Benoît Hamon, le 26 janvier 2017, à Paris. 
Benoît Hamon, le 26 janvier 2017, à Paris.  (CITIZENSIDE/YANN KORBI / CITIZENSIDE)

Primaire de la gauche : pourquoi Benoît Hamon a du souci à se faire malgré sa victoire

Peu de monde y croyait il y a encore quelques semaines et pourtant. Benoît Hamon est sorti, dimanche 29 janvier, avec 58,87% des voix, selon des résultats partiels, vainqueur de la primaire de la gauche, au nez et à la barbe de Manuel Valls, qui s'incline avec 41,13% des suffrages. A 49 ans, le député des Yvelines va donc représenter la gauche à l'élection présidentielle.

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Pourtant, l'Elysée semble bien loin pour l'ancien ministre de l'Education nationale, tant les obstacles se dressent sur son chemin. Le premier d'entre eux : rassembler son propre camp, les socialistes, et, au-delà, tenter de s'entendre avec Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron

Parce que les socialistes sont divisés

Benoît Hamon hérite d'un Parti socialiste profondément divisé et de militants déboussolés par le quinquennat François Hollande. Le parti a d'ailleurs subi une hémorragie inquiétante de ses militants. Au 30 avril 2016, le PS ne comptait que 111 450 adhérents, contre 280 000 en 2006. Outre les militants, la primaire laisse les courants du PS plus éloignés que jamais. Si le camp des frondeurs se retrouve dans la victoire de Benoît Hamon, celui des "réformateurs", l'aile droite du parti, va avoir beaucoup de mal à faire campagne pour le député des Yvelines.

Leur ancien champion l'avait promis : il s'effacerait en cas de victoire de son concurrent. "Benoît Hamon est désormais le candidat de notre famille politique", a déclaré, dimanche soir, Manuel Valls. Mais les troupes de l'ex-Premier ministre, elles, pourraient rallier Emmanuel Macron. Certains "réformateurs" veulent même faire valoir un droit de retrait. Le député Gilles Savary reconnaît avoir déjà travaillé à un texte qu'il soumettra à ses collègues la semaine prochaine. Le député François Loncle confirme à franceinfo qu'une réunion aura lieu, mardi, pour se décider. "Tout est possible, sauf un soutien à Mélenchon", explique-t-il. Mais soutenir Benoît Hamon s'avère pour le moins compliqué. "Si Hamon renonçait à ses projets aberrants, comme le revenu universel, je pourrais le soutenir", ajoute François Loncle. 

Parce que rassembler au-delà du PS semble improbable

Deux candidats de taille plombent les rêves élyséens de Benoît Hamon : Jean-Luc Mélenchon et Emmanuel Macron. Si tous deux n'ont pas, ou plus, leur carte du Parti socialiste, ils promettent de prendre des (nombreuses) voix à gauche et donc au député des Yvelines. Alors que l'ancien ministre de l'Education a tenté un rapprochement avec le candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon lui avait d'abord imposé une fin de non-recevoir. Jeudi, il avait rappelé que Benoît Hamon lui avait proposé de parler autour d'un café. "Un café ? Pour quoi faire ? La comédie ? Je ne le ferai pas", avait-il déclaré en meeting à Périgeux, le 26 janvier.

Mais, dimanche soir, le ton s'est fait plus doux. "On devine que la tendance 'dégagiste' de la société va s’amplifier après ce qui sera ressenti comme un succès. Que l’instrument au PS en ait été Benoît Hamon, qui a chanté des paroles si proches des nôtres, est une source de satisfaction supplémentaire", écrit le candidat de la France insoumise sur Facebook. Le camp de Jean-Luc Mélenchon acceptera-t-il la main tendue de Benoît Hamon ?  

On a fait le choix de ne pas participer à la primaire, ce n'est pas pour se rallier au vainqueur.

Manuel Bompard, directeur de campagne de Jean-Luc Mélenchon

à franceinfo

Une déclaration qui a de quoi doucher les espoirs de Benoît Hamon. Quant à un rapprochement avec Emmanuel Macron, l'hypothèse semble peu probable. "Je ne vois pas Emmanuel Macron en capacité de construire ce rassemblement", a déclaré le vainqueur de la primaire de la gauche, jeudi sur TF1, avant d'expliquer à 20 Minutes : "Emmanuel Macron, c'est le centre, pas la gauche." 

Parce qu'il est encore loin d'être favori

On le sait, les sondages ne font pas une élection. Mais, ils reflètent l'état de l'opinion à un moment donné. Les dernières intentions de vote laissent à Benoît Hamon une marge de progression. Au soir du 1er tour de la primaire, dimanche 22 janvier, un sondage Ispos Sopra steria le plaçait en cinquième position au 1er tour de la présidentielle, avec 8% d'intentions de vote. L'ex-ministre de l'Education était devancé par Marine Le Pen (27% des voix), François Fillon (26%), Emmanuel Macron (20%) et Jean-Luc Mélenchon (13%). 

Mais, en quelques jours, Benoît Hamon a pris quelques points. Selon un sondage Kantar Sofres-Onepoint pour RTL, LCI et Le Figaro, publié dimanche 29 janvier, au soir du second tour de la primaire, le représentant du Parti socialiste a gagné une place, pour accéder à la quatrième position avec 15% d'intentions de vote. Devant lui, on trouve Marine Le Pen (25%), suivi de François Fillon (22%) et Emmanuel Macron qui oscille entre 20 et 21%. De quoi permettre à Benoît Hamon de rêver de créer une nouvelle surprise.