Des secouristes cherchent des survivants après une avalanche près de la station de sports d\'hiver de Tignes (Savoie), le 13 février 2017.
Des secouristes cherchent des survivants après une avalanche près de la station de sports d'hiver de Tignes (Savoie), le 13 février 2017. (STR / RADIO VAL D'ISERE / AFP)

Avalanche à Tignes : "Le risque zéro n'existe pas en montagne, même sur les pistes sécurisées"

Une avalanche a traversé une piste ouverte au public dans la station de Tignes (Savoie), mardi 7 mars. La coulée de neige, qui s'est produite vers 9h50 sur la piste bleue "Carline", n'a fait aucune victime. Si le risque d'avalanche était mardi de 4 dans les zones hors-piste du massif, ce phénomène touche rarement les domaines skiables sécurisés. Franceinfo a interrogé Frédéric Jarry, chargé de mission à l'Association nationale pour l'étude de la neige et des avalanches, pour mieux comprendre les risques que représentent ces coulées sur les pistes ouvertes.

Franceinfo : est-il fréquent qu'une avalanche se déclenche sur une piste ouverte ?

Frédéric Jarry : Le risque zéro n'existe malheureusement pas en montagne, même sur les pistes sécurisées. Il arrive que des avalanches naturelles se déclenchent au-dessus d'une piste ouverte à cause d'une chute de corniche, d'une surcharge du manteau neigeux due à d'importantes chutes de neige, de vents violents... Ces coulées peuvent aussi être déclenchées par des personnes qui font du hors-piste au-dessus de pistes ouvertes.

Le risque d'avalanche dans l'ensemble du massif était de 4 [mardi 7 mars] sur les zones hors-pistes. Il s'agit d'un risque fort, mais que l'on retrouve régulièrement dans la saison. La situation n'était donc pas exceptionnelle.

Comment les domaines skiables sont-ils sécurisés ?

Le travail des pisteurs est d'éviter les départs intempestifs sur les pistes, chaque matin, avant que la station n'ouvre. Le Plan d'intervention pour le déclenchement des avalanches (Pida) prévoit pour cela plusieurs méthodes, comme les charges explosives, qui permettent de faire partir les coulées.

Mais le manteau neigeux est tellement complexe qu'on ne peut pas savoir exactement à quel moment une avalanche va se déclencher : malgré les indices, ce n'est pas une science exacte. Il arrive donc qu'il y ait des tirs négatifs et que les coulées ne se déclenchent pas. Cela peut signifier que le manteau neigeux est stable, mais aussi que l'avalanche n'est pas encore prête à partir.

Il n'y a pas de règle absolue dans ce cas de figure. Si on considère que l'efficacité du Pida atteint ses limites, on peut décider de fermer un secteur par mesure de sécurité. Mais s'il semble que le manteau est stable, on ouvre normalement les pistes. Cela se produit plusieurs fois dans une saison de ski. La décision dépend de l'historique de la pente, des conditions météorologiques et de l'appréciation des pisteurs et des responsables de la sécurité du domaine.

Quelles sont les chances de survie en cas d'avalanche sur une piste ouverte ?

Une personne ensevelie a 90% de chances de survie si elle est secourue dans les 15 premières minutes. Au-delà, ce chiffre diminue drastiquement : les chances de survie ne sont plus que de 35% après une demi-heure, à cause du manque d'oxygène. Les personnes ensevelies peuvent éviter l'asphyxie s'ils sont dans une poche d'air ou que le dépôt d'avalanche permet à l'air de circuler. L'autre risque principal est alors l'hypothermie, qui finit par provoquer un arrêt cardiaque.

Les avalanches sur les pistes ouvertes peuvent s'avérer d'autant plus problématiques que les personnes ensevelies ne portent généralement pas de système de détection, comme ceux que l'on conseille aux skieurs hors-piste de porter. Les secouristes utilisent donc des chiens et des vagues de sondages pour tenter de les localiser. Cela signifie souvent que les temps d'ensevelissement sont longs et donc les chances de survie faibles.

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