Recep Tayyip Erdogan, lors d\'un discours à Istanbul (Turquie), le 15 avril 2017.
Recep Tayyip Erdogan, lors d'un discours à Istanbul (Turquie), le 15 avril 2017. (BULENT KILIC / AFP)

Référendum en Turquie : "Si le non l'emporte, il pourrait y avoir un raidissement du pouvoir"

Les Turcs ont commencé à voter, dimanche 16 avril, à l'occasion d'un référendum pour ou contre le renforcement des pouvoirs du président turc. L'objectif de Recep Tayyip Erdogan est de remplacer le régime parlementaire par un régime présidentiel, avec notamment la suppression du poste de Premier ministre. "Si le "non" l'emporte, il pourrait y avoir un raidissement du pouvoir", a déclaré dimanche matin sur franceinfo Didier Billion, spécialiste de la Turquie et directeur adjoint de l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

franceinfo : Ce référendum vise à établir un "régime présidentiel", peut-on parler de "dictature présidentielle" ?

Didier Billion : Je n'utilise pas ce terme, les mots ont un sens. Évidemment, nous sommes dans une stratégie liberticide utilisée depuis plusieurs années par le président Erdogan. Cette stratégie s'est amplifiée depuis la tentative de coup d'État du mois de juillet dernier, mais nous n'en sommes pas encore à une dictature. Il y a des partis d'opposition, même si ceux-ci se battent dans des conditions difficiles. Nous savons également que la presse est en large partie tenue par le pouvoir. Et là aussi, il faut rendre hommage aux journalistes qui se battent courageusement sur des positions divergentes. Il y a plus de 150 journalistes en prison, tout ça nous le savons, la situation est infiniment préoccupante. Toutefois, nous n'en sommes pas encore, heureusement, à une dictature.

Ce scrutin est le premier depuis le coup d'État raté de juillet 2016. Il y a eu des purges massives, est-ce qu'elles ont été de nature à refroidir les ardeurs des opposants à Erdogan ?

Non, les opposants se battent courageusement mais dans des conditions très difficiles. D'abord, il n'y a aucune équité ni égalité de temps de parole. Les partisans du "oui" ont eu vingt ou trente fois plus de temps de parole que les partisans du "non". Deuxièmement, si le Parti républicain du peuple, le principal parti de l'opposition parlementaire, a pu correctement s'exprimer, je n'en dirais pas autant du parti kurdiste dont 13 de ses députés sont actuellement en prison. Ce parti a subi des pressions et parfois des violences physiques quand il tenait des réunions ou des meetings.

La société civile aussi est tétanisée depuis la tentative de coup d'État. C'est ce qui rend très important le résultat de ce référendum.

Didier Billion

à franceinfo

Cette société civile, finalement, elle résiste : une partie de la société turque n'est pas prête à tomber dans un régime présidentiel dont Erdogan tirerait tout le parti.

Que changerait la victoire du "non" puisqu'Erdogan a d'ores et déjà annoncé qu'il ne démissionnera pas ?

Il est vrai que ce n'est pas un plébiscite, même si cela en a tous les aspects. Je crains que si le "non" l'emporte il puisse y avoir une raidissement du pouvoir. On pourrait imaginer et craindre, par exemple, une interdiction pure et simple du parti kurdiste.

Ce n'est pas parce que le "non" l'emporterait qu'il y aurait une démocratisation dans les semaines à venir, ce serait peut-être même le contraire.

Didier Billion

à franceinfo

Néanmoins, si le "non" l'emporte, ce serait un tournant politique considérable. Le parti de Recep Tayyip Erdogan, le Parti de la justice et du développement, est parvenu au pouvoir en 2002. Depuis, il y a eu 12 consultations électorales et ce parti a remporté toutes les élections. S'il y avait une défaite cette fois-ci, ce serait un tournant politique mais il ne se formaliserait pas tout de suite. Ceci étant, pour les mois à venir, ce serait un formidable avertissement au pouvoir et peut-être la possibilité pour l'opposition de se restructurer.

Didier Billion : "Nous sommes dans une stratégie liberticide utilisée depuis plusieurs années par le président Erdogan."

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