Les Champs-Elysées à Paris, peu après l\'attentat survenu à trois jours du premier tour de l\'élection présidentielle, jeudi 20 avril 2017.
Les Champs-Elysées à Paris, peu après l'attentat survenu à trois jours du premier tour de l'élection présidentielle, jeudi 20 avril 2017. (JULIEN PITINOME / NURPHOTO / AFP)

Attentat sur les Champs-Elysées : "Il ne faut pas exagérer sa portée" sur l'élection présidentielle

La campagne présidentielle a brusquement changé de ton, jeudi 20 avril dans la soirée à cause d'un attentat survenu sur les Champs-Elysées à Paris, dans lequel un policier a été tué. Plusieurs candidats ont décidé de suspendre leur campagne et le terrorisme fait son retour au cœur du débat politique, à deux jours du premier tour.

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Franceinfo a interrogé Frédéric Micheau, directeur du département opinion et politique de l'institut de sondage OpinionWay, sur l'impact potentiel de cet événement tragique sur les résultats de l'élection présidentielle.

Franceinfo : L'attentat sur les Champs-Elysées peut-il bouleverser le résultat du scrutin de dimanche ?

Frédéric Micheau :  L'attentat sur les Champs-Elysées ne semble pas être de nature à bouleverser fondamentalement les rapports de force politiques. Déjà parce qu'il n'est pas d'une ampleur aussi considérable que les attentats du 13-Novembre. Et aussi parce que lorsqu'on regarde les enjeux auxquels sont sensibles les Français, la lutte contre le terrorisme et la sécurité n'arrivent qu'en sixième position, loin derrière la question du chômage et du pouvoir d'achat.

Je ne dis pas que c'est un événement mineur, mais en dépit des différents attentats récents, à Londres, Saint-Pétersbourg ou Stockholm et du regain de la menace terroriste, ce sujet a été assez peu abordé ces derniers mois. Il s'impose seulement en toute fin de la campagne.

En réalité, toute une série d'éléments entrent en considération pour déterminer un vote, qui n'est pas un mouvement d'humeur. Cet attentat est un élément parmi d'autres, il ne faut pas exagérer sa portée.

Cet attentat peut-il toutefois avoir un impact sur les principaux candidats ?

Certains peuvent profiter de ce climat particulier de fin de campagne. Dans notre cas, il est assez clair que cet événement devrait bénéficier à Marine Le Pen et François Fillon. Pour le Front national, l'attentat des Champs-Elysées remet en lumière le discours du parti. Il donne une cohérence à ses positions historiques. Pour François Fillon, son livre sur le totalitarisme islamique, (Vaincre le totalitarisme islamique, Albin Michel), légitime la maîtrise de ce dossier par le candidat.

L'impact sur la candidature d'Emmanuel Macron devrait être assez limité. Peut-être que si l'attentat avait eu lieu plus tôt dans la campagne, cela aurait eu plus d'incidence pour lui. Mais il a gagné une stature présidentielle depuis et la présence de Jean-Yves Le Drian à ses côtés, ministre préféré des Français, apparaît rassurante. Celui qui a théoriquement le plus à perdre, c'est Jean-Luc Mélenchon. Mais son électorat se détermine principalement par rapport à d'autres enjeux. 

Peut-on s'appuyer sur des précédents pour déterminer les conséquences d'une telle attaque sur l'électorat ?

Tout d'abord, on peut rappeler que ce n'est pas la première fois qu'un événement grave se déroule en France peu de temps avant une élection présidentielle. En 1988, la prise d'otages d'Ouvéa avait animé la fin de la campagne. En 2002, c'était l'affaire de "Papy Voise" [agressé dans sa maison, trois jours avant le premier tour]. De tels événements peuvent amplifier des tendances existantes, mais ils n'ont pas bouleversé les rapports de force politiques pour autant.

Il est aussi difficile de faire un parallèle avec d'autres attentats comme celui en Espagne en 2004. D'abord parce que les contextes nationaux sont très importants et que l'élection présidentielle française est une échéance électorale vraiment particulière. Ensuite parce qu'il est très difficile d'isoler un événement en particulier dans un mouvement d'opinion.