Charlotte Marchandise-Franquet (ci-contre à la tribune), 42 ans, consultante-formatrice, a remporté le 2 janvier le second tour de LaPrimaire.org, primaire en ligne dont l’objectif est de présenter un candidat-citoyen en dehors de tout parti.
Charlotte Marchandise-Franquet (ci-contre à la tribune), 42 ans, consultante-formatrice, a remporté le 2 janvier le second tour de LaPrimaire.org, primaire en ligne dont l’objectif est de présenter un candidat-citoyen en dehors de tout parti. (PATRICK HERTZOG / AFP)

Élection présidentielle : quand la société civile veut "réinventer" la démocratie

Ils sont entrepreneurs, artisans, commerçants, salariés du public et du privé, agriculteurs, professions libérales, associations, élus de la ruralité. Ils se sont regroupés dans des collectifs baptisés La Transition, LaPrimaire.org, Société Civile 2017, Ma Voix ou encore Bleu Blanc Zèbre d’Alexandre Jardin. Ce sont ce qu’on appelle des mouvements citoyens. Leur objectif : peser sur l'élection présidentielle ou sur les législatives de 2017, en dehors des partis politiques traditionnels.

Ces initiatives issues de la société civile ont en commun de vouloir "réinventer" la démocratie. Leurs initiateurs partent d’un même constat : le modèle actuel ne fonctionne plus. Il faut le changer, afin de rétablir une confiance qu’ils estiment rompue entre les citoyens d’un côté et les politiques de l’autre. Des politiques, selon eux, coupés du terrain, du monde du travail, des vraies préoccupations des Français. Des politiques qui, d'après ces mouvements, ne répondent plus aux aspirations des citoyens.

Quand la société civile veut "réinventer" la démocratie. Reportage de Matthieu Mondoloni.

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"Il y a aujourd'hui une professionnalisation de l’activité politique qui a conduit à une véritable distance entre les représentants et les représentés, analyse Loïc Blondiaux, chercheur et professeur en sciences politiques à la Sorbonne. Il y a aussi un questionnement sur la notion même de représentation, de délégation à d’autres d’un pouvoir. La plupart de ces initiatives essaient de ramener le pouvoir plutôt du côté des représentés, c’est-à-dire des citoyens."

Prendre le pouvoir mais le rendre rapidement

Afin de ramener le pouvoir vers les citoyens, ces mouvements se servent beaucoup du numérique. Internet leur permet notamment de fédérer plus facilement. Il permet aussi et surtout de changer la façon dont sont désignés les candidats de la société civile. Cela peut être par tirage au sort ou par un vote en ligne des citoyens-internaute. Le modus operandi varie, mais le but reste le même : prendre le pouvoir, mais surtout le rendre rapidement. 

"La politique devrait être un engagement et un passage. Elle devrait être un moment où on dit : 'Je vais servir la cité. Je vais servir la collectivité. Mais ça ne dure pas toute une vie'", estime ainsi Xavier Alberti, chef d’entreprise et membre fondateur du collectif La Transition. L'idée est que chaque personne élue se limite à un ou deux mandats maximum, afin de favoriser le renouvellement régulier de la classe politique, explique-t-on dans ces mouvements.

Quand on devient un professionnel de la politique, on devient en fait un professionnel de la réélection

Xavier Alberti, collectif La Transition

à franceinfo

Exister politiquement sans être un parti politique

Si ces initiatives citoyennes sont nombreuses, les réussites en revanche le sont beaucoup moins. Plusieurs collectifs ont d’ores et déjà jeté l’éponge. C’est le cas par exemple de Société Civile 2017, un projet initié en 2013 au lendemain de la défaite de Nicolas Sarkozy à l'élection présidentielle. Son président, l'avocat et essayiste Michel Guénaire souhaitait l'inscrire dans la primaire de la droite et du centre, sa "famille politique" comme il l’appelle, afin de proposer une alternative venue de la société civile. Mais sans succès. Le bureau politique du parti Les Républicains a rejeté sa candidature.

"La classe politique a fait main basse sur les mandats et ne veut pas qu’il y ait des entrants. Un peu comme en économie quand il y a des monopoles", analyse Michel Guénaire. Il dénonce en filigrane une confiscation du pouvoir, un entre-soi politique. "Nous avons une classe politique fermée, des hommes politiques qui ont des carrières de 30 ou 40 ans de mandat. Ils ne veulent pas être challengés", ajoute-t-il. 

Ces initiatives citoyennes font face à d’autres difficultés. Elles ont notamment du mal à exister médiatiquement face aux partis dits "traditionnels". Elles peinent souvent aussi à se structurer. Caroline de Haas a pu le constater. Militante féministe, elle a tenté il y a quelques mois de lancer une initiative citoyenne ancrée à gauche, avant de renoncer et de rejoindre Cécile Duflot pour la primaire Europe Écologie-Les Verts.

"Si vous voulez changer le monde, vous avez besoin de gens qui votent pour vous. Pour avoir des gens qui votent pour vous, il faut avoir une organisation militante avec des élus, avec des responsables associatifs qui vous soutiennent, avec des militantes et de militants qui vont s’engager dans la campagne. Ça s’appelle en fait un parti politique", explique-t-elle. C’est le serpent qui se mord la queue. Ces initiatives souhaitent sortir des partis politiques. Mais pour être élu, il faut un parti politique. 

Des voix qui commencent à porter 

Autre problème important : le temps et l’argent. Faire campagne, récolter les parrainages, organiser des meetings... Tout cela coûte cher et n’est pas facile pour des personnes qui exercent un métier à côté de leur activité militante. Tous ces éléments marquent une forme d’impuissance citoyenne à la fois face aux politiques et face aux blocages institutionnels propres à la Ve République.

Est-il pour autant impossible de voir émerger de telles initiatives, d’avoir des élus issus de ces mouvements citoyens ? Pour l'élection présidentielle de 2017, cela semble très compliqué. Plutôt que de gagner, l’idée, avouée ou non, est aujourd'hui d’influencer les futurs vainqueurs que de gagner. Mais selon Armel Le Coz, co-fondateur de Démocratie Ouverte, un collectif qui œuvre pour l’innovation démocratique, les choses sont en train de changer. "Quand on regarde le nombre de personnes qui se mettent à signer des pétitions, ça se compte en millions, indique-t-il. Ça commence à vraiment peser, à avoir un véritable impact et à permettre de contourner les barrières du système actuel."

Je ne suis pas sûr que ce soit à cette élection-là que l’on réussira à changer les choses de manière radicale, mais ce n’est pas impossible

Armel Le Coz, co-fondateur de Démocratie ouverte

à franceinfo

Localement, des initiatives émergent ou existent déjà. Le collectif Ma Voix avait présenté un candidat lors d'élections législatives partielles en mai 2016 en Alsace. Il présentera de nouveaux candidats à celles du mois de juin. On peut également citer LaPrimaire.org : 32 000 internautes ont choisi en ligne leur candidate. C’est deux fois plus de votants que lors de la primaire Europe Écologie-Les Verts.