Philippe Poutou, le candidat du NPA, le 10 mars 2017, à Montreuil (Seine-Saint-Denis).
Philippe Poutou, le candidat du NPA, le 10 mars 2017, à Montreuil (Seine-Saint-Denis). (CHRISTOPHE SIMON / AFP)

A quoi ressemblerait la France de Philippe Poutou ?

Comme pour sa candidature à la présidence de la République en 2012, Philippe Poutou, ouvrier dans l'automobile (chez Ford à Blanquefort, en Gironde), porte les couleurs du Nouveau parti anticapitaliste. Derrière le slogan "Nos vies, pas leurs profits", celui qui a succédé à Olivier Besancenot entend "en finir avec le système capitaliste" et "porte le projet d’une société débarrassée de l’exploitation et de toutes les oppressions"

En difficulté dans sa recherche de parrainages, Philippe Poutou a obtenu in extremis les 500 soutiens nécessaires pour figurer parmi les candidats qui se présenteront à la présidentielle le 23 avril lors du premier tour. En 2012, il avait obtenu 1,15% des voix. Il souhaite notamment en finir avec la Ve République et supprimer la fonction présidentielle. Le candidat du NPA affirme aussi vouloir se présenter pour profiter des débats autour de la présidentielle pour présenter les idées de son parti.

Franceinfo vous dresse le portrait de la France souhaitée par Philippe Poutou.

Retraite à 60 ans et "pré-salaire" pour les étudiants

Philippe Poutou souhaite renverser la logique qui a cours depuis plusieurs décennies. Selon lui, la solution privilégiée par les gouvernements successifs depuis la fin du XXe siècle et l'avènement du chômage de masse a été la réduction du coût du travail. Comme il l'a expliqué sur le plateau de l'émission "On n'est pas couché" sur France 2, il veut en finir avec les solutions "qui tournent en rond depuis quarante ans" et qui visent à "baisser les charges sociales des patrons".

Au contraire, il veut défendre et élargir la Sécurité sociale en la finançant par les cotisations. "Cette protection sociale élargie assurera des retraites correspondant aux meilleurs salaires, permettant à chacun de cesser le travail après 37,5 annuités, à 60 ans maximum (55 ans pour les travaux pénibles)", détaille-t-il dans son programme. 

Cette Sécurité sociale versera également un "pré-salaire", au niveau du smic, pour les étudiants car ceux-ci sont "des salariés en formation". Ce revenu doit leur permettre "de suivre leurs études ou de chercher un premier emploi". Même chose pour les "salariés avec une activité discontinue" tels que les intermittents du spectacle ou les travailleurs saisonniers : ils bénéficieront d'une "garantie de rémunération" assurée par les cotisations des employeurs auprès de la Sécurité sociale. Celle-ci sera "exclusivement et démocratiquement gérée par les salariés et leurs représentants".

Des soins gratuits et des hôpitaux de proximité

Sa Sécurité sociale "élargie" devra également garantir "la gratuité des soins de santé et des médicaments prescrits et utiles, en même temps que des indemnités journalières à hauteur de 100% du salaire" et "des allocations familiales assurant, dès la première naissance, la possibilité d’élever dignement ses enfants".

Philippe Poutou propose d'abroger plusieurs lois qui régissent le fonctionnement du système de santé. Il cite notamment la réforme de la tarification hospitalière, la "loi Bachelot" et la "loi Touraine" qu'il accuse de détruire "l’hôpital et le transforment sur le modèle de l’entreprise capitaliste"

Tous les soins et les médicaments "prescrits et utiles" seront gratuits, remboursés à 100%, ce qui devrait amener mécaniquement à "la suppression des assurances 'complémentaires santé'". Le tiers payant intégral devra permettre d'éviter toute avance de frais pour le patient et les dépassements d’honoraires des praticiens seront proscrits.

Afin de lutter contre les déserts médicaux, le représentant du NPA propose de créer 120 000 emplois dans le secteur, permettant de maintenir la présence "d'établissements de proximité, comprenant au moins un service d’urgence, une maternité et un service de chirurgie" et de "créer des centres de santé publics ouverts 24h/24 pour la médecine de proximité".

