Une équipe de volley s\'entraîne sur l\'esplanade des Invalides, le 24 juin 2017, lors d\'une journée de promotion de la candidature de Paris à l\'organisation des JO 2024.
Une équipe de volley s'entraîne sur l'esplanade des Invalides, le 24 juin 2017, lors d'une journée de promotion de la candidature de Paris à l'organisation des JO 2024. (ALAIN JOCARD / AFP)

JO 2024 : six raisons de désespérer de la désignation de Paris

Paris accueillera bien les Jeux olympiques et paralympiques en 2024. La capitale française a officiellement été désignée ville-hôte, mercredi 13 septembre, par le Comité international olympique, après que sa seule concurrente, Los Angeles, lui a laissé le champ libreMais faut-il s'en réjouir à tout prix ? Pas forcément, aux yeux de certains. Franceinfo liste ci-dessous six bonnes raisons de voir d'un mauvais œil la candidature parisienne.

Comme de nombreux autres Français soutiennent Paris 2024, nous vous expliquons également quelles sont les raisons d'être à fond derrière cette candidature pour l'organisation des JO

1Ça va plomber le budget de la France 

Près de 6,2 milliards d'euros devraient être dépensés pour ces olympiades parisiennes. Trois milliards seront consacrés à l’organisation, une somme financée par le COJO (comité d’organisation des Jeux olympiques) via une dotation du CIO, le sponsoring et la billetterie. Les trois milliards restants concernent la construction d’équipements sportifs et les infrastructures non sportives, et seront versés à parité par des fonds privés (page 12 de la synthèse de l'étude de faisabilité, en PDF). Mais les partenariats public-privé peuvent entraîner des coûts à long terme, en cas de manque à gagner. A titre d'exemple, l'Etat a payé 110 millions d'euros en quinze ans au consortium du Stade de France, construit pour la Coupe du monde 1998.

Compte tenu des sommes en jeu, comment ne pas être sceptique, comme c'est le cas de nombreux économistes et intellectuels, comme Jean-Marie Brohm et Fabien Ollier ? "L’organisation des Jeux pourrait grever encore plus les finances publiques mobilisées dans des constructions sportives sans réelle utilité sociale pour la majorité de la population", écrivaient-ils en octobre, dans une tribune parue dans Libération. Et de regretter que ces fonds ne servent pas dans d'autres dossiers, citant pêle-mêle les restrictions budgétaires dans l’hôpital public, le logement social, les transports en commun, l’éducation, la recherche scientifique ou la culture. "Nous constatons que les JO sont l’occasion d détourner les (déjà maigres) budgets publics", s'indigne également un collectif d'opposants, dans le texte de sa pétition en ligne.

L\'entrée de la Cité du cinéma, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 15 mai 2017, non loin de l\'endroit où le village olympique pourrait être construit en cas de victoire de la candidature de Paris à l\'organisation des JO. 
L'entrée de la Cité du cinéma, à Saint-Denis (Seine-Saint-Denis), le 15 mai 2017, non loin de l'endroit où le village olympique pourrait être construit en cas de victoire de la candidature de Paris à l'organisation des JO.  (FRANCK FIFE / AFP)

Dans certains cas, l'organisation de la compétition peut même avoir des effets négatifs sur la santé économique du pays organisateur. Alors président du Comité international olympique (CIO), en 2011, Jacques Rogge avait reconnu que les surcoûts liés aux travaux engagés pour les JO d'Athènes de 2004 avaient contribué à augmenter la dette de la Grèce : "2 % à 3 % de la dette extérieure du pays a augmenté en raison du coût des Jeux."

2... sans compter les dépassements budgétaires

Parlons des surcoûts, justement. Certains économistes évoquent un phénomène de winner’s curse ou "malédiction du vainqueur de l'enchère". Equipements, cérémonies, infrastructures non sportives... Chaque ville candidate est contrainte de surenchérir avec un projet plus mirobolant que les autres, ce qui l'oblige à accepter de payer un coût trop élevé. Voici comment les Grenoblois ont dû verser un surcroît de taxes locales jusqu'en 1992, pour couvrir le déficit entraîné par l'organisation des Jeux d'hiver, vingt-quatre ans auparavant, explique Wladimir Andreff, professeur d'économie à l’Université Paris 1 Panthéon Sorbonne.

