(GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)

L'association Utopia 56 quitte le centre humanitaire pour migrants de Paris et dénonce un "piège"

"Nous espérions que ce centre, ouvert le 10 novembre dernier, soit un modèle." Pour Utopia 56, c'est la désillusion. L'association a annoncé, mercredi 13 septembre, qu'elle quittait le centre humanitaire pour migrants situé Porte de la Chapelle, dans le nord de Paris. Elle dénonce "une traque des réfugiés" organisée "depuis peu par la police" aux alentours de la structure. Cette "ingérence négative" de l'Etat a, selon elle, abouti à "piéger" les migrants.

"Ce centre ne peut pas être un modèle. Utopia 56 annonce sa sortie du dispositif et va intensifier son aide aux migrants dans la rue", déclare l'association, essentiellement composée de bénévoles très mobilisés. "Nous constatons que le traitement administratif des réfugiés dans ce centre n'a rien d'humanitaire" et "dévalorise les réfugiés", ajoute-t-elle.

"Un écho de ce qui se passe à Calais"

Le centre, ouvert à l'initiative de la ville de Paris et cofinancé par l'Etat, veut accueillir les migrants une dizaine de jours avant de les orienter vers des structures plus pérennes. Mais la saturation a conduit à la formation d'un campement indigne aux portes du site, plusieurs fois évacué.

Depuis, la forte présence des forces de l'ordre, accusées de "harcèlement" par plusieurs associations, dont Médecins du Monde, empêche les migrants de se réinstaller. "C'est un écho de ce qui se passe à Calais", a déploré Yann Manzi, cofondateur d'Utopia 56.

"L'Etat veut la mort du dispositif"

Mais l'association dénonce aussi le sort des migrants enregistrés dans un autre pays européen et censés, aux termes de la procédure "Dublin", y être renvoyés. "Il y a une pression énorme de la part de l'Etat sur les 'Dublin'", a assuré Yann Manzi. "On a piégé plein de gens" avec un dispositif dérivant selon lui vers le "centre de tri", puisque les migrants logés au centre humanitaire doivent ensuite passer par un guichet ad hoc, ouvert par la préfecture, appelé "Cesa", pour Centre d'examen de situation administrative. "L'Etat veut la mort du dispositif tel qu'il est", a-t-il assuré.

De son côté, la directrice adjointe d'Emmaüs Solidarité, Aurélie El Hassak-Marzorati, se dit "inquiète pour l'avenir" du centre, qui doit déménager au printemps. Il n'est "pas exclu qu'on réfléchisse à sortir totalement du dispositif", a-t-elle déclaré.

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