Avertissement de produits radioactifs au Nevada, aux États-Unis. Image d\'illustration. 
Avertissement de produits radioactifs au Nevada, aux États-Unis. Image d'illustration.  (MAXPPP)

Pollution radioactive en Europe : c'est "inquiétant" et "invraisemblable" qu'on ne sache "pas d'où vient ce rejet"

Des stations de surveillance ont relevé en France, entre 27 septembre et le 13 octobre, la présence dans l'air de ruthénium 106, un produit radioactif. L'origine de cette pollution radioactive serait russe, selon l'institut français de radioprotection et de sûreté nucléaire, même si Moscou dément.

Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire et directeur de la Commission de recherche et d’information indépendantes sur la radioactivité (Criirad) a estimé samedi 11 novembre sur franceinfo qu'il était "inquiétant" et "invraisemblable" que "plus d'un mois après", on ne sache "toujours pas exactement d'où vient ce rejet". Le spécialiste du nucléaire a précisé que la France "n'a pas été dans une situation d'alarme ou d'alerte" lors du déplacement des éléments radioactifs.

franceinfo : avez-vous des précisions sur l'origine de cette pollution radioactive ?

Cet élément radioactif a été détecté dans l'air de plusieurs pays européens entre fin septembre et début octobre. Nous demandons que tout soit mis en œuvre pour localiser exactement l'endroit d'où provient cette radioactivité.

La France a-t-elle été très exposée ?

En France, l'inhalation de cet air conduit à une dose qui est vraiment considérée comme négligeable. On n'a pas été dans une situation d'alarme ou d'alerte pour la France. Toute la question est de savoir si ce ruthénium provient d'une installation terrestre qui a effectué des rejets très importants. Là, il y a un vrai souci pour la population riveraine de cette installation et pour les travailleurs. Ce qui nous choque et nous inquiète est de voir que plus d'un mois après, on ne sait toujours pas exactement d'où vient ce rejet. Si les calculs de l'Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire (IRSN) sont exacts, il parle de 100 à 300 TBq (térabecquerel), c'est-à-dire 300 000 milliards de becquerels. C'est une quantité considérable de radioactivité rejetée. Si elle provient bien d'une installation terrestre précise, dans l'environnement de cette installation, il y a pu avoir un impact pour les populations tout à fait important et encore aujourd'hui.

Avez-vous une idée de l'origine de cette radiation ?

Il y a plusieurs installations qui pourraient être à l'origine de ce rejet. On a pensé à l'usine de retraitement de Maïak (Russie), mais les autorités russes disent que cela ne vient pas de ce lieu. Et nous n'avons pas les moyens de le contrôler. Nous aurions souhaité que les pays européens lancent il y a un mois déjà un certain nombre d'initiatives. Par exemple qu'il y ait au niveau des ambassades des pays européens dans plusieurs pays d'où pourrait provenir ce rejet, des prélèvements de sol, d'herbes au niveau des terrains des ambassades. Une autre initiative qui aurait dû être prise c'est que les avions qui ont survolé les zones d'où pourrait provenir ce rejet subissent à leur atterrissage en Europe des contrôles de radioactivité pour essayer de localiser un peu mieux l'origine de ce rejet (...) Enfin, il est très important de renforcer les capacités de mesures des associations autour des installations nucléaires, en particulier, dans les pays pour lesquels on a très peu d'informations.

Quelles sont les conséquences pour les populations ?

S'il y a bien eu un tel rejet sur une installation terrestre, les populations autour ont pu être et peuvent être encore soumis à des risques radiologiques importants, c'est-à-dire à une augmentation des risques des cancers sur le long terme. C'est pour ça qu'il est important d'agir rapidement. En 2017, voir qu'à l'échelle internationale on n'est pas capable de localiser précisément un tel rejet, c'est vraiment invraisemblable, c'est vraiment très inquiétant.

"Toute la question est de savoir si ce ruthénium provient d'une installation terrestre qui a effectué des rejets très importants" Bruno Chareyron, ingénieur en physique nucléaire à franceinfo.
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