Assa Traoré lors d\'une manifestation gare du nord à Paris, en juillet 2016 après que la justice a rejeté la demande de la famille Traoré pour une troisième autopsie d\'Adama Traoré.
Assa Traoré lors d'une manifestation gare du nord à Paris, en juillet 2016 après que la justice a rejeté la demande de la famille Traoré pour une troisième autopsie d'Adama Traoré. (DOMINIQUE FAGET / AFP)

Mort d'Adama Traoré : "Il y a en France un système qui fabrique l'impunité policière"

La sœur d'Adama Traoré publie, jeudi 18 mai, Lettre à Adama (éd. Seuil) avec la journaliste du Nouvel observateur, Elsa Vigoureux. C'est le récit de la mort de ce jeune homme, le 19 juillet 2016, le jour de ses 24 ans, dans la cour de la gendarmerie de Persan, dans le Val-d'Oise. Sa famille est convaincue qu'il s'agit d'une bavure policière.


Adama a été "criminalisé"

"Aujourd'hui, l'affaire a été dépaysée sur Paris, explique Assa Traoré jeudi sur franceinfo, suite à la mauvaise gestion de la juridiction de Pontoise. Il y a aujourd'hui trois juges. Nous sommes dans l'attente de retours parce qu'ils ont repris toute l'affaire."

La grande sœur d'Adama Traoré regrette entre autres que, dès le départ, les autorités aient montré un faux visage de son frère : "Tout de suite, mon frère n'est pas la victime, les gendarmes sont les victimes. Adama est criminalisé, est un délinquant, alors que c'est lui qui a été retrouvé mort dans la cour de cette gendarmerie."

"Une machine à produire des mensonges"

"Dès le début on voit un système qui met en œuvre une machine à produire des mensonges et à faire de la victime un coupable, analyse de son côté Elsa Vigoureux sur franceinfo. Dans les affaires de ce type, les familles des victimes sont très rarement considérées comme des familles de victimes, mais pointée du doigt et mises en causes elles-mêmes, explique la journaliste. Aujourd'hui, Assa a deux frères en prison. L'auraient-ils été si Adama n'était pas mort dans ces circonstances ? Toute la question est de savoir si tout ce qui arrive aujourd'hui à la famille Traoré n'est pas la conséquence de leur exigence de vérité".

Il faut bien comprendre que la question n'est pas celle des policiers en tant qu'individus, mais du système qui leur autorise l'impunité.

Elsa Vigoureux, journaliste au Nouvel observateur

à franceinfo

Assa Traoré affirme que "la première des violences qu'il faut dénoncer, c'est celle qu'Adama a subie. Ensuite, la violence engendre de la violence. La première des violence vient des forces de l'ordre."

La famille compte sur le nouvel exécutif

"C'est tout un contexte, complète Elsa Vigoureux. On a l'impression que ces gens sont considérés comme des ennemis de l'intérieur. La police n'est pas là pour les servir ou les protéger, mais à l'inverse pour protéger le pays de ces gens-là. Alors que ce sont des enfants du pays."

Les proches d'Adama Traoré comptent sur le nouveau gouvernement pour faire avancer les choses. "Nous sommes dans un État qui proclame dans le monde entier 'liberté, égalité, fraternité', mais malheureusement, tous les Français, tous les enfants de la République, ne peuvent pas jouir de ces droits-là. Sans droits, nous n'avons pas de justice. Nous demandons la vérité et la justice", conclut Assa Traoré.

plus