Les chercheurs précisent que les coûts d'organisation sont plutôt respectés. Le problème vient davantage des coûts liés à la réalisation des équipements, et notamment des infrastructures non sportives. Pour Paris 2024, plusieurs d'entre elles devront être construites (page 30 de l'étude faisabilité, en PDF) : un village olympique de 3500 logements à l'Ile-Saint-Denis (1,7 milliard d'euros), un village des médias dans une extension du parc des expositions de Villepinte, un centre aquatique près du Stade de France et une salle de 7 000 places à Bercy, dans la capitale. Les promoteurs du projet répondent que 70% des infrastructures nécessaires existent déjà, et que budget de la piscine et du village olympique, par exemple, étaient déjà prévus dans le financement du Grand Paris. L'ampleur de ces chantiers est-elle correctement évaluée ? Le moindre retard ferait exploser les coûts. Et jusqu'ici, la quasi-totalité des olympiades ont donné lieu à des dépassements, parfois très importants : les JO de Londres ont coûté 14 milliards d'euros, contre 6 prévus initialement ; ceux de Sotchi ont coûté quelque 50 milliards d'euros, au lieu des 12 prévus, comme l'expliquait le professeur d'économie Alexandre Delaigue dans son blog Classe éco, en 2013. Peut-on vrai croire que Paris sera une exception ?

Autre inconnue : le coût de la sécurité, dans un contexte marqué par les attentats. Celui-ci pourrait également exploser. Deux mois avant le début de l'Euro 2016, son budget était passé à 24 millions d'euros, contre 12 dans le projet initial.

Certes, les JO de Los Angeles, en 1984, font exception : pas de dépassement de coût et un bénéfice financier. A l'époque, la ville était la seule candidate en lice pour organiser l'épreuve ; elle n'a pas eu besoin de sous-évaluer les coûts pour l'emporter et avait toutes les cartes en main pour négocier avec le CIO.

3Ça ne fera pas plus de monde dans les clubs de sport 

Selon La Croix, l’objectif après les JO est d'atteindre 20% de licences supplémentaires au sein des fédérations de sport olympiques, paralympiques et scolaires. "Le premier intérêt d’un projet olympique et paralympique est de contribuer à la structuration et au développement du sport dans le pays hôte", estime en effet le comité de campagne. Parmi les Franciliens nés entre 1985 et 1995, un quart des sondés déclare avoir débuté une activité sportive après un événement médiatisé. Mais cette estimation mérite d'être nuancée.

Certes, les JO de Londres ont stimulé la pratique sportive dans l'année qui a suivi la compétition. Mais quatre ans après, en 2016, une étude britannique dressait un tableau nettement moins enthousiaste en Angleterre : seuls 15,8 millions de personnes pratiquaient un sport ou de l'exercice au moins une fois par semaine. Non seulement ce nombre n'a pas progressé, mais il a même baissé de 0,4% par rapport à 2012, explique la BBC (en anglais). Le média britannique avait noté un recul de la pratique sportive dans cinq des neuf régions anglaises. Ministre des Sports lors de la victoire de la candidature londonienne, en 2005, Richard Caborn avait lui-même jugé ces derniers chiffres "décevants".

La question reste tout de même débattue, car l'interprétation dépend également du point de référence. Phil Smith, directeur de Sport England, rappelait à cette occasion que plus de 1,7 million de personnes supplémentaires pratiquaient régulièrement un sport en Angleterre par rapport à l'année d'obtention des JO, en 2015. En France, le Centre national pour le développement du sport (CNDS) a dévoilé le plan Heritage 2024 pour encourager la pratique sportive. Bon courage à lui.

