Philippe Barbarin le 15 août 2016 à Lourdes. 
Philippe Barbarin le 15 août 2016 à Lourdes.  (PASCAL PAVANI / AFP)

Interview du cardinal Barbarin : "La question qui se pose, c'est la sincérité de cette démarche"

Dans un entretien publié samedi 12 août dans Le Monde, le cardinal Philippe Barbarin, qui avait été accusé d'avoir tardé à prendre des mesures contre des actes pédocriminels commis par un prêtre de son diocèse, reconnaît des "erreurs" mais réaffirme n'avoir "rien couvert du tout". François Devaux est co-fondateur et président de La Parole Libérée, association des victimes de Bernard Preynat. Pour lui, même s'il y a "une démarche de prise de conscience qui semble apparaître, la question qui se pose c'est la sincérité de cette démarche."

franceinfo : Bernard Preynat, prêtre lyonnais, est soupçonné d'agressions sexuelles sur de jeunes scouts dont il avait la charge entre 1986 et 1991. Cette affaire a valu à Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, d'être visé par des plaintes pour non dénonciation. Elles ont été classées sans suite en août 2016. Bernard Preynat va faire l'objet d'un procès canonique, interne à l'église, qu'en pensez-vous ?

François Devaux : Pour certains c'est important et cela peut-être une première démarche de prise de conscience. Le diocèse de Lyon est au courant que le père Preynat est pédophile depuis à peu près 50 ans. Le cardinal Renard était déjà au courant. Je n'étais pas encore né quand le diocèse de Lyon savait déjà que le père Preynat était pédophile. Il a été écarté, il y a 25 ans, et aujourd'hui, on obtient une levée de prescription canonique pour le père Preynat et on diligente un procès canonique qu'on arrête parce qu'il y a une procédure qui est en cours. 

Il n'y a pas vraiment de cohérence dans tout ça. On peut s'interroger sur l'aspect factice et calculateur des positions prises par le cardinal.

François Devaux, co-fondateur et président de La Parole Libérée

à franceinfo

Que dénoncez-vous ?

Notre action est dans le fait que l'église du monde entier est confrontée à des phénomènes de pédophilie qui sont dans des proportions dissonantes. Les chiffres qu'on a, c'est 4% des prêtres aux États-Unis, 7% en Australie et on peut monter jusqu'à 15% dans certains diocèses. Il y a des affaires qui sont révélées partout dans le monde. On voit que, suite à notre action, 27 ou 28 évêques français, selon l'enquête de Mediapart, ont été en connaissance de faits de pédophilie et ne les ont pas dénoncés. Donc le cardinal Barbarin a fait exactement ce que tous les autres ont fait et avec la bénédiction du pape François qui est au courant de ces choses-là.

On donne des leçons de morale et de bonne conduite à tout le monde alors qu'on a affaire à une mafia

François Devaux, co-fondateur et président de La Parole Libérée

à franceinfo

Le cardinal Barbarin propose que les victimes rencontrent le pape François. Est-ce une bonne chose ?

C'est toujours pareil, c'est une question de sincérité et volontarisme dans la démarche. Personnellement, je n’ai pas vraiment besoin de rencontrer le pape François. Je crois que cette démarche est beaucoup plus importante pour le Vatican lui-même et pour le pape et ceux qui représentent cette institution que pour moi personnellement. C'est cette institution elle-même qui est en perte de crédibilité face à des incohérences profonde entre son dogme, ses pratiques et la réalité des faits. Il y a une introspection que l'église doit faire.

"On a à faire à une mafia" François Devaux, co-fondateur et président de La Parole Libérée
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