposteurs : "Une fois, dans un sujet sur la guerre d'Algérie, un élève me donnait énormément de noms. J'étais épatée !", se souvient-elle. Mais la professeure finit par avoir un doute, car elle-même ne connaît pas les noms cités par l'élève. "Je suis allée vérifier sur internet [...] et, en fait c'était des chanteurs kabyles." La correctrice sourit : "Il avait de l'humour cet élève-là, ça m'a fait rire." Il n'obtiendra pourtant pas la moyenne.  

Solange Pierrat corrige ses copies sans écouter la radio ni la musique et en coupant son téléphone portable.
Solange Pierrat corrige ses copies sans écouter la radio ni la musique et en coupant son téléphone portable. (SOLENNE LE HEN / RADIO FRANCE)

Pour la soixantaine de copies, Solange Pierrat est rémunérée cinq euros par correction, à raison d'une demi-heure de travail sur chaque écrit. Cette année, elle estime avoir de la chance : pas de composition-fleuve, pas de pattes de mouche illisible, pas trop de ratures... La professeure fait preuve de patience aussi sur l'orthographe : "Je n'en tiens pas compte", confie-t-elle, même si certains écrits l'agacent un peu, à l'image d'un élève qui orthographie "Maho" au lieu de "Mao". 

Non, le bac n'est pas donné

Les corrections du baccalauréat font l'objet d'un mythe depuis quelques années : il y aurait des consignes pour être très bienveillant vis-à-vis des élèves, afin qu'un maximum d'entre eux obtiennent l'examen. "Non, il n'y a pas de consignes pour qu'on donne le bac à tout le monde", réfute la correctrice. Solange Pierrat estime même que les attentes envers les candidats restent les mêmes qu'il y a plusieurs décennies. Après les corrections des écrits, la professeure va devoir continuer avec les oraux de rattrapage. C'est à ce moment-là qu'elle note les plus belles perles des candidats. Il y a quelques années, elle a par exemple appris grâce à un candidat que l'automobile avait été inventée au 12e siècle...

"Il n'y a pas de consigne pour qu'on donne le bac à tout le monde" Solange Pierrat, professeure, raconte les coulisses des corrections du bac à Solenne Le Henn
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