4On ne sait pas du tout combien ça va vraiment rapporter

La victoire de la candidature de Paris à l'organisation des Jeux olympiques de 2024 pourrait générer jusqu'à 10,7 milliards d'euros de retombées et près de 250 000 emplois pérennes, selon une étude d'impact (PDF) réalisée par le CDES, parue le 1er juin. Pour le tourisme, cela représenterait autour de 3,5 milliards d'euros. Le scénario est optimiste, puis le bénéfice serait près de dix fois plus important que celui de l'Euro 2016, évalué à 1,22 milliard d'euros par le même centre.

Mais ces estimations sont critiquées par certains observateurs. Interrogé après l'Euro 2016 par franceinfo, l'économiste Richard Duhautois affichait son scepticisme, car plusieurs effets entrent en compte. L'effet de substitution, par exemple : un touriste qui vient pendant les JO ne viendra pas le mois suivant, ou alors, il dépensera dans l'événement ce qu'il ne dépensera pas ailleurs. Pendant les JO, son hôtel peut très bien appartenir à un groupe, et une partie des profits quitte alors la France. Selon lui, les études d'impact ne prennent pas assez en compte ces "fuites". 

>> "Le bénéfice économique de l'Euro 2016 est forcément mal évalué"

5En plus, vu la menace terroriste, c'est tendu

Thomas Bach, président du CIO, a certes concédé que "le terrorisme n'est pas une menace contre Paris seulement, mais une menace internationale", en avril 2016. Mais la question demeure sensible dans un pays déjà frappé à de nombreuses reprises par des attentats, et ce, malgré le relatif succès de l'Euro 2016, si l'on excepte de violents affrontements entre supporters russes et britanniques à Marseille, notamment. Le groupe Etat islamique avait d'ailleurs envisagé de frapper la compétition à l'aide d'une voiture piégée, selon France Inter, qui a pu consulter les PV d'audition de Mohamed Abrini.

Lors des Jeux de Rio en 2016, rappelle Slate, 85 000 policiers ou officiers devaient être mobilisés, pour un budget évalué à 400 millions d'euros. A titre de comparaison, l'opération Sentinelle mobilise 7 000 militaires dans toute la France, dont la moitié en région parisienne. Et le pays a déployé 50 000 policiers et gendarmes pour sécuriser les bureaux de vote lors de l'élection présidentielle. Maintenant que la candidature de Paris est retenue, la France devra encore augmenter le dispositif pour assurer la sécurité de l'événement, alors que les forces de l'ordre se plaignent aujourd'hui d'être au bord de la saturation.

6Et puis, bonjour les perturbations au quotidien !

La construction des nouveaux sites et de nouvelles routes, nécessaires aux JO, devraient générer d'importants travaux dans une partie de l'agglomération parisienne. Autrement dit, davantage de circulation d'engins de chantier, de poids lourds, et des axes fermés en raison de ces travaux, etc. Pas sûr que le réseau routier parisien, déjà très embouteillé, apprécie. Ni celui des transports en commun, qui sera également touché. 

Par ailleurs, comme souvent avant un grand événement médiatique, il faudra sans doute composer avec de possibles grèves et des mouvements sociaux. Avant l'Euro 2016, François Hollande lui-même avait dû s'exprimer sur le conflit en cours chez Air France, estimant que "personne ne comprendrait que les trains ou les avions (...) puissent empêcher le bon déroulement, non pas de la compétition – elle n'a rien à craindre – mais le bon déroulement du déplacement des spectateurs".

Enfin, si vous ne goûtez guère le sport et ses amateurs, mieux vaudra prendre des vacances. L'afflux de touristes venus pour l'occasion (qui d'ailleurs pourraient faire fuir les autres) devrait entraîner quelques perturbations, notamment autour des sites retenus pour les épreuves – que dire également des rassemblements de fans plus ou moins bruyants ? Lors de l'Euro, certains riverains s'étaient plaints du volume sonore des "fan-zones" disséminées sur le territoire. Et le centre-ville de Lille s'était transformé en foire géante, notamment lors du passage des supporters britanniques. Cela promet.

plus