La ville de Marigot a été particulièrement touchée par l\'ouragan Irma, le 6 septembre.
La ville de Marigot a été particulièrement touchée par l'ouragan Irma, le 6 septembre. (MARTIN BUREAU / AFP)

Saint-Martin : la solidarité, "après une catastrophe comme ça, c'est indélébile" racontent les rescapés d'Irma

À Saint-Martin, l'heure est au soulagement lundi 11 septembre avec la reprise du pont aérien et du pont maritime pour évacuer les plus vulnérables dans un sens et acheminer du fret et des vivres dans l'autre. Après le passage de l'ouragan Irma mercredi dernier, les secours commencent à arriver mais les habitants de l'île ne les ont pas attendus pour s'organiser. Livrés à eux-même, ils ont appris à se débrouiller et à faire preuve de solidarité.

À chacun son poste

Dans cette résidence de Marigot, le chef lieu de Saint-Martin, les habitants ne se connaissaient avant Irma que grâce à leur numéro d'appartement. Aujourd'hui, ils ont des prénoms, des visages et un point commun, celui d'avoir survécu à l'ouragan le plus puissant qu'ait connu l'Atlantique. Avec le passage d'Irma, tout a changé dans cette résidence d'un quartier populaire de Marigot : privés d'eau et d'électricité, les habitants ont décidé de s'organiser et de s'entraider.

Chacun a son rôle : pour Suzy, qui profite d'une averse pour remplir un grand bidon destiné à la vaisselle ou la toilette, c'est la cuisine. "On a une gazinière donc tout le monde vient faire chauffer son café, une boîte, etc. Ceux qui ont quelque chose viennent parce qu'il y a du gaz à disposition." Avec une condition cependant : "Tout le monde repart avec sa vaisselle sale parce que je n'en peux plus, je n'ai pas assez d'eau pour toute la vaisselle !", explique Suzy. Pour elle, la solidarité qui s'est mise en place entre les habitants de la résidence est essentielle. "C'est nécessaire parce que sinon on est tous morts. On n'a pas une goutte d'eau, tout est pillé partout donc si on ne fait pas quelque chose entre nous, ça ne sert à rien." 

"Le fond des gens ressort" dans la catastrophe

Dehors, la pluie s'arrête. Mike en profite pour bidouiller son poste radio, à la recherche d'une station FM et de quelques informations à donner à ses voisins. Sans succès. "On n'arrive pas à capter de fréquences", déplore-t-il. Parfois, il arrive à capter le 101.1, une fréquence locale côté hollandais. De quoi récupérer quelques informations et les coordonnées à composer pour recevoir de l'aide. 

À côté de lui, assis sur une chaise, Éric le regarde. Celui qu'on appelle "Tatoo", en raison des imposants dessins qu'il a partout sur le corps, a tout perdu pendant Irma. Il a même failli perdre la vie quand les fenêtres, les portes et le toit de son appartement ont été arrachés en plein ouragan. "Quand l'oeil du cyclone est arrivé, il y a eu une accalmie et j'ai profité du fait que des gens sortaient pour entrer chez eux." Depuis, il vit chez ces jeunes originaires de Guadeloupe.

On ne se connaissait pas vraiment [avant l'ouragan]. Je les voyais, je leur disais bonjour mais pas plus

Éric, un habitant de Marigot hébergé par ses voisins

à franceinfo

Selon lui, pendant ce genre de catastrophes, "le fond des gens ressort". "Il est bon ou il n'est pas bon mais de temps en temps, tu tombes sur des bons." En échange, Éric, qui est agent de sécurité, a accepté d'assurer celle de la résidence. Ils craignent les pillards : "Le risque qu'il peut y avoir, c'est qu'ils tournent le soir [...] parce qu'en plus les maisons sont cassées donc tu peux rentrer." Il a vu l'insécurité progresser depuis le passage d'Irma à Saint-Martin : "Tu sens qu'il y a un climat malsain. Tout est possible et il faut faire attention." Preuve de ce sentiment d'insécurité, Éric évite de sortir la nuit.  

Une solidarité "indélébile" entre les voisins

Un étage plus haut, Danny, 69 ans, vient prendre des nouvelles d'Ali et Marissa, des voisins, quand elle est interrompue par un technicien des télécoms. "Je vais vous faire amener un téléphone fixe qui fonctionne sans électricité et vous pourrez laisser les gens appeler leur famille moins de cinq minutes", lui explique l'opérateur. Il pense au confort de cette habitante : "Je vais essayer de vous ramener une rallonge pour que vous soyez quand même chez vous, dans votre intimité." Danny hérite donc du téléphone de la résidence. "On n'a plus de moyens de communication donc ça va être super, tout le monde va pouvoir venir téléphoner."

Pour elle, la solidarité entre voisins est vitale. "C'est hyper important, sans cela, on n'avancerait pas, c'est génial." Les yeux humides mais le sourire aux lèvres, elle ajoute : "Après une catastrophe comme ça, c'est indélébile." Elle regagne son appartement où l'attendent déjà certains de ses voisins pour le repas du soir. Preuve que si l'ouragan Irma a beaucoup détruit, il a aussi un peu créé.

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