Devant l\'école de de Mignovillard (Jura), le 4 septembre 2017.
Devant l'école de de Mignovillard (Jura), le 4 septembre 2017. (PHILIPPE TRIAS / MAXPPP)

Disparition de Maëlys : "Il faut dire la réalité aux enfants car elle les rassure"

Plus d'une semaine après la disparition de Maëlys en Isère, la fillette de 9 ans reste introuvable. Un homme de 34 ans a été placé en garde à vue et mis en examen, dimanche 3 septembre. S'il reconnaît que l'enfant est montée dans sa voiture, dans laquelle les enquêteurs ont identifié l'ADN de l'enfant, il nie toujours l'avoir enlevée.

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A l'école de Mignovillard (Jura), où Maëlys devait effectuer sa rentrée des classes lundi en CM1, une cellule de soutien psychologique a été mise en place. Comment aborder cette rentrée sans la fillette dans cette école de 120 élèves et comment parler de l'affaire à des enfants ? Muriel Salmona, psychiatre et présidente de l'association Mémoire traumatique et victimologie, répond aux questions de franceinfo.

Franceinfo : Comment aborder la disparition de Maëlys avec des enfants qui l'ont côtoyée ?

Muriel Salmona : A 9 ans, les enfants ont forcément entendu parler de l'affaire, à la télévision ou par le biais de leurs parents. Par ailleurs, à cet âge, ils ont déjà été confrontés à des films, des jeux, des lectures où la violence et la mort sont présentes.

Cette affaire est donc très angoissante pour eux. Et ils sont susceptibles d'en parler entre eux, souvent pour se faire encore plus peur.

Muriel Salmona

à franceinfo

Le rôle de la cellule de soutien psychologique est de libérer leur parole, de répondre à leurs questions et leur dire que leurs angoisses sont totalement normales. Le but est qu'ils ne restent pas avec des idées inquiétantes car à cet âge, ils ont beaucoup d'imagination. Il faut verbaliser ce qui leur passe par la tête, leurs peurs...

Que disent les enfants pris en charge par une cellule de soutien psychologique ?

Lorsque l'on participe à des cellules psychologiques dans une école primaire, on constate à quel point les enfants posent les bonnes questions. Ils osent utiliser des termes que des adultes n'oseraient pas prononcer. Ils vont demander si Maëlys est morte, ils vont demander ce qui lui est arrivé, ils peuvent aussi soupçonner des violences sexuelles... C'est l'occasion pour eux de parler de leurs craintes de violences ou peut-être même d'un ressenti.

Notre rôle est de leur répondre pour lever leurs doutes ou leurs peurs. On les incite à parler aux adultes en qui ils ont confiance et qui sont là pour les protéger. Par ailleurs, la dynamique de groupe est importante. Un enfant peut oser poser une question que les autres n'osent pas formuler et cela va favoriser les échanges. En fonction, les adultes peuvent rebondir sur les paroles échangées.

Alors que Maëlys reste introuvable, comment les informer sur l'enquête ?

Il faut leur dire le maximum de choses que l'on puisse leur dire car la réalité les rassure. En leur donnant des faits, qui viennent d'adultes en qui ils ont confiance, on évite que cela parte dans tous les sens. En l'occurrence, on parle d'une disparition, et peut-être d'un enlèvement et d'une séquestration.

Ce sont des mots qu'il faut utiliser et que les enfants doivent connaître car ils peuvent y être confrontés.

Muriel Salmona

à franceinfo

Il faut reconnaître également qu'il y a des zones d'ombre, des choses que l'on ne sait pas encore. Enfin, il est fondamental de souligner qu'on recherche activement Maëlys. C'est rassurant pour eux de savoir que tout est mis en œuvre pour la retrouver et pour établir la vérité. On explique le travail des enquêteurs. On leur dit que la police, la justice et évidemment les proches de la fillette veulent la retrouver en vie, veulent la sauver et la protéger. Par exemple, en expliquant concrètement le rôle de l'ADN dans l'enquête, on montre qu'il y a des possibilités d'agir et que nous ne sommes pas seulement impuissants face aux événements.

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