Des ouvriers entrent dans l\'usine Ford de Blanquefort (Gironde), le 20 avril 2017.
Des ouvriers entrent dans l'usine Ford de Blanquefort (Gironde), le 20 avril 2017. (CAMILLE ADAOUST / FRANCEINFO)

Présidentielle : à Blanquefort, dans l’usine de Philippe Poutou, les ouvriers "fiers" de leur collègue mais pas tous convaincus

"Un combattant", "un collègue agréable et franc", "un meneur". A l’usine Ford de Blanquefort, près de Bordeaux (Gironde), les ouvriers ne cessent de chanter les louanges de leur collègue, Philippe Poutou, à quelques jours du premier tour. Sur son lieu de travail, le chargé de la maintenance des machines devenu candidat à l’élection présidentielle est très apprécié. "Il est cordial, il discute avec tout le monde ici", explique à franceinfo Eric Lafargue, ouvrier depuis plus de quinze ans chez Ford et délégué de la CGT, tout comme le candidat du NPA. Il modère toutefois, en riant : "Par contre, il a un don exceptionnel pour faire des mauvaises blagues qui tombent à plat et qui ne font rire personne." Eric Lafargue brosse, malgré ce défaut, le portrait d'un collègue "toujours à l’écoute et qui a le souci permanent du bien-être des salariés". 

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Pour lui comme pour Lionel, Michel, Didier ou Jean-Christophe, la campagne de "Philippe" pousse à l’admiration. "C’est impressionnant pour un ouvrier, d’arriver là où il est", glisse Marc*, un agent de sécurité. "C’est un beau périple, c’est certain. Il est très courageux", ajoute, à côté de lui, Lionel, également en charge de la sécurité du site. Parmi les ouvriers Ford, on est heureux d’enfin entendre quelqu’un "dire tout haut ce que tout le monde, à Blanquefort, pense tout bas". De leur point de vue, la campagne de leur collègue est tout à fait réussie. "Il donne tout ce qu’il a. Comme à son habitude, quand il fait quelque chose, il le fait à fond", salue Michel, son partenaire occasionnel de football. 

Une meilleure campagne qu'en 2012

Jean-Christophe Albandos, qui grille une cigarette avant de prendre son poste, est du même avis. Quand il compare la campagne pour la présidentielle de 2012 (Philippe Poutou avait alors obtenu 1,15% des voix) et celle de 2017, il remarque "plus d’assurance" chez son collègue. "Il a plus d’arguments cette fois-ci, il est plus à l’aise", analyse l'homme, employé depuis 1987 chez Ford. Finalement, tout le monde est "fier" de connaître le candidat du Nouveau Parti anticapitaliste (NPA). 

Il y a un candidat à la présidentielle qui nous représente directement !

Eric Lafargue

à franceinfo

Pourtant, malgré cet engagement politique, les ouvriers de l’usine Ford tiennent à souligner qu’il est un "ouvrier comme les autres". "Quand il travaille, il travaille vraiment, il pousse les caisses", explique Jean-Christophe Albandos. Une différence qui constitue un véritable point fort, par rapport aux autres candidats. "En politique, c’est tous des requins. Et puis, à côté, il y a Philippe", compare Eric Laborde, un sourire aux lèvres. "Les autres candidats ne sont pas dans la vie réelle, il n’y a que deux ou trois d’entre eux qui touchent vraiment au monde du travail ! Les autres sont déconnectés de la réalité, dans leur manoir", renchérit un collègue, Thierry Barthe. "Ils sortent de leurs grandes écoles et ont toujours vécu grâce à l’argent public", ajoute Thierry Jeans, délégué syndical. 

Thierry Jeans, délégué syndical à l\'usine Ford de Blanquefort (Gironde), exprime son soutien à Philippe Poutou, le 20 avril 2017.
Thierry Jeans, délégué syndical à l'usine Ford de Blanquefort (Gironde), exprime son soutien à Philippe Poutou, le 20 avril 2017. (CAMILLE ADAOUST / FRANCEINFO)

Cet ami de Philippe Poutou, que certains à la sortie de l’usine qualifient en riant de "futur Premier ministre", met en avant la "sincérité" de son collègue. "Il ne fait pas de cinéma comme les autres candidats. Il ne veut pas leur serrer la main avant le débat ? Eh bien il ne le fait pas. Je n’aurais pas non plus serré la main à Fillon s’il était venu visiter l’usine…"

"Sa candidature peut être utile à l’usine"

Cette voix, portée par Philippe Poutou, redonne espoir à certains quant à l’avenir de leur usine. "On ne nous propose aucun nouveau projet. Ils veulent liquider l'usine d’ici à fin 2018", explique Eric Lafargue, au terme de l'accord-cadre signé en 2013 par le groupe avec l'Etat et les collectivités locales, pour le maintien de l'emploi. Certains ouvriers espèrent donc que la candidature très médiatisée de Philippe Poutou appuie leurs revendications. "Ça peut être utile à l’usine. Il fait parler de nous et puis il se construit un carnet d’adresses qui pourrait nous aider. S’il peut gagner cette bataille, c’est déjà pas mal", avance Lionel depuis son poste, à l’entrée. "Ça ne peut être que bénéfique", ajoute Costa. D’autres sont plus perplexes : "Que sa campagne influence les grands patrons à Detroit et à Cologne ? J’y crois moyennement…", déclare Jean-Christophe Albandos.

Tous se souviennent toutefois, avec espoir, de la victoire de 2008, la première d'une longue lutte. "L’usine devait fermer mais on s’est mobilisés. Il y a eu dix jours de blocage, on est montés au Salon de l’auto", raconte Eric Lafargue. Au centre de l’arène, à l’époque ? Philippe Poutou. "Il s’est montré opiniâtre. Il a été un vrai moteur et a su exporter la lutte pour nous faire entendre, ajoute son collègue syndicaliste. Finalement, c’est pendant ce combat qu’il a construit sa candidature à la présidentielle. Les salariés lui disaient qu’il devait remplacer Besancenot au NPA. S’il y en avait un qui pouvait porter la voix des ouvriers, c’était bien lui." 

"Je vote Poutou"

Alors pour le soutenir, certains collègues sont sûrs d'eux : "Je vote Poutou au premier tour", indiquent d'une même voix Thierry Jeans et Eric Lafargue. "Il a d’excellentes idées sur le travail. Comme en 2012, je vais voter pour lui", continue Eric Laborde. Philippe Poutou n’a pourtant pas convaincu tous ses collègues. Beaucoup admettent avoir choisi un autre nom à glisser dans l’urne, dimanche 23 avril. "Je ne suis pas toujours d’accord avec lui. Il est parfois trop extrême. Il veut moins de travail, mais plus d’argent… Il est un peu sur un nuage", juge Lionel, qui attribue les voix que va recevoir Philippe Poutou aux "clowneries" du candidat pendant sa course à l’Elysée.

Si on appliquait son programme, il n’y aurait plus de travail et les patrons, eh bien ils s’en iraient tous.

Didier Feuillerat

à franceinfo

Ses partisans, eux, ne se démotivent pas. "J’espère, je croise les doigts pour qu’il nous fasse un petit 5%", déclare Eric Lafargue. "En étant vraiment optimiste, Philippe pourrait faire 5% au premier tour, confirme Thierry Jeans. Mais bon, en étant réaliste, ça peut déjà être 3%. J’y crois !" Les derniers sondages attribuent au candidat du NPA moins de 2% des intentions de vote. Il reste donc à Philippe Poutou deux jours pour atteindre les scores attendus par ses plus proches partisans.

*le prénom a été changé