Emmanuel Macron (à d.) a nommé Edouard Philippe, Premier ministre le 15 mai 2017.
Emmanuel Macron (à d.) a nommé Edouard Philippe, Premier ministre le 15 mai 2017. (LOIC VENANCE / AFP)

Composition du gouvernement d'Édouard Philippe : "Il n'y aura pas de surprise"

Le nouveau président de la République, Emmanuel Macron, a abattu lundi 15 mai une nouvelle carte de sa "recomposition politique" en nommant un Premier ministre de droite, le député-maire Les Républicains du Havre Édouard Philippe, proche d'Alain Juppé."Il s'agit là pour le chef de l'État de détacher toute la partie humaniste, européenne, libérale du parti des Républicains, mais aussi des centristes, de son socle conservateur", a réagi ce mardi sur franceinfo Olivier Ihl, professeur en sciences politiques à Sciences Po Grenoble.

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Lundi soir, une trentaine d'élus Les Républicains ont appelé à "répondre à la main tendue" par Emmanuel Macron dans un communiqué. Olivier Ihl voit ici une "stratégie" de la part du président qui "vise à remplacer la traditionnelle bipolarisation droite-gauche par un regroupement pro et anti-Europe". Pour le politologue, "il n'y aura pas de surprise" dans l'annonce du gouvernement ce mardi après-midi. "Nous aurons un gouvernement qui puisera aussi bien au sein des Républicains, des centristes, des progressistes", a-t-il déclaré.

franceinfo : La décision de nommer Edouard Philippe marque-t-elle le début d'une hémorragie pour le parti des Républicains ?

Olivier Ihl : C'est clairement un acte conséquent qui permet d'entrer dans la seconde étape d'une stratégie plus globale, une stratégie qui vise à remplacer la traditionnelle bipolarisation droite-gauche par un regroupement pro et anti-Europe. Nous sommes désormais dans un moment très fort qui voit au fond la stratégie se déployer, avec l'idée chez le chef de l'Etat d'achever, avant l'été, le réalignement partisan qui permettra de solder l'ancien échiquier politique. Comprenons bien qu'il s'agit là, pour le chef de l'Etat, de détacher toute la partie humaniste, européenne, libérale du parti des Républicains, mais aussi des centristes, de son socle conservateur. Et comme c'est la condition pour unifier en vue des législatives une majorité présidentielle, qui soit la base de l'action future du gouvernement, c'est un mécanisme très large, puissant, et ce ne sont pas quelques rodomontades ou quelques cris d'effroi qui vont changer la donne.

Pour beaucoup de Français, le choix du Premier ministre était déterminant, notamment pour les législatives. Quel est l'impact de cette décision d'Emmanuel Macron sur les électeurs ?

Ce qui est sûr c'est que ces électeurs sont, pour beaucoup, déboussolés. À peine un quart des Français a voté pour les partis de gouvernement au premier tour de l'élection présidentielle il y a quelques semaines, contre environ 90% il y a encore 25 ans. Nous sommes dans une phase de déprise électorale des partis de gouvernement. C'est dans ce contexte que le chef de l'État avance, pas à pas, de manière méthodique, met en oeuvre sa stratégie. On le sent, les Français se mettent à dire "Après tout, pourquoi pas, puisqu'il nous propose des mesures qui sont aussi bien de droite que de gauche". Une partie d'entre eux est séduite par ce discours. C'est un risque tout à fait calculé, limité. Le véritable pari ici est de penser que ce dépassement du clivage droite-gauche puisse s'opérer dans des institutions qui restent encore très marquées par un mode de scrutin qui est le scrutin majoritaire à deux tours. Là est vraiment la difficulté : est-ce qu'il parviendra à transformer la Ve République de ce point de vue-là ? Est-ce que ce n'est qu'une opération de restauration purement et simplement ? On le sait, il pense déjà à stabiliser. Nous sommes au milieu d'un moment qui va encore durer et qui, jusqu'à l'été, va nous permettre de voir si oui ou non nous entrons dans une cinquième République bis.

Quelle sera la composition du futur gouvernement ? Peut-on s'attendre à des surprises ?

Il n'y aura pas de surprise, de mon point de vue en tout cas. Nous aurons un gouvernement qui puisera aussi bien au sein des Républicains, des centristes, des progressistes. Au fond, il concernera surtout l'arc politique qui va du centre gauche, les progressistes emmenés par Valls hier, aujourd'hui ralliés à Macron, au centre-droit, cette partie humaniste et européenne. C'est un arc de soutien qui vise à devenir demain la majorité présidentielle. Cette base, sur laquelle le chef de l'État pourra conduire avec son Premier ministre l'action qu'il a promise, qu'il a développée, qu'il a présentée aux électeurs il y a quelques semaines. Comme c'est inédit sous la Ve République, on peut trouver cela artificiel et très risqué, même impossible. En tout cas, ce qui est sûr, c'est qu'il l'entreprend, qu'il jette toutes ses forces pour permettre que ces conditions politiques soient réunies : celles d'une victoire, cette fois complète, dans une élection qui aura été une élection à six tours de scrutin, avec les primaires, la présidentielle et désormais les législatives.