L\'île de Batasan, aux Philippines
L'île de Batasan, aux Philippines (© Arthur Perset)

A Batasan, petite île des Philippines, on affronte le réchauffement climatique les pieds dans l'eau

Le réchauffement climatique pourrait engendrer 250 millions de réfugiés d'ici 2050 selon l'ONU, et l'archipel des Philippines aux 7 000 îles est particulièrement menacé par la montée des eaux. Mais sur la petite île de Batasan, régulièrement inondée depuis un tremblement de terre, le millier d'habitants, aux revenus pourtant modestes, semblent s'adapter et s'accommoder à cette vie les pieds dans l'eau.

Laurena, 65 ans, a pris l'habitude de dormir dans une pièce en haut d'un petit escalier, les jours où, comme celui-là, le rez-de-chaussée est inondé. "C'est souvent comme ça, dit-elle, surtout la nuit". Il est environ une heure du matin, à la mi-octobre, et la marée n'est pas vraiment tendre avec les habitants de Batasan. Non loin de chez Laurena, Pillaria est réveillée, elle aussi. Cette veuve de 68 ans a l'eau qui lui arrive jusqu'au genou.

Je ne dors pas encore, je m'occupe de l'eau. Il n'y a aucun moyen d'éviter l'eau.

Pillaria, habitante de Batasan

à franceinfo

Les habitants de Batasan vivent cette situation en moyenne 135 jours par an, à chaque marée un peu forte. Cela dure depuis quatre ans, lorsqu'un tremblement de terre a fait s'affaisser l'île d'une trentaine de centimètres. A cet événement s'ajoute la montée des eaux, 15 millimètres en plus chaque année aux Philippines, quand la moyenne mondiale est de 3 millimètres. 

Ainsi, Batasan expérimente avant l'heure les possibles conséquences du réchauffement de la planète. Mais pourtant, pour Eduardo Ovila, il est hors de question de quitter l'île. Il a 41 ans et comme tous les hommes de Batasan, il est pêcheur : "Nous n'avons pas d'autres endroits où aller, nous n'avons pas de terre sur l'île principale, pas de maison ni aucune ressource. Alors qu'ici, nous avons la pêche", explique-t-il.

Meubles surélevés et maisons sur pilotis

La pêche est l'unique activité économique de Batasan. Son avenir est assuré par la mangrove au bout de l'île : des palétuviers plantés il y a quelques années pour répondre à la disparition du poisson, et qui ont permis à la faune sous-marine de se repeupler.

Les habitants ont donc choisi de s'adapter à ces marées envahissantes : il surélèvent leurs meubles ou hissent, pour ceux qui le peuvent, leurs maisons sur des pilotis. Et Etel, une jeune maman de Batasan, en est persuadée : l'île ne sera pas abandonnée : "Cela n'arrivera pas, les hommes de mon âge resteront, car ils deviennent tous pêcheurs". Ils ont choisi l'adaptation plutôt que la fuite : il s'agit peut-être de l'une des solutions pour éviter des centaines de millions de réfugiés climatiques.

A Batasan, aux Philippines, on vit littéralement les pieds dans l'eau. Thibaut Cavaillès
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