Donald Trump, le 11 août 2017.
Donald Trump, le 11 août 2017. (JIM WATSON / AFP)

Corée du Nord : l'escalade verbale bloque "la perspective d'un retour au dialogue diplomatique normal"

La joute verbale se poursuit entre les Etats-Unis et la Corée du Nord. Les deux chefs d'État continuent de se menacer tour à tour malgré les appels au dialogue de la Chine. François Géré, président fondateur de l’Institut français d’analyse stratégique (IFAS) a analysé la situation samedi 12 août sur franceinfo.

Selon lui, le risque est que Donald Trump se prenne "à son propre jeu". Il doute cependant que les Nord-Coréens, s'ils attaquent, utilisent l'arme nucléaire. Ils "ne sont pas fous du tout", a-t-il assuré.

franceinfo : Que cherche Donald Trump avec ses déclarations guerrières ?

François Géré : Trump s'est engagé dans une stratégie de confrontation verbale avec les dirigeants de la Corée du Nord et il est pris à son propre jeu puisque le ton monte d'un côté comme de l'autre. On échange des menaces qui prennent une tournure évidemment de plus en plus agressive faisant explicitement appel à des actions militaires alors qu'en réalité, on sait très bien que les tensions avec la Corée du Nord ne peuvent se résoudre que par le dialogue et la diplomatie parce que dans la région, personne ne veut entendre parler de guerre. Donc on est dans une escalade de menaces dont l'effet est de bloquer en fait pendant assez longtemps la perspective de l'ouverture de négociations et d'un retour au dialogue diplomatique normal.

Le président chinois exhorte Donald Trump à ne pas utiliser des mots qui "exacerbent" les tensions, la Russie se dit "très inquiète". Y'a-t-il des raisons d'être inquiet ?

Il y a effectivement des raisons de s'inquiéter en se demandant si le président américain ne risque pas de se prendre à son propre jeu. Il en fait tellement, il en fait trop, et pour ne pas paraître absolument ridicule, il devrait sans doute recourir au moins à une action militaire limitée. On imagine très bien ce qui se passe en ce moment au Pentagone et à la Maison Blanche, on est en train de lui préparer un certain nombre d'options.

Seulement, c'est bien gentil : quoi que fassent les Américains, il y aura des représailles de la part de la Corée du Nord.

François Géré, président fondateur de l’Institut français d’analyse stratégique

à franceinfo

Et ça, ça peut aggraver la situation, créer un processus d'escalade c’est-à-dire quelque chose de complètement "immaîtrisée", sans contrôle et ça, ça inquiète énormément Séoul et Tokyo qui ne veulent à aucun prix d'une guerre dans la région puisqu'ils sont immédiatement les premières cibles.

Le leader coréen se fait aussi menaçant. Peut-il frapper des territoires américains ?

Il faut, je crois, écarter la perspective d'une tentative de frappe avec un missile balistique dotée d'une arme nucléaire. Ça serait une folie furieuse et les Coréens du Nord ne sont pas fous du tout. Ils pourraient effectivement envisager de tirer un missile balistique vers Guam, lequel pourrait : 1- être intercepté et détruit; 2- manquer sa cible et finalement on se retrouverait avec une intention de frappe non suivie d'effet. Mais ça supposera naturellement une riposte américaine et là, on se retrouve à nouveau dans une configuration et un scénario d'escalade possible. C'est ça qui rend aujourd'hui la situation préoccupante. Il faut donc naturellement que chacun fasse son travail, que les Chinois, les Russes, les Japonais, les Sud-Coréens fassent comprendre au président des États-Unis qu'il s'est embarqué dans une mauvaise direction et qu'il est préférable de faire retomber la tension ce que, pour le moment, il ne semble pas disposé à faire.

Les armes nucléaires se neutralisent mutuellement parce que sinon, ce sera la fin de monde. Est-ce que c'est un mythe ?

La fin du monde c'est sans doute un mythe. Mais que la dissuasion fonctionne entre deux puissances nucléaires, ça c'est certainement une réalité. En revanche, aujourd'hui on est dans une situation qu'on appelle de totale asymétrie c’est-à-dire que la Corée du Nord a quelques bombes, n'a probablement pas la capacité à les monter sur ses missiles balistiques, lesquels manquent singulièrement de précision. En face d'eux, ils ont le plus formidable arsenal nucléaire du monde. Alors, on ne voit pas du tout la raison pour laquelle la Corée du Nord se livrerait à une agression nucléaire et violerait le principe de la dissuasion. En fait, ce qui intéresse les Nord-Coréens, c'est d'avancer leur programme balistique et nucléaire, d'arriver à un certain niveau de puissance nucléaire et d'établir une véritable dissuasion en corrigeant cette asymétrie.

François Géré : "Il est pris à son propre jeu puisque le ton monte d'un côté comme de l'autre."

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