Le sous-marin \"Boaty McBoatface\", le 12 janvier 2017 à Southampton (Royaume-Uni).
Le sous-marin "Boaty McBoatface", le 12 janvier 2017 à Southampton (Royaume-Uni). (DPA)

La folle histoire de "Boaty McBoatface", le sous-marin scientifique au nom loufoque

Le plongeon dans l'inconnu a eu lieu vendredi 17 mars. A cette date, un sous-marin jaune est parti du détroit de Magellan, au sud du Chili, pour rejoindre l'océan Austral afin d'étudier les courants marins. Son nom ? Boaty McBoatface, que l'on peut traduire par... Bateau Tronchedebateau. Une blague enfantine fièrement inscrite sur sa coque. Mais comment un programme de recherche très sérieux a-t-il pu être baptisé de manière aussi farfelue ?

Pour comprendre, il faut remonter un an en arrière. En mars 2016, le très respecté organisme public britannique pour la recherche environnementale, le Natural Environment Research Council (NERC), décide d'impliquer les citoyens dans son nouveau programme scientifique. L'idée ? Lancer un grand concours dans lequel les internautes peuvent voter pour le nom du prochain bateau de recherche. Mieux, l'institution propose que n'importe qui puisse proposer le nom de son choix... Une intention louable qui va vite se retourner contre l'institution.

"Il fait sacrément froid ici" ou "Capitaine Haddock"

Rapidement, les internautes font des propositions plus ou moins loufoques : Notthetitanic ("Pas le Titanic"), Capitaine Haddock ou encore It’s bloody cold here ("Il fait sacrément froid ici")...  Après quelques jours de compétition, James Hand, un ancien présentateur de la BBC radio, propose de nommer le navire Boaty McBoatface. Une référence à une blague largement répandue chez les jeunes Britanniques, et qui consiste à entourer un mot de "Mc" et de "Face", explique Le Monde. Une expression qui peut aussi être traduite par "Bateau Monbobateau"

Cette proposition loufoque va rapidement se transformer en plébiscite. Des dizaines de milliers d'internautes appuient ce choix, parmi les 7 000 propositions. Finalement, Boaty McBoatface remporte le concours haut la main en avril 2016, avec pas moins de 124 109 votes. Bien loin devant la deuxième proposition, Poppy-Mai, du nom d'une adolescente de 16 ans atteinte d'un cancer incurable, qui récolte un peu moins de 35 000 suffrages.

Le ministre de la Recherche s'invite dans le débat

Rapidement, des voix s'élèvent contre ce choix. Le nom d'un projet scientifique de pointe à plus de 220 millions d'euros peut-il être celui d'une blague devenue virale ? Non, répond alors le ministre de la Recherche britannique, Jo Johnson. "Nous voulons un nom qui durera plus longtemps qu'un cycle médiatique sur les réseaux sociaux et qui reflète le sérieux des recherches scientifiques que ce bateau va effectuer", lance-t-il en menaçant d'activer une clause de désengagement, explique The Guardian (article en anglais). "Ils doivent maintenir le choix populaire, plaide à l'inverse le directeur d'un institut de recherche de la London School of Economics. Si un nouveau nom est choisi, cela signifiera : 'Nous ne faisons pas confiance au peuple'." 

James Hand, l'auteur de la proposition controversée, doit même se justifier publiquement. "90% des propositions étaient humoristiques, du coup, j'ai pensé que j'allais en ajouter une dans le concours et voir ce qui allait se passer. J'ai pu parler un peu avec les personnes derrière ce site. Je me suis confondu en excuses", explique-t-il à la BBC (article en anglais). James Hand indique aussi qu'il a voté pour une autre proposition et que c'est l'institution organisatrice qui aura le dernier mot.

La navire ne s'appellera pas "Boaty McBoatface"

Début mai 2016, la décision est prise : le bateau de recherche ne s'appellera pas Boaty McBoatface. C'est le ministre de la Recherche qui l'annonce lui-même sur Twitter : "Le nouveau navire de recherche polaire sera nommé David Attenborough, en hommage à un grand animateur et scientifique." Le nom de cette personnalité reconnue, choisie à quelques jours de son 90e anniversaire, était arrivé cinquième du concours.

Pour ne pas bafouer complètement la volonté populaire, l'institution décide tout de même de nommer un robot sous-marin autonome Boaty McBoatface. C'est cet engin, plus modeste mais tout de même capable de voyager sous la glace jusqu'à 6 000 mètres de profondeur, qui a finalement commencé sa mission, vendredi 17 mars. L'objectif : effectuer des recherches sur le courant et les turbulences dans les profondeurs de l'océan Austral. Les données récupérées doivent aider les chercheurs à comprendre comment les océans réagissent au réchauffement climatique. 

"Le programme de recherche le plus connu du monde"

"Notre objectif est d'en apprendre suffisamment sur ce processus pour le représenter dans un modèle que les scientifiques pourront utiliser pour prédire comment notre climat va évoluer durant le XXIe siècle et après", détaille le professeur en charge du projet, Alberto Naveira Garabato, au Guardian (article en anglais).

Quoi qu'il en soit, la controverse aura permis de faire connaître très largement cette nouvelle aventure scientifique. Contacté par franceinfo, l'opérateur national britannique en Antarctique le confirme : "La popularité de Boaty McBoatface a été bénéfique pour la mission". Le centre national d'océanographie du pays a même créé une bande dessinée autour de Boaty pour expliquer les enjeux de la recherche aux enfants. "On peut dire que nous avons le programme de recherche le plus connu du monde", a déclaré le directeur du NERC, qui pourrait bien relancer une consultation pour une prochaine mission.

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