Des passants se recueillent devant la maison de la famille Dupont de Ligonnès, le 14 avril 2012, à Nantes (Loire-Atlantique), un an après le quintuple meurtre.
Des passants se recueillent devant la maison de la famille Dupont de Ligonnès, le 14 avril 2012, à Nantes (Loire-Atlantique), un an après le quintuple meurtre. (JEAN-SEBASTIEN EVRARD / AFP)

Ligonnès, Dutroux, Fourniret... : que deviennent les maisons du crime ?

Il pourrait s'agir de la bonne affaire du siècle, si les lieux n'avaient été le théâtre d'un quintuple meurtre, début avril 2011. La maison de la famille Dupont de Ligonnès, dans le centre-ville de Nantes (Loire-Atlantique), a été vendue un an après sa mise en vente. Comme le révèle Ouest France, le bien aurait été cédé pour 200 000 euros à un couple alors qu'il était estimé 450 000 euros environ.

Si Xavier Dupont de Ligonnès avait pris soin de résilier son bail avant de disparaître, tous les tueurs qui ont défrayé la chronique n'ont pas fait preuve d'autant d'organisation au moment d'abandonner le lieu de leurs forfaits. Francetv info s'est intéressé au destin de demeures dans les murs desquelles se sont commis certains des crimes les plus tragiques ces vingt dernières années.

La cache de Marc Dutroux : un dossier en suspens

Dans une petite cache dissimulée derrière une étagère, les gendarmes de Charleroi (Belgique) découvrent, le 15 août 1996, deux jeunes captives de 14 et 12 ans. Les dernières victimes de Marc Dutroux sont retrouvées vivantes dans le quartier de la Marcinelle après les aveux du pédophile et meurtrier, interpellé quelques jours plus tôt par les enquêteurs.

Près de vingt ans après les faits, le sort de la maison qui servait de geôle au criminel est toujours en suspens. La mairie de Charleroi a lancé une procédure d'expropriation-acquisition en 2009, pour raser la maison, sans suite pour le moment. Le père d'une des victimes avait, lui, souhaité que la demeure devienne un lieu de mémoire.

Nicolas Buissart, qui organise des visites guidées de Charleroi, confirme à francetv info que la maison de Dutroux est encore debout. Mais lui a décidé de ne plus passer devant avec des touristes : "La plupart des gens pensent qu'elle est démolie. J'y ai emmené des gens cinq ou six fois puis j'ai arrêté, c'est angoissant de passer par là."

De nouveaux châtelains chez Michel Fourniret

Lorsque l'ancien maire de Charleville-Mézières (Ardennes) Georges Corneau construit le château du Sautou, près de Sedan, en 1870, il souhaite faire de ce bel édifice un pavillon de chasse. Un siècle et quelques plus tard, la bâtisse est le théâtre d'une découverte macabre. Les forces de l'ordre trouvent sur place, le 3 février 2004, sur les indications de Michel Fourniret, arrêté quelques jours plus tôt après une tentative d'enlèvement avorté en Belgique, les corps de Jeanne-Marie Desramault, 22 ans, et d'Elisabeth Brichet, 12 ans, toutes deux portées disparues depuis 1989. Le tueur en série a été finalement condamné pour le viol et le meurtre de neuf jeunes filles, commis entre 1987 et 2001.

Des enquêteurs au château du Sautou, à Donchery (Ardennes), la maison du tueur en série Michel Fourniret, le 30 novembre 2004.
Des enquêteurs au château du Sautou, à Donchery (Ardennes), la maison du tueur en série Michel Fourniret, le 30 novembre 2004. (FRANCOIS LO PRESTI / AFP)

Le château, que "l'ogre des Ardennes" avait pu acheter en dérobant une partie du butin du "gang des postiches", une bande de braqueurs de banques qui sévit dans les années 80, rappelle Libération, a changé deux fois de propriétaire depuis l'arrestation du tueur en série : en 1996 puis en 2003. Contactée par francetv info, la mairie de Donchery, la plus proche commune, indique que le pavillon de chasse vient à nouveau d'être revendu au mois de janvier 2015 par le couple de pharmaciens belges qui en avait fait sa résidence secondaire. Sans plus de précisions.

3 000 euros la semaine pour le chalet des Flactif 

Estimé à 513 000 euros, le chalet de la famille Flactif est bradé aux enchères à un couple belge pour 315 000 euros le 23 avril 2009, selon France Soir. Il faut dire que le meurtre des anciens propriétaires et de leurs trois enfants, en 2003, avait de quoi refroidir les candidats. Le chalet, situé au Grand-Bornand (Haute-Savoie), est disponible à la location pour une somme comprise entre 2 800 et 3 000 euros la semaine, selon la saison.

"Nous prévenons toujours les futurs locataires de ce qu'il s'est passé dans cette maison avant le versement des acomptes", prévient-on du côté de l'agence immobilière en charge du chalet, contactée par francetv info. La bâtisse, désormais rebaptisée "Chalet des Laurencières", ne ferait pas, selon l'agence, l'objet d'un tourisme morbide : les clients intéressés ne connaîtraient pas l'histoire de la bâtisse avant leur réservation. 

La maison de Jean-Claude Romand habitée par ses propriétaires

Après avoir mené une double vie pendant près de 18 ans, Jean-Claude Romand décide d'assassiner sa femme, ses trois enfants et ses deux parents entre le 9 et le 10 janvier 1993. L'homme, qui se faisait passer pour un médecin de l'OMS auprès de ses proches, met d'ailleurs le feu à sa maison, à Prévessin-Moëns (Ain), et ingurgite des barbituriques avant d'être secouru par les pompiers au petit matin. Les propriétaires de la maison, pourtant sinistrée, ont finalement décidé de la restaurer à la grande surprise de tout le voisinage, choqué par cette tragédie. C'est aujourd'hui la nièce du propriétaire qui y vit avec sa famille, apprend-on dans le voisinage.

"Nous, on voulait que la maison disparaisse", se rappelle madame Flaubadier, une voisine qui habitait à quelques mètres de la maison de Jean-Claude Romand, contactée par francetv info. Jean Vanier, maire de la commune au moment des faits, avait suggéré à son successeur de faire raser les lieux lorsqu'il a passé le relais en 1995. "De toute façon, la population bouge beaucoup ici, la plupart des habitants n'étaient pas là au moment des faits", explique l'ancien édile à propos de sa commune qui accueille les salariés de nombreuses ONG dont le siège est situé à quelques kilomètres, en Suisse.