Des supporters anglais et russes dans une rue de Marseille, avant le match Angleterre-Russie, le 11 juin 2016, pendant l\'Euro. 
Des supporters anglais et russes dans une rue de Marseille, avant le match Angleterre-Russie, le 11 juin 2016, pendant l'Euro.  (MAXPPP)

Euro 2016 : cinq questions sur les heurts à Marseille en marge d'Angleterre-Russie

Des visages ensanglantés, des scènes d'émeutes urbaines et un supporter entre la vie et la mort. Tel est le bilan des violents heurts qui ont opposé, samedi 11 juin, supporters russes et anglais, à Marseille (Bouches-du-Rhône), peu avant le match entre leurs deux équipes, lors de l'Euro. Au moins 31 personnes ont été blessées dans ces violences filmées par des habitants. Trois d'entre elles le sont grièvement.

S'attendait-on à de telles violences ?

Oui et le ministre des Sports, Patrick Kanner, avait été très clair sur i-Télé, samedi : le match Angleterre-Russie était "l'un des cinq matchs à risque de la compétition". "Russes-Anglais, Anglais-Russes, avec la chaleur, ça peut être un peu explosif. Mais on sera là pour maîtriser cette explosion", avait-il promis. Au total, quelque 20 000 Anglais et 12 000 Russes étaient attendus à Marseille pour ce match. Mais ce sont environ 600 supporters qui en sont venus aux mains, dans le quartier du Vieux-Port. 

Le dispositif était-il à la hauteur ?

En tout cas, "tout est fait pour encadrer l'événement", avait indiqué Patrick Kanner avant la rencontre. La préfecture des Bouches-du-Rhône a ainsi mobilisé 1 200 policiers et gendarmes chargés de sécuriser la ville à cette occasion. D'autre part, comme l'a expliqué le ministre sur BFM TV, la fan zone a bénéficié d'un encadrement "assez renforcé", avec une "sectorisation" des supporters en fonction de leur nationalité.

Quatorze "spotteurs", physionomistes et spécialistes du hooliganisme, ont même prêté main forte aux policiers français, a précisé une source policière. Parmi eux : dix Anglais et quatre Russes. Pour le préfet de police, Laurent Nunez, interrogé sur BFM TV, "le dispositif policier nous a permis de nous interposer systématiquement". Huit personnes ont été interpellées à l'issue de ces rixes.

En amont, les autorités françaises avaient aussi demandé au gouvernement britannique de retenir les passeports de près de 2 000 hooligans répertoriés, précise ce journaliste de Télérama sur Twitter. 

Par ailleurs, 180 policiers des 23 pays étrangers participant à la compétition sont également en France pour aider à contrer ce genre de débordements. Un Centre de coopération policière internationale (CCPI) a d'ailleurs été installée à Lognes (Seine-et-Marne). 

Comment se justifient les autorités françaises ?

Du côté du gouvernement, on assure tout faire pour anticiper ce genre de débordements. Ainsi, le Journal du dimanche rappelle qu'une cellule d'analyse des risques fonctionne 24 heures sur 24 au ministère de l'Intérieur, depuis le début de l'Euro. Dans un communiqué, Bernard Cazeneuve indique que le hooliganisme est "pleinement pris en compte", "au même titre que les autres menaces, terroristes notamment". 

Dans l'hbedomadaire, le préfet de police Laurent Nunez souligne aussi qu'aucune incidents graves ne s'est produit, samedi soir, dans les tribunes du stade Vélodrome. Sous-entendu : les violences ont été circonscrites au Vieux-Port. Quelques échauffourées ont eu lieu "mais cela n'a duré que trente secondes. La police n'a pas eu besoin d'intervenir dans l'enceinte du stade", a ainsi tempéré le préfet auprès du ministre de l'Intérieur. 

Côté français, on préfère donc relativiser, à l'image du commissaire Antoine Boutonnet, en charge de la lutte contre les hooligans en France. "Il n'y a pas de constat d'échec dans la mesure où l'intervention rapide et efficace des forces de l'ordre a permis de circonscrire les incidents dans le temps et dans l'espace", assure-t-il. Pour le porte-parole du ministère de l'Intérieur, Pierre-Henry Brandet, la question ne réside pas vraiment dans la réponse de la police. "S'il y a un échec, c'est un échec du football", a-t-il déclaré sur i-Télé. 

L'Angleterre et la Russie peuvent-elles être sanctionnées ?

C'est possible, remarque la blogueuse Judge Marie, qui s'est plongée dans les règlements existants. Selon les textes, "les violences et dégradations commises par les supporters sont susceptibles d'engager la responsabilité disciplinaire de la Fédération Française de Football (organisatrice de l’événement) et des fédérations des deux pays dont les hooligans ont la nationalité", écrit-elle. Ces dernières pourraient se voir sanctionnées par une mise en garde, un blâme, l'annulation d'un résultat d'un match voire l'exclusion de la compétition.

D'autres violences sont-elles à redouter ?

Oui, car le match Angleterre-Russie est le deuxième des cinq matches classés "niveau 3" sur une échelle de risques de 4. D'autres rencontres, potentiellement explosives, sont attendues : Turquie-Croatie, qui se joue dimanche au Parc des Princes à Paris ; Allemagne-Pologne et Angleterre-Pays de Galles qui ont lieu le 16 juin ; et Ukraine-Pologne, prévu le 21 juin. Tous feront l'objet d'un dispositif de maintien de l'ordre renforcé.