Xavier Dupont de Ligonnès filmé par la caméra de vidéosurveillance d\'un distributeur de billets, à Roquebrune-sur-Argens (Var), le 14 avril 2011.
Xavier Dupont de Ligonnès filmé par la caméra de vidéosurveillance d'un distributeur de billets, à Roquebrune-sur-Argens (Var), le 14 avril 2011. (THOMAS COEX / AFP)

"On pensait que j'étais Xavier Dupont de Ligonnès" : six ans après la tuerie, la traque se poursuit

Ce matin-là, comme à chaque fois qu'il fait son footing à La Verrie, Dominique n'a "pas croisé un chat". Enfin, jusqu'au kilomètre 6, quand cette voiture de la gendarmerie lui est passée devant au ralenti, a fait demi-tour et s'est finalement arrêtée à sa hauteur. "Ils ont baissé leur vitre et m'ont demandé mes papiers d'identité, raconte le sexagénaire à franceinfo. Ça ne m'était encore jamais arrivé. Je pensais qu'ils me reprochaient de ne pas porter de chasuble fluo." Mais ce jeudi 27 juillet, sur cette petite route de Vendée, les gendarmes ne sont pas venus pour ça. "Quelqu'un croit avoir vu Xavier Dupont de Ligonnès rôder dans les alentours, et on pensait que c'était moi", assure Dominique. Pas le choix, il doit rentrer chez lui fissa récupérer de quoi prouver son identité.

Le temps que j'arrive en courant, les gendarmes étaient déjà devant chez moi. Les voisins se demandaient ce qui se passait.

Dominique

à franceinfo

Le père de famille file chercher ses papiers, puis les montre aux agents : non, il n'est pas Xavier Dupont de Ligonnès. La voiture de la gendarmerie avait à peine quitté le quartier que la mésaventure de Dominique avait déjà fait le tour de cette commune de 4 000 habitants. Contactés par franceinfo, les gendarmes de Vendée n'ont pas souhaité faire de commentaire sur cette intervention. "Si on reçoit un appel, on va voir sur place pour faire une levée de doute, se contente d'expliquer une source proche du dossier. Surtout qu’on n’est pas loin de Nantes, là où ca s’est passé."

La maison où la tuerie a eu lieu, à Nantes (Loire-Atlantique), le 10 février 2014.
La maison où la tuerie a eu lieu, à Nantes (Loire-Atlantique), le 10 février 2014. (FRANCK DUBRAY / MAXPPP)

Plus de 900 signalements reçus

Une fois la surprise passée, Dominique est tout de même allé sur internet. Il a tapé "Xavier Dupont de Ligonnès" pour comparer. "Je voulais voir si, effectivement, il y avait un truc entre lui et moi."  Verdict : "Peut-être un léger petit air, bien que je sois plus petit que lui." Mais au-delà du jeu des ressemblances, lui ne croit pas une seconde que l'homme le plus recherché de France se trouve dans le coin. 

S'il est en vie, vous imaginez vraiment Xavier Dupont de Ligonnès faire son footing ici ?

Dominique

à franceinfo

Après tout, la tuerie n'a eu lieu qu'à 70 kilomètres de là. C'est en effet sous la terrasse du 55 boulevard Schuman, à Nantes, que les corps d'Agnès, l'épouse du fugitif, et de leurs quatre enfants Arthur, Thomas, Anne et Benoît ont été retrouvés en avril 2011. Depuis, Xavier, le mari et père, reste introuvable. Il a été vu pour la dernière fois quelques jours après le drame, dans un hôtel bon marché de Roquebrune-sur-Argens, dans le Var. S'est-il suicidé ? Est-il encore en cavale ? Le suspect numéro 1 s'est comme évanoui dans la nature.

>> VIDEO. "13h15 le samedi". Xavier Dupont de Ligonnès s'est-il suicidé ou vit-il quelque part ?

En six ans, plus de 900 signalements ont été recensés dans cette affaire, explique à franceinfo Jean-René Personnic, patron de la police judiciaire de Nantes en charge de l'enquête. Un peu partout en France et en Europe, des gens sont persuadés de l'avoir aperçu : en Italie, en Autriche, en Bourgogne, en Corse, à Dieppe, en Gironde ou dans le bocage vendéen, donc. "Les signalements nous arrivent à des rythmes variables, explique le commissaire divisionnaire à franceinfo. Mais chaque année, au moment de la date anniversaire, on en reçoit un peu plus."