Sur les droits des femmes, Philippe Poutou entend d'ailleurs rendre "gratuits et accessibles" l’avortement et la contraception et "ouvrir des centres IVG et des maternités partout sur le territoire pour répondre aux besoins". Le délai légal pour un IVG sera également rallongé à 24 semaines.

Licenciements interdits, semaine à 32 heures et smic à 1 700 euros

Les grands groupes sont la cible principale du programme du NPA. Philippe Poutou fustige les dizaines de milliards d'euros que les actionnaires des grandes entreprises reçoivent en dividendes. Il souhaite empêcher ces entreprises de procéder à des licenciements et à des suppressions de postes. "Nous refusons que les entreprises puissent encore licencier ou supprimer des sites, que ce soit pour augmenter leurs profits ou pour les maintenir. Celles qui détruisent des emplois doivent être réquisitionnées et mises sous le contrôle des salariés", explique-t-il.

Afin de lutter contre le chômage, Philippe Poutou défend la création d'emplois par la réduction du temps de travail. Il propose de baisser la durée légale du travail à "32 heures sur quatre jours sans perte de salaire, avec les embauches correspondantes, et aux 30 heures pour les travaux pénibles". Les salariés bénéficieront également d'une hausse du smic à 1 700 euros net (en mars 2017, le smic atteint 1 150 euros mensuels) ainsi qu'une augmentation de tous les salaires de 300 euros par mois. C'est un peu moins que la candidate de Lutte ouvrière, Nathalie Arthaud, qui défend l'instauration d'un smic à 1 800 euros.

Son programme prévoit également la suppression "des temps partiels imposés, des contrats précaires, du pseudo statut d'auto-entrepreneur" au profit d'une généralisation du CDI. Un million d'emplois seront également créés dans la fonction publique.

Il cible particulièrement les secteurs de l'agriculture et de l'énergie. Philippe Poutou souhaite réaliser la conversion agricole vers le "tout biologique" d'ici à dix ans. Pour cela, il compte interdire les "intrants chimiques", tels que les pesticides ou les herbicides, et favoriser les circuits courts entre l'agriculteur et le consommateur. Révolution également dans le secteur énergétique, où tous les réacteurs nucléaires de plus de 30 ans seront fermés. Le secteur sera orienté pour parvenir à 100% d'énergies renouvelables.  

Ouverture des frontières et droits civiques octroyés aux étrangers

Fustigeant des politiques qui "coûtent des millions pour empêcher les migrants de se réfugier en Europe", Philippe Poutou propose plutôt de permettre à quiconque entre sur le territoire national de s'installer et de jouir des mêmes droits civiques que le reste de la population.

Il se démarque par ailleurs du candidat de la France insoumise, Jean-Luc Mélenchon, à qui il reproche un discours proche de celui de Marine Le Pen : "Nous sommes solidaires des travailleurs grecs, comme des travailleurs venus de Pologne ou d’ailleurs pour travailler ici, en France. N’en déplaise à Jean-Luc Mélenchon qui, employant une formule que ne renierait pas Marine Le Pen, déclarait (...) qu’un travailleur détaché venant d’un autre pays d’Europe 'vole son pain aux travailleurs qui se trouvent sur place'. Il y a cent ans, certains disaient aussi que les femmes volaient les emplois des hommes. Mais ceux qui nous volent notre pain sont les patrons !"

Fin de l'état d'urgence et désarmement policier

Il l'a répété sur le plateau de l'émission "On n'est pas couché" : l'état d'urgence "ne sert à rien" dans la lutte contre le terrorisme. Pour Philippe Poutou, au contraire, cette disposition spéciale mise en place depuis les attentats du 13-Novembre "permet à l’Etat, par simple décision administrative, de bafouer tous les jours les droits démocratiques". Il demande à ce que tous les manifestants mis en cause lors de mobilisations sociales bénéficient d'une loi d'amnistie.

Il souhaite également lutter contre ce qu'il appelle "l'impunité policière", en dissolvant les unités de la Brigade anticriminalité (la BAC) et en désarmant la police. Il a néanmoins nuancé cette mesure, sur France 2, en affirmant que le désarmement devra surtout concerner les policiers directement au contact des populations et qu'il portera sur toutes les "armes offensives", comme les Flash-Ball, les Taser et les grenades de désencerclement.

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