Des manifestants avec le drapeau de la Catalogne, mardi 3 octobre 2017, à Pineda de Mar, au nord de Barcelone (Espagne).
Des manifestants avec le drapeau de la Catalogne, mardi 3 octobre 2017, à Pineda de Mar, au nord de Barcelone (Espagne). (LOLA BOU / AFP)

Indépendance, mise sous tutelle ou Espagne fédérale : quels scénarios pour l'avenir de la Catalogne ?

Quel avenir pour la Catalogne ? Après le référendum illégal sur l'autodétermination du 1er octobre et un résultat en faveur de l'indépendance, Carles Puidgemont, le président séparatiste de la région, a annoncé, mardi 10 octobre, à la surprise des plus fervents indépendantistes, que l'indépendance, tout juste déclarée, était "suspendue" immédiatement pour appeler au dialogue avec Madrid. 

>> Suivez la situation en Catalogne en direct

Une position floue que le Premier ministre, Mariano Rajoy, a demandé au gouvernement catalan de clarifier, en lui fixant un ultimatum. Au terme de ce dernier, jeudi 19 octobre, Carles Puigdemont s'est à nouveau dit prêt à demander au Parlement régional de voter une déclaration formelle d'indépendance, si Madrid n'accepte pas d'ouvrir un dialogue. Le gouvernement espagnol a immédiatement répliqué, en annonçant qu'il activerait, samedi 21 octobre, lors d'un conseil des ministres extraordinaire, l'article 155 de la Constitution. Celui-ci permettra de suspendre l'autonomie politique de la Catalogne.

Le choc frontal entre Barcelone et Madrid se poursuit et l'avenir de l'Espagne telle qu'on la connaît est en jeu. Franceinfo a étudié différents scénarios qui attendent la Catalogne dans les jours et les semaines à venir.

L'indépendance : peu probable

Dans l'immédiat, cette hypothèse semble être la moins plausible, pour plusieurs raisons. D'abord, parce que "la société catalane est diverse et divisée sur la question. Pour les indépendantistes, prendre la parole face au silence, ça avait du sens, mais les anti-indépendantistes représentent au minimum la moitié de la société catalane et après la manifestation de dimanche, ça devient difficile de l'ignorer", constate Jean-Jacques Kourliandsky, chercheur spécialiste de l'Espagne à l'Institut de relations internationales et stratégiques (Iris).

Ensuite, pour des raisons financières. "Les acteurs économiques n’ont jamais cru à l’indépendance, ni que les politiques iraient jusqu’au bout. Quand ils ont vu le risque arriver, ils ont délocalisé leurs sièges sociaux et financiers dans les régions voisines et jusqu’à Madrid." Une pression qui pèse forcément sur la feuille de route des indépendantistes.

Enfin, parce que Mariano Rajoy a annoncé qu'il activerait, le 21 octobre, l'usage de l'article 155 de la Constitution. Cet article, encore jamais utilisé, permet de suspendre l'autonomie d'une région si elle ne respecte pas ses obligations ou si elle menace l'intérêt général du pays. Le chef du gouvernement sanctionne ainsi les indépendantistes, et les met face aux conséquences de leurs décisions.

Chacun essaye de pousser l’autre à la faute. C'est un face-à-face qui risque de se prolonger.

Jean-Jacques Kourliandsky, de l'Iris

à franceinfo

La mise sous tutelle : une première

Mariano Rajoy a donc annoncé qu'il allait priver la Catalogne de son autonomie, en employant l'article 155 de la Constitution

Une menace qui laisse pourtant planer quelques incertitudes, selon Jean-Jacques Kourliandsky : "Il n'y a pas de jurisprudence. La seule chose que l'on sait, c'est que la procédure est très lourde." Elle pourrait également redistribuer les cartes politiques, au désavantage de Mariano Rajoy et du Parti populaire espagnol, auquel il appartient. 

Pour engager la procédure, il faut notamment un débat au Sénat. Même si le Parti populaire a la majorité, c'est un problème politique grave et on voit mal le Parti populaire s'engager seul dans une telle aventure.

Jean-Jacques Kourliandsky, de l'Iris

à franceinfo

Des négociations : c'est mal parti, apparemment…

"Je propose au Parlement de suspendre l'application de la déclaration d'indépendance pour pouvoir dialoguer avec Madrid dans les prochaines semaines, sans quoi rien n'est possible", a annoncé Carles Puidgemont, lundi 9 octobre, dans un discours qu'il voulait historique.

Mais il s'est heurté au refus de Madrid. "Il n'y a pas de négociations officielles parce que Mariano Rajoy ne peut pas se mettre au même niveau qu’un président sécessionniste. C’est difficilement envisageable", estime Barbara Loyer, spécialiste de l'Espagne à l'Institut français de géopolitique. Le chef du gouvernement a d'ailleurs insisté sur ce point lors de son allocution devant le Congrès des députés : "Il n'y a pas de médiation possible entre la loi démocratique et la désobéissance, l'illégalité."

"Le dialogue, ça fait des mois que la majorité des Catalans l'attendent, mais ça n'a jamais pu s'ouvrir, constate Jean-Jacques Kourliandsky, de l'Iris. Il y a notamment des propositions pour créer une commission qui réfléchirait sur une possible fédéralisation de l'Espagne. La Catalogne resterait en Espagne, mais bénéficierait de droits comme les Länder en Allemagne. Et il pourrait y avoir une reconnaissance de la Catalogne en tant que nation."

Il s'agirait d'un processus de réforme constitutionnelle long et compliqué mais l'une des voies de sortie durables, si c'est encore possible.

Barbara Loyer, de l'Institut français de géopolitique

à franceinfo

Une perspective qui pourrait voir le jour uniquement si la discussion reste ouverte des deux côtés. Ce qui n'a pas l'air d'être à l'ordre du jour.

plus