Edouard Philippe lors des questions au gouvernement à l\'Assemblée nationale, le 5 juillet 2017.
Edouard Philippe lors des questions au gouvernement à l'Assemblée nationale, le 5 juillet 2017. (MARTIN BUREAU / AFP)

Cinq choses vues lors de la première séance de questions au gouvernement

C'est un incontournable de la vie parlementaire : la première séance de questions au gouvernement de la nouvelle législature a eu lieu, mercredi 5 juillet. L'occasion de prendre le pouls de cette Assemblée inédite : de très nombreux novices y siègent. Même chose sur les bancs du gouvernement. Franceinfo revient sur les moments forts de cette première séance.

1Le premier lapsus de la législature

Il est à peine plus de 15 heures quand Edouard Philippe répond à la première question posée à son gouvernement. Le député LR Damien Abad vient de l'interroger sur la défiscalisation des heures supplémentaires, le Premier ministre se lance dans un aparté sur l'opposition et la majorité. "Vous craignez que je sois le Prési…. euh, le Premier ministre pardon", se reprend le locataire de Matignon. Le lapsus suscite immédiatement des rires dans l'Hémicycle. Edouard Philippe en sourit lui-même et hausse les épaules, l'air plus amusé que gêné. Des députés, hilares, applaudissent, et sur les bancs des Républicains, on entend fuser : "Ca y est, c'est parti !" Ce lapsus intervient au lendemain de son discours de politique générale, et deux jours après l'allocution du Président devant le congrès. Hasard ou coïncidence ?

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2Des ministres dont on coupe le micro

Pendant la séance des questions au gouvernement, les règles sont strictes. Chaque député qui pose une question a droit à deux minutes. Pour y répondre, les ministres ont droit, eux aussi, à deux minutes. Un chronomètre est affiché sur les murs pour aider les uns et les autres à s'y tenir. Seule exception : le Premier ministre, qui dispose lui de tout le temps qu'il souhaite. Dès cette première séance, Edouard Philippe a usé de ce droit, en dépassant les six minutes pour une seule réponse.

Pour les novices sur les bancs du gouvernement, pas facile de se conformer à ce chronométrage ! La secrétaire d'Etat à l'Egalité entre les femmes et les hommes, Marlène Schiappa, n'a pas pu aller au bout de sa réponse : le président de l'Assemblée, François de Rugy, a coupé son micro à peine quelques secondes après l'échéance.

Idem pour Elisabeth Borne, ministre chargée des Transports, partie pour une (trop) longue explication sur les trains du quotidien. Un député a lui aussi fait les frais de ce règlement : Eric Coquerel, de La France insoumise. Mais avec sa forte voix grave, il a pu se faire entendre d'une partie de ses collègues, même le micro fermé. 

3Les ministres de droite chahutés

La première question a été posée par Damien Abad, député Les Républicains, à Edouard Philippe. "Nous voulons incarner une opposition libre et responsable", a dit le député de l'Ain. Il y a quelques mois pourtant, les deux hommes faisaient campagne derrière le même candidat : François Fillon. Aujourd'hui, la droite est éclatée à l'Assemblée, entre Les Républicains comme Damien Abad, partisans d'une franche opposition à l'exécutif, et les députés qui ont fait campagne pour la "majorité présidentielle", comme Thierry Solère, aujourd'hui dans les groupe dit des Constructifs.

Pendant cette séance, Les Républicains ont réservé leurs attaques les plus virulentes à leurs anciens collègues. Gérald Darmanin, ministre de l'Action et des Comptes publics, a ainsi été chahuté quand il a défendu la hausse de la CSG. "Demandez à Le Maire", lui a lancé un député LR. Bruno Le Maire, aujourd'hui ministre de l'Economie, plaidait, pendant sa campagne de la primaire de la droite, pour une baisse de la CSG. A Bercy, il doit aujourd'hui mettre en œuvre la hausse promise par Emmanuel Macron.

4La droite applaudit la gauche

C'est une autre conséquence de la recomposition en cours. Les socialistes aujourd'hui regroupés dans le groupe Nouvelle gauche à l'Assemblée, sont dans l'opposition, tout comme Les Républicains. Alors quand Valérie Rabault, socialiste, ancienne rapporteure du budget dans le quinquennat précédent, demande au gouvernement de préciser sa position sur l'augmentation de la CSG, c'est sur les bancs des Républicains qu'elle trouve ses plus bruyants soutiens. "Jusque-là, vous avez éludé cette question", lance-t-elle au Premier ministre. "Bravo !", entend-on sur les bancs de la droite.

Une scène inimaginable il y a quelques mois. Un jeune député de La République en marche ironise : "La droite applaudit la gauche, la gauche applaudit la droite… On fait des miracles !"

5De nombreux hommages à Simone Veil

Dès le début de la séance, Damien Abad a rendu hommage à Simone Veil, "cette femme admirable qui incarne la grandeur morale", suscitant des applaudissements de tout l'Hémicycle. Hommage ensuite répété par Edouard Philippe, qui salue la décision du Président de la faire rentrer au Panthéon, décision qui "fait honneur à la République tout entière". A nouveau, les applaudissements retentissent, à droite comme à gauche.

Yves Jégo (Constructifs) a lui demandé : "Serons-nous tous ensemble les dignes héritiers de Simone Veil ?" Puis Marielle de Sarnez, revenant sur l'hommage national rendu le matin même aux Invalides, a rappelé qu'elle avait travaillé au côté de Simone Veil et évoqué son combat pour l'Europe. "Simone Veil savait la force de l'idéal européen," a insisté la présidente MoDem de la commission des affaires étrangères. Simone Veil a aujourd'hui été la personnalité la plus applaudie de l'Hémicycle.

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