Accouchement : des patientes dénoncent les violences obstétricales

Deux années se sont écoulées, pourtant, pour Elise, le traumatisme est toujours présent : "Je pensais que mon accouchement allait être le plus beau jour de ma vie et ça a été le pire cauchemar de ma vie.  L’équipe s’est rendue compte que ma péridurale ne marchait plus mais ils n’ont pas rappelé l’anesthésiste pour faire quelque chose. Quand le gynécologue est entré, il ne s’est pas présenté, il ne m’a pas regardé, il ne m’a rien expliqué. Il a utilisé les forceps pour sortir mon bébé. La douleur a été immense. Je ne savais pas qu’une douleur comme ça  tout ce qu’on m’imposait, sans rien comprendre, et dans une violence infinie ".

Son bébé enfin dans ses bras, Elise pense trouver du réconfort. Mais, elle n’est pas au bout de ses peines. "Le gynécologue a recousu mon épisiotomie et toutes les déchirures associées à vif. Malgré mes plaintes, malgré mes souffrances, il n’a pas fait d’anesthésie locale. Je me demandais pourquoi il ne m’épargnait pas ça, alors qu’il avait vu que j’avais tellement souffert" .

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Des violences obstétricales dénoncées sur les réseaux sociaux

Elise n’est pas un cas unique. Depuis cet été, sur les réseaux sociaux et dans la presse, de nombreuses femmes ont dénoncé ce qu’on appelle les violences obstétricales. Il s’agit d’épisiotomies imposées, de déclenchements abusifs, de mauvaises prises en charge de la douleur, d’absences de consentement ou encore de propos culpabilisants.   

De nombreux gynécologues se sont senti attaqués et trouvent ces accusations inappropriées. Le Pr Hervé Fernandez est gynécologue et membre du Collège national des gynécologues et obstétriciens français. Il explique : "Si des femmes expriment une peur, des angoisses ou une absence d’écoute, c’est que celle-ci était réelle. Simplement, les termes de violence, de viol comme si c’était des actions préméditées, ça c’est totalement inacceptable. On oublie quand même une chose : le plus dangereux pour une femme au XXIème siècle, c’est d’avoir un enfant. Donc il faut quand même peut-être remettre dans l’espace la réalité de ce que sont soit-disant les violences que l’on fait. Par contre, il faut que nous, on soit à l’écoute pour que les professionnels, qu’ils soient médecins ou sages-femmes, puissent, quand on a le temps d'informer, pourquoi on est amené à faire ceci ou cela. Mais, il faut aussi que les couples comprennent que, de temps en temps, ce temps n’existe pas !". 

Des maternités en sous-effectifs selon les gynécologues

Ce médecin souligne le manque de personnel soignant dans la plupart des maternités. Pour le Pr Hervé Fernandez, "on vit tous ça comme une violence parce que on ne nous accorde pas les moyens pour faire une médecine qu’un couple est en droit de demander".

Pour le conseil de l’Ordre des sages-femmes, ces témoignages sont l’occasion de faire évoluer la prise en charge. D’après Isabelle Derrendinger, "je ne crois pas pouvoir dire que des professionnels aient le souhait de faire mal à une patiente. Par contre, que la situation obstétricale parfois soit vécue comme violente, c’est une réalité et effectivement nous devons nous attacher à ce qui ressort de la parole des femmes. Qu’est-ce qui aurait pu être évité en tout cas dans la perception qui est rendue publique aujourd’hui".

Pour les sages-femmes, il faut remettre du dialogue et mieux informer les femmes enceintes tout au long de leur grossesse. Le Collège national des gynécologues, lui, réfléchit à la mise en place d’un label qualité pour les maternités.

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