La police inspecte le Thalys après l\'attaque ratée d\'Ayoub El Khazzani, le 21 août 2015, à Arras (Pas-de-Calais).
La police inspecte le Thalys après l'attaque ratée d'Ayoub El Khazzani, le 21 août 2015, à Arras (Pas-de-Calais). (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

Donneur d'ordres, route des migrants... Que retenir des aveux d'Ayoub El Khazzani, l'auteur de l'attentat raté du Thalys ?

Il est l'un des rares jihadistes liés à la cellule des attentats de Paris à donner autant de détails sur son projet terroriste. Auditionné par la justice pour la cinquième fois le 14 décembre, Ayoub El Khazzani a reconnu devant un juge d'instruction antiterroriste son implication dans l'attaque ratée du Thalys, le 21 août 2015. Dans cette dernière audition, dont Le Monde dévoile des retranscriptions lundi 19 décembre, ce ressortissant marocain de 27 ans en dit plus sur son parcours, son itinéraire et la cible de son attentat. 

Franceinfo revient sur les principaux éléments à retenir de ses aveux.

Il visait des "Américains"

Ayoub El Khazzani explique au juge avoir rejoint la Syrie en mai 2015 : "J’étais parti pour lutter contre les massacres faits par les chiites, mais en arrivant en Syrie il s’est passé autre chose que je n’avais pas prévu." Il affirme n’avoir passé que six jours sur place, un laps de temps qui suffira à le convaincre de rentrer en Europe pour commettre son forfait.

Peu de temps après son arrivée, il affirme avoir aperçu un bâtiment "détruit" en sortant d’un camp d’entraînement. "Le frère syrien qui nous encadrait m’a dit que c’étaient les Américains qui avaient bombardé. Il m’a dit que ce bâtiment était une mosquée. Ça m’a fait un choc, ça m’a révolté, ça m’a détruit de l’intérieur." 

C'est pour venger ces bombardements que le jihadiste dit avoir pris la route de l'Europe après une formation express au maniement des armes. "Je suis un vrai jihadiste, mais on ne massacre pas les femmes et les enfants", assure-t-il au juge. "Il assume ses responsabilités mais il explique ne pas avoir voulu s'en prendre à des civils", explique son avocate Sarah Mauger-Poliak à France 3. Selon plusieurs médias, dont Le Point et Le Monde, il dit avoir voulu tuer uniquement des "Américains" dans le Thalys.  

Entré en Europe par la route des migrants

Refoulé une première fois à l'aéroport d'Istanbul, Ayoub El Khazzani tente à plusieurs reprises de pénétrer dans l'espace Schengen par avion. Face à des échecs répétés, il explique qu'un donneur d'ordres de l’Etat islamique (EI) lui conseille de prendre la route des migrants fuyant le conflit irako-syrien lors de l'été 2015. 

Il m’a dit qu’un frère allait venir vers moi en Turquie, nommé Hamza. (…) Il m’a dit qu’il fallait que j’attende l’ouverture des routes des réfugiés.

Ayoub El Khazzani

au juge antiterroriste

Une technique d’infiltration qui sera, par la suite, employée par la quasi-totalité des kamikazes de Paris. Interpellé pour sa part en Allemagne un an plus tard, "Hamza" a été identifié par les autorités comme étant Bilal Chatra, un Algérien de 20 ans.

Missionné par Abdelhamid Abaaoud, le coordinateur des attentats du 13-Novembre

Ayoub El Khazzani ne fait pas la route seul. Il est très vite rejoint par un autre jihadiste bien connu des services antiterroristes. Il s'agit d’Abdelhamid Abaaoud, répondant également au surnom d'Abou Omar, qui deviendra quelques mois plus tard le coordinateur des attentats du 13-Novembre. Informés en temps réel par Hamza, qui ouvre la voie en éclaireur, El Khazzani et Abaaoud rejoignent à deux la Hongrie en suivant le flux de migrants. Ils y seront localisés ensemble le 1er août 2015.

Par ce biais, les deux jihadistes rejoignent l'Europe de l'Ouest sans éveiller de soupçons. Ayoub El Khazzani gagne ensuite l'Autriche, puis l'Allemagne et la Belgique, où il retrouve Abdelhamid Abaaoud dans un petit appartement bruxellois. A cette période, les services de renseignement imaginent toujours que ce dernier est en Syrie. 

Une semaine avant l'attaque du Thalys, Abaaoud annonce à El Khazzani que l’opération est imminente. Dans sa dernière audition, ce dernier explique au juge que les détails de l'opération lui ont été transmis par Abdelhamid Abaaoud. 

Il m’a dit que la cible était dans le Thalys, où je devais attaquer des Américains. (…) Abou Omar m’a expliqué qu’il fallait que je prenne un billet pour la première classe dans le wagon 11 ou 12, je ne me souviens plus, dans le Thalys de 17 heures (…) Abou Omar m’a dit qu’il y aurait entre trois et cinq militaires.

Ayoub El Khazzani

au juge antiterroriste

Les enquêteurs cherchent désormais à savoir si El Khazzani dit vrai et, le cas échéant, comment Abaaoud a pu être au courant de la présence de soldats américains dans le train.