"Aucune piste n'est fermée" 

Chaque information qui arrive sur son bureau est "systématiquement" traitée. "Grâce à nos logiciels, on peut facilement faire des recoupements", poursuit-il. Car tant que Xavier Dupont de Ligonnès n'aura pas été retrouvé, les recherches continueront. "Six ans après, toutes les pistes sont encore étudiées, aucune n’est fermée, insiste-t-il. On travaille comme s’il était vivant."

"On travaille toujours dessus, bien sûr, mais sur un format plus réduit." A l'époque des faits, l'enquête avait mobilisé jusqu'à une quarantaine d'enquêteurs. Aujourd'hui, à Nantes, "c'est le responsable de la brigade criminelle qui est plus particulièrement en charge de l'affaire et son pilotage". Il est en lien direct avec les autorités nationales à travers toute l'Europe, car l'homme est toujours sous le coup d’un mandat d’arrêt international.

Dans le service, des gens sont arrivés, d’autres sont partis. A chaque fois, il faut briefer les nouveaux venus sur ce dossier hors norme. Moi-même, arrivé en 2013, il m’a fallu six mois pour comprendre tous les éléments.

Jean-René Personnic

à franceinfo

Jean-René Personnic, le patron de la Police judiciaire de Nantes, lors d\'une conférence de presse à Pont-de-Buis (Finistère), le 8 mars 2017.
Jean-René Personnic, le patron de la Police judiciaire de Nantes, lors d'une conférence de presse à Pont-de-Buis (Finistère), le 8 mars 2017. (FRED TANNEAU / AFP)

Sur internet aussi, l'engouement s'est tassé

Si les enquêteurs poursuivent leur travail, le numéro vert mis en service quelques jours après le début de l'enquête a été réattribué et renvoie désormais vers un bailleur social. Quant aux Sherlock Holmes 2.0, beaucoup ont lâché l'affaire. A l’époque, ils étaient pourtant quelques dizaines de particuliers à traquer la famille Ligonnès, exhumant photos et messages postés sur internet. Pour preuve, la page Facebook "Xavier Dupont de Ligonnès : Enquête et Débat" compte toujours 5 588 abonnés, mais les derniers commentaires remontent à l'an dernier. C'était pourtant la plus suivie.

Ceux qui ont continué le travail se comptent sur les doigts d'une main. C'est le cas de Patricia, "accro de la première heure", qui vient de recréer un groupe privé entièrement consacré à l'affaire. En trois mois d'existence, elle a déjà dépassé les 500 membres. Surtout, elle dit recevoir une nouvelle demande tous les deux jours. Sa mère aimerait la voir "faire autre chose", mais elle ne peut pas s'en empêcher. "Il m'est arrivé de m'endormir et de me réveiller avec cette affaire en tête, confie cette cadre dans une grande entreprise basée à Cannes. Au départ, je pensais qu'il était mort. Mais au bout d'un an et demi, j'ai changé d'avis. Et là, je pense qu'il est encore en vie, caché dans une communauté religieuse quelque part en France."

Parfois, j'imagine qu'il est membre du groupe, sous un faux nom. Et qu'il nous lit. J'aimerais bien le retrouver.

Patricia

à franceinfo

"Les gens restent fascinés par cette histoire"

Patricia n'est pas la seule à espérer retrouver un jour la trace de celui qu'on appelle parfois "XDDL". La maison de Jean-Michel Laurence et Béatrice Fonteneau a elle été transformée "en quartier général dédié à l'affaire". Les deux chroniqueurs judiciaires, en couple dans la vie, se passionnent pour "cette histoire hors norme" depuis plusieurs mois, au point d'y passer leurs journées. Ils s'apprêtent d'ailleurs à sortir un deuxième livre début septembre, intitulé : Sans pitié pour les siens, le mystère Dupont de Ligonnès.

Il faut dire que le premier, paru l'an passé aux éditions de L'Archipel, s'était vendu à 5 000 exemplaires, selon nos informations. Mais c'est surtout que les deux auteurs affirment être en possession "de nouveaux éléments" qu'ils se refusent à dévoiler aujourd'hui. Et les signalements n'arriveraient pas que sur le bureau de la police : Jean-Michel Laurence dit avoir reçu "beaucoup de mails ou de lettres de personnes qui ont des choses à révéler". Avec sa compagne, ils ont pris le parti de rencontrer tout le monde. "Alors oui, il y a parfois des choses farfelues, et parfois des choses bien plus intéressantes."

"On le voit lors de nos séances de dédicaces, les gens restent fascinés par cette histoire", confie-t-il. Pas sûr que Dominique le Vendéen se presse chez son libraire. Il a déjà assez à faire avec tous ceux qui l'appellent désormais Xavier dans les rues de La Verrie.

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