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FRANCE 2

Affaire Théo : "Je ne suis pas un monstre", se défend le policier accusé de viol

"Jamais je n'aurais visé cette partie-là, je ne suis pas fou, je suis sain d'esprit ! C’est une blessure gravissime qu'il a, je l’assume. Je sais bien que c’est moi qui en suis l’auteur, je l'ai vu sur la vidéo, il n'y a pas à nier." Dans le cadre de l'émission diffusée, jeudi 16 février sur France 2, Yvan Martinet et les équipes d'"Envoyé spécial" ont pu échanger avec le policier mis en examen pour viol après l'arrestation violente, début février, du jeune Théo à Aulnay-Sous-Bois (Seine-Saint-Denis). 

Les traits tirés, l'élocution laborieuse, le policier a accepté d'ouvrir sa porte, mardi 14 février. Interdit de séjour en Seine-Saint-Denis le temps de l'enquête, il est hébergé chez des proches. Avant d'aller pointer au commissariat dans le cadre de son contrôle judiciaire, l'homme revient sur les circonstances du contrôle d'identité au cours duquel Théo, 22 ans, a été gravement blessé. Dans cette affaire, trois de ses collègues sont aussi mis en examen pour violences aggravées. 

"On a fait notre boulot"

Face à nous, le policier, suspendu de ses fonctions, paraît moins que ses 27 ans. Pas épais, pas musclé, il a le verbe mesuré. "En rentrant dans la police, j’ai demandé à travailler à Aulnay-sous-Bois parce que c’était formateur. Parce que quand on rentre dans la police, on veut chasser du brigand, souffle-t-il. Je ne suis pas raciste comme ce qui a pu être dit. Le mot 'bamboula', il n’appartient pas à mon vocabulaire."

"Je ne pratique pas de sport de combat. Je n’ai jamais été mêlé à des bagarres. Je ne suis qu’un fonctionnaire de police, pas un monstre, poursuit le jeune policier. Je travaille en BST [brigade spécialisée de terrain] depuis deux ans. On est confrontés tous les jours à la provocation, à la violence, ce n’est pas un travail facile, mais je l’aimais." Il parle déjà de son métier au passé, pessimiste sur son avenir.

Je m’attends au pire des scénarios. Ça peut finir aux assises.

Le policier mis en examen pour viol dans l'affaire Théo

à France 2

L'homme accepte de parler de cette journée du jeudi 2 février. Vers 16h45, se souvient-il, lui et ses collègues ont croisé Théo et ses amis. "C’était juste un contrôle d’identité sur un point de deal, il y a eu ces cris pour prévenir de notre présence." Il imite leur son – "PUH ! PUH !". Puis il reprend son récit : "On a fait notre boulot, on a contrôlé comme nous y autorise le code pénal, parce que les riverains en ont marre de ces points de deal qui perturbent leur quotidien."

"Il n’a jamais voulu se laisser interpeller"

Vient alors sa version de l'altercation. "Le contrôle a d’abord dégénéré avec l’un des amis [de Théo], placé à côté de lui. Il refusait le contrôle, faisait de la provocation, sans doute à cause de l’effet de groupe. Nous sommes quatre policiers, ils sont un peu plus. Il [Théo] avance la tête : 'Non, tu ne me contrôles pas', lance-t-il. On est la BST, on n’est pas là pour se faire marcher dessus, donc je le repousse. Il me dit : 'Tu fais quoi ?'." Le policier relate que, le jeune homme l'ayant attrapé par le col, il a dû expliquer à Théo qu'il faisait "simplement son travail", parce que la bande se trouvait "sur un point de deal" et qu'il "venait de crier". Selon le policier, Théo l'a à nouveau attrapé au niveau du col avant que la situation ne "dégénère complètement".

Je mets un premier coup pour me dessaisir, sauf qu’il ne me lâche pas. Un autre collègue intervient. Heureusement, tout est filmé. C’est ce qui nous sauve, moi et mes collègues.

Le policier mis en examen pour viol dans l'affaire Théo

à France 2

Sur le récit de l'arrestation qui a été fait par des témoins et par Théo lui-même, il apporte un démenti formel. "On ne l’a jamais emmené dans un coin pour lui baisser le pantalon, le caleçon, et lui mettre la chose dans les fesses… Ce jeune homme mesure 1,93 m, il est beaucoup plus grand que moi et mes collègues. Comme on le voit sur les bandes de vidéo surveillance, il perdait déjà son pantalon avant le contrôle. Il n’a jamais voulu se laisser saisir, se laisser interpeller, il s’est débattu."

Sur les coups qu'il a portés, le policier explique qu'il visait "les jambes, pour l’amener au sol plus facilement. Sauf qu’il était tout en muscle, explosif, on ne réussissait pas à le menotter". L'interpellation se transforme en bagarre confuse. "A un moment, il chute au sol car l’un de mes collègues le ceinture, il se cogne alors la tête… Mon collègue est allongé, dos au sol. [Théo] se relève, je suis d’abord seul face à [lui], puis un collègue vient me porter assistance. Il gesticule, se débat, moi je continue de porter des coups au niveau de ses jambes, je continue, pour qu’il flanche. Qu’il flanche et qu’il tombe."

"Jamais je n’ai visé ses fesses"

La tension monte. "Il y a l’adrénaline, l’agitation. Je vois mon collègue au sol se faire piétiner. Nous travaillons ensemble depuis des années, pour moi, c’est comme un membre de ma famille." Jusqu'au geste fatidique : "Je porte plusieurs coups en balayette, puis un avec la pointe de ma matraque, pour qu’elle appuie sur la cuisse. C’est quelque chose qui se fait instinctivement, si vous allez droit sur la cuisse, ça fait étau, toute la puissance est réunie sur un même endroit, ça doit piquer, ça doit le faire flancher, le faire tomber, mais non… L’un de mes coups atteint ses fesses..."

A-t-il intentionnellement porté ce coup de matraque au niveau de l'anus ? Le policier, lui, jure que non. "Non, jamais je n’ai visé ses fesses. Je visais ses cuisses."

Je voulais lui mettre un coup de télescopique dans la cuisse, il a bougé, et il se l’est pris dans les fesses.

Le policier mis en examen pour viol dans l'affaire Théo

à France 2

Et de nier fermement toute accusation de viol. "Jamais ! Jamais ! Jamais ! Je ne suis pas un monstre ! Je porte ce coup au niveau de sa jambe pour le faire fléchir, le faire tomber." A-t-il voulu humilier Théo ? "Jamais ! On n’est pas comme ça ! On n’est pas des monstres, c’est un jeune qu’on ne connaît pas ! C’est un simple contrôle, mais il est en train de piétiner mon collègue, de porter atteinte à son intégrité ! Je fais ça pour le mettre au sol, pour que l’interpellation soit plus simple. Je ne suis pas un monstre, je ne suis pas méchant !"

Et le policier de revenir sur ce qui a été dit et écrit sur lui. "Contrairement à ce qui a pu être dit, je n’ai pas cherché à me venger, nous ne nous connaissions pas. Il n’y avait pas d’antécédents entre nous, pas de compte à régler. Rien de tout ça." 

Deux semaines après les faits, le jeune Théo, lui, a quitté l'hôpital, jeudi 16 février. Samedi, de nouvelles manifestations contre les violences policières ont rassemblé plusieurs milliers de personnes à Paris et dans plusieurs villes